Pour les 90 ans du bombardement du village de Guernica par la légion Condor nazie en 1937, le gouvernement basque a demandé au musée Reina Sofia de lui prêter le tableau peint par le Minotaure en hommage aux victimes. Pour l’heure l’institution madrilène, arguant de sa «fragilité», semble faire la sourde oreille.
Un retour historique, le premier depuis trente-quatre ans ? La presse espagnole rapporte ces derniers jours que l’historique Guernica de Pablo Picasso, conservé depuis 1992 au musée Reina Sofia de Madrid, pourrait quitter la capitale le temps d’un prêt, entre octobre 2026 et juin 2027. La demande a été adressée au ministère espagnol de la Culture par le gouvernement régional basque qui souhaite exposer l’œuvre du Minotaure dans les galeries du musée Guggenheim de Bilbao.
Le transfert de cette toile géante de 3,5 mètres de hauteur et 7,8 mètres de largeur coïncidera, – si le prêt est consenti par le Reina Sofia qui pour l’heure pointe sa «fragilité» -, avec le 90e anniversaire du bombardement de Guernica, l’attaque aérienne nazie meurtrière qui a inspiré à l’artiste espagnol cette oeuvre dénonciatrice. Il l’a peinte en quelques semaines, aussitôt après le massacre, afin de la présenter à l’Exposition universelle de Paris en juin 1937.
Le chef du gouvernement du Pays basque, Imanol Pradales, a déclaré à la presse locale que ce prêt serait « une formule de réparation symbolique et de mémoire historique » pour tout le peuple basque. Mais aussi « un message au monde » sur les « atrocités de la dictature ».
Plusieurs prêts déjà refusés
Ce n’est pas la première fois que le gouvernement basque demande le transfert de Guernica de Madrid au musée de Bilbao. L’historique des échanges entre les institutions basques et madrilènes n’est pas sans rappeler le bras de fer qui oppose le British Museum et la Grèce au sujet de la légitimité de la conservation des frises du Parthénon. Car les autorités Basques ont déjà voulu récupérer la toile, le manifeste antifranquiste le plus célèbre de l’histoire de l’art, pour de précédentes commémorations. Et même le musée Picasso à Barcelone aura essuyé un refus de prêt en 1992.
Retour surprise de la tapisserie de Guernica à l’ONU
De son côté, le musée Reina Sofia a indiqué qu’il ne souhaite pas déplacer le Guernica de Picasso à Bilbao. Dans un rapport partagé la semaine passée, l’institution madrilène a « déconseillé fortement tout transfert » de l’œuvre, précisant que son état est « trop fragile » pour un tel voyage. En attendant la décision du ministère, le gouvernement basque a créé une commission mixte en charge de l’évaluation de la faisabilité du déménagement et de son potentiel coût. Imanol Pradales a, lui, confié au Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, que le refus du déplacement de la toile serait « une grave erreur politique ».