La nouvelle a fait grand bruit dimanche dernier en fin d’après-midi. Médaillé à deux reprises lors des derniers Jeux Olympiques de Milan-Cortina – en or en relais et en bronze en poursuite -, Emilien Jacquelin va courir cette saison pour la Continentale de Decathlon CMA CGM.

VAINQUEUR SANS PRÉVENIR SON ENTRAÎNEUR

En apprenant l’information, Eddy Finé et Nans Peters ne sont pas vraiment tombés de leur chaise. Les deux ex-pros connaissent la passion du biathlète pour le cyclisme depuis leur jeunesse. “J’étais licencié à l’UC Jarrie-Champ et lui était au C2S, à Seyssins-Seyssinet, indique à DirectVelo Nans Peters. On était dans les deux gros clubs rivaux près de Grenoble chez les jeunes, mais il y avait quand même une relation amicale entre nous. On courait ensemble une année sur deux comme on a un an d’écart”.

Au C2S, où il vient de reprendre sa licence, Emilien Jacquelin côtoyait les frères Finé, Gabin et Eddy. “En Cadets, il avait repris l’entraînement à notre stage d’avril et à la fin, il avait gagné une course à Charvieu-Chavagneux. Il avait dit après l’arrivée « merde j’espère qu’il n’y aura pas un article dans le journal », car son entraîneur de biathlon ne savait pas qu’il avait fait la course. Ça m’a marqué”, sourit Eddy Finé. 

« IL POSAIT PAS MAL DE QUESTIONS »

L’ancien coureur de Cofidis a partagé ces dernières années des sorties à vélo, autour de Grenoble, avec Emilien Jacquelin. “Il posait pas mal de questions, c’est un passionné de vélo. Il aime bien voir ce qui se fait dans d’autres sports. Il connaît le milieu du cyclisme et plusieurs coureurs”.

Mais bien que connaissant son amour pour le vélo, Nans Peters ne l’aurait pas forcément imaginé rejoindre une équipe pro. “Même si je savais qu’il avait ce rêve, vu le niveau qu’il a en biathlon, c’est dur de se dire qu’il allait passer au vélo où il n’a aucune garantie. Il avait déclaré dernièrement qu’il allait porter un dossard en 2026. Il avait dit : « J’espère qu’on ne m’en voudra pas si j’attaque à tous les tours »”. L’ancien coureur de Decathlon AG2R La Mondiale avait alors compris qu’Emilien Jacquelin ne se contenterait pas des cyclosportives. Mais il l’imagine plutôt dans un peloton amateur, sur des courses FFC.

TROIS PROBLÉMATIQUES À PRENDRE EN COMPTE POUR NANS PETERS

Eddy Finé et Nans Peters ont hâte de voir ce que peut faire Emilien Jacquelin avec un dossard sur le dos. Mais les deux garçons sont plutôt prudents. “Pour lui, le plus grand défi sera le placement. Je ne sais pas s’il l’appréhende…”, confie l’ancien coureur de Cofidis. Pour Nans Peters, Emilien Jacquelin va se confronter à trois problématiques, à savoir le manque d’expérience dans un peloton, l’aspect tactique alors qu’il est connu pour ne pas calculer ses efforts en biathlon et bien sûr son gabarit. “Aujourd’hui, il a les jambes et les bras. Or sur le vélo, il n’y a que les jambes. Il va porter 10 kilos de muscles et son haut du corps de déménageur. Je doute qu’il se transforme d’ici cet été au niveau morphologique. On ne perd pas 10 kilos comme ça en quelques mois”.

Pour Eddy Finé, son punch sera son point fort. “ Sur 30 secondes, il a de jolis tests. Il a aussi la caisse”, dit-il. “Il a conscience que ça ne sera pas un grimpeur”, ajoute Nans Peters. Il l’imagine à son avantage sur un effort violent de type prologue. “Quand il attaque sur un tour en biathlon, soit environ 7 minutes à bloc, avec la faculté de récupérer avant d’arriver au pas de tir, ça ressemble à un prologue où tu souffles avant une petite descente ou un virage”. En revanche, il s’interroge sur son rendement sur les courses longues. “Est-ce que ça passera en effort PMA dans une quatrième heure de course ?”.

« LE CÔTÉ SHOW »

Eddy Finé le dit “joueur” sur le vélo. “Pour ses 30 ans, on a roulé en juillet dernier avec un ami commun, Maxime Chappe, et Sandy Dujardin sur le circuit de la Marmotte sans l’Alpe d’Huez. Il était motivé pour faire la course même sur un parcours difficile”. Un côté joueur qu’il a déjà montré à de maintes reprises au biathlon, avec des tactiques de course débridées et des tirs « mitraillette » impressionnants.

Car Nans Peters rappelle que le fan de Marco Pantani aime “le côté show” du sport. “C’est un attaquant qui a toujours envie de se faire mal. Avec lui, ça passe ou ça casse, et quand ça passe c’est magnifique. Il a le même tempérament sur le vélo quand il dit « j’espère qu’on ne m’en voudra pas si j’attaque à tous les tours ». Il n’est pas là pour gagner la course, mais pour la faire. Il voudra être dans le feu de l’action, et apporter sa pierre à l’édifice dans le scénario d’une course”. Comme sur les skis et avec une carabine dans le dos.