Historiquement, la France affiche un coût de production supérieur de 10 centimes à celui de l’Allemagne sur la partie commodités beurre-poudre. Cela s’explique notamment par un surcoût de collecte de l’ordre de 15 %, lié à la taille et à la densité des exploitations. La réglementation limitant le poids maximal des camions engendre aussi 10 % de coûts de transport supplémentaires. Tandis qu’un mix-produit plus varié entraîne des dépenses marketing supérieures en France de 5 %. « En contrepartie, une meilleure valorisation de nos produits permettait de maintenir des niveaux de prix équivalents, rappelle Benoît Gavelle, secrétaire général adjoint de la FNPL. Mais, depuis quatre ans, l’Allemagne nous a rattrapés sur la partie valorisation, tout en conservant son avantage sur les coûts de production. »

Un enjeu d’attractivité pour l’industrie

Sur le volet fiscal, selon un rapport Rexecode (1) de 2024, les prélèvements obligatoires, nets de subvention, représentent 18 % de la valeur ajoutée brute de l’industrie manufacturière en France. C’est-à-dire un niveau supérieur à celui de l’Allemagne, dans la moyenne de la zone euro (11 %). Cette situation s’explique, d’une part, par des cotisations sociales employeurs supérieures, rapportées à la valeur ajoutée créée en France (+ 6,5 %).

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« Or un secteur d’activité soumis à la concurrence internationale, comme l’industrie laitière, peut difficilement répercuter ces charges employeurs sur le prix des produits. Ainsi, le surcoût imposé par les cotisations employeurs en France est compensé par des salaires plus bas, ce qui dégrade davantage l’attractivité du secteur que sa compétitivité », analyse Corentin Puvilland, chargé d’étude au Cniel. Dans les faits, les coûts du travail en France et en Allemagne sont maintenant équivalents.

Des impôts de production toujours plus élevés

D’autre part, en parallèle, le taux de l’impôt sur les sociétés en France a progressivement été abaissé de 33,3 % à 25 % en 2022. Il reste néanmoins plus élevé et constitue la principale distorsion de concurrence avec l’Allemagne. Ramenée au litre de lait, la répercussion complète des impôts de production revient environ à 5 €/1 000 l. « S’ils demeurent un handicap structurel de compétitivité, leur réduction entamée depuis 2018, notamment la baisse de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), a contribué à atténuer la distorsion sur la fiscalité de production entre les deux pays », note Corentin Puvilland. Ainsi, dans le cadre de l’étude compétitivité du Cniel, ces impôts de production n’expliquent pas le creusement de l’écart de prix du lait observé entre 2022 et 2025.

(1) Rexecode est un institut d’études économiques privé français.