Publié le
7 avr. 2026 à 7h10
« Bonjour, vous avez une pièce d’identité à nous présenter ? » Jeudi 2 avril 2026, l’Urssaf Île-de-France (Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales) a mené une vaste opération de contrôles dans 80 villes de la région. actu Paris a pu suivre un inspecteur et quatre contrôleurs – dont l’identité ne peut être dévoilée, dans le 10e arrondissement de Paris. La cible ce jour ? Des boutiques de téléphonie et de cigarettes électroniques.
Pédagogie et lutte contre le travail dissimulé
« On n’est pas là pour les arrêter, on n’est pas la police, plante d’emblée notre interlocutrice. Nous, on est juste là pour s’assurer que l’employeur n’exploite pas son salarié. » Dans une petite échoppe à la devanture bleue et blanche, les agents s’engouffrent. L’objectif est alors de s’assurer que les employés présents ont bien un contrat de travail et qu’il est respecté.
Devant la fiche de paie du vendeur, l’inspecteur est circonspect. Il débute alors une audition libre. Après s’être présenté et avoir recueilli l’accord de son interlocuteur, il l’interroge sur ses conditions de travail. Qui est la personne qui l’a recruté ? Quand son contrat a-t-il débuté ? Quels sont ses horaires ? Le montant de sa rémunération ?
C’est à cette dernière question que le doute s’épaissit. Le vendeur explique alors qu’il est payé 760 euros en virement bancaire plus 300 euros en espèces. L’inspecteur ne relève pas et poursuit ses questions avant de demander le contact du gérant.
« L’Urssaf veille au respect des droits du salarié »
À la sortie du magasin, il explique : « La situation est à creuser. Ces 300 euros, si c’est avéré, n’apparaissent nulle part. Le gérant ne paie pas ses cotisations sur ce montant et le salarié a l’impression que c’est un cadeau car ça représente 300 euros nets dans sa poche. Mais c’est une vision court-termiste et ce sont ses droits qui vont être rabotés. »
« L’Urssaf veille au respect des droits du salarié, à la libre concurrence et s’assure que les cotisations salariales soient bien versées », explique à actu Paris Paul Vielajus, directeur de la lutte contre le travail dissimulé à l’Urssaf Île-de-France.
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L’argent que ses agents collectent est redistribué dans les 5 heures à l’assurance maladie et aux branches vieillesse, famille, chômage de la sécurité social. « Le système est déclaratif, c’est pour ça qu’une fois par an on organise ce type de contrôle, c’est la contrepartie. Même si 98 % des entreprises jouent le jeu, il faut montrer que l’Urssaf est présente sur le territoire », poursuit le directeur.
Le BTP, premier secteur où il y a le plus de fraudes
Effet dissuasif, pédagogie… Chaque année un secteur est choisi. L’an passé, ces contrôles simultanés avaient porté sur les activités de coiffeurs, barbiers et manucure et l’année précédente sur les points de restauration rapide.
« On ne cible pas un secteur avec des a priori mais simplement parce qu’on n’a pas fait de contrôle dans tel ou tel corps depuis longtemps », nous précise-t-on. En Île-de-France, c’est le BTP qui est le plus « fraudogène », avec 2/3 des montants détectés qui proviennent de ce domaine. Viennent ensuite les secteurs du nettoyage, de l’hébergement, de la restauration et de la sécurité. Leur point commun ? « Beaucoup de main-d’œuvre peu qualifiée », éclaire Paul Vielajus.
Quant au commerçant suspecté de fraude, celui qui verserait 300 euros en espèces à son employé, une enquête va être ouverte pour déterminer le montant des cotisations qu’il aurait dû payer. Il devra ensuite s’acquitter de cette somme ainsi que d’une pénalité équivalente à 40 % du précédent montant.
Dans ce cas, un procès-verbal est systématiquement transmis au parquet. Charge à ce dernier de poursuivre pénalement, ou non, le contrevenant. Les peines encourues vont de 3 à 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende. En 2025, plus de 150 condamnations ont eu lieu pour travail dissimulé en Île-de-France.
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