Longtemps, la police municipale n’a pas été de soi, notamment dans les communes de gauche qui défendaient la police nationale comme responsable de cette mission régalienne qu’est la sécurité. Mais les maires doivent composer avec leurs habitants et, alors que les polices nationales sont débordées, ne pouvant, dans de nombreuses villes, répondre à tous les appels, les municipalités ont progressivement pris le relais sur les missions de proximité, en lien avec les polices nationales.
Pas un candidat aux élections cette année n’a proposé cette année de remettre en question une police municipale existante et rares sont les villes qui n’ont pas encore d’équipe. En Ile-de-France, l’agglomération parisienne est désormais presque entièrement couverte. En Seine-Saint-Denis, toutes les villes ont une PM avec 9 nouvelles communes entre 2014 et 2024 (Villetaneuse, Le Pré-Saint-Gervais, Bagnolet (qui a assermenté un unique agent en 2023), La Courneuve, Bobigny, Neuilly-sur-Marne, Villemomble, Gagny, Clichy-sous-Bois). D’autres communes ont fait monter en puissance leurs effectifs comme à Aulnay-sous-Bois, Aubervilliers ou Saint-Denis (les effectifs sont passés de 34 à 92 agents entre 2014 et 2024).
En Val-de-Marne, 32 villes étaient déjà dotées de PM avant 2014 et 12 villes ont créé leur PM entre 2014 et 2024 : Arcueil, Chevilly-Larue, Orly, Ablon-sur-Seine, Alfortville, Choisy-le-Roi, Valenton, Champigny-sur-Marne, Ormesson-sur-Marne, Marolles-en-Brie, Santeny et Mandres-les-Roses. Seulement trois villes n’ont pas encore de PM : Créteil (ville préfecture), Ivry-sur-Seine et Gentilly, mais ces dernières comptent en revanche des agents de surveillance de la voie publique (ASVP) en nombre, et disposent également toutes les trois de Centres de supervision urbaines (CSU) connectés à des caméras de vidéo-surveillance, tout comme dans les villes dotées de PM.
Dans les Hauts-de-Seine, seul le village de Marne-la-Coquette n’a pas d’équipe mais il s’appuie sur celle d’Issy-les-Moulineaux. La grande couronne reste moins couverte dans ses zones les moins denses.
Depuis 2014, la police la plus importante crée est bien sur celle de Paris, lancée en 2021 et qui comptait 2 200 agents en 2025.
Une augmentation de 40% des effectifs de police municipale hors Paris en 10 ans
À l’échelle francilienne, c’est en Seine-Saint-Denis que le nombre de policiers municipaux a le plus augmenté (+72%), avec 764 agents en 2024 contre 445 en 2014, suivi par le Val-d’Oise (+61%). Dans le Val-de-Marne, la progression est plus modérée (+40%), mais ce département se démarque en revanche par une plus forte augmentation du nombre d’ASVP, en particulier à Créteil qui n’a pas de PM.
A l’échelle régionale, le nombre de policiers municipaux a augmenté de 40% hors Paris de 2014 à 2024, et de 92% en incluant Paris. Le nombre d’agents ainsi est passé de 3 300 à 6 400, auxquels il faut ajouter quelque 1 950 agents de surveillance de la voie publique (ASVP) et 20 garde champêtre (en grande couronne).
92% des Franciliens sont couverts par une police municipale
Plus de neuf Franciliens sur dix (92%) sont désormais couverts par une police municipale contre 65% en 2014. Les écarts entre les départements s’amenuisent avec 8,4 policiers municipaux à Paris pour 10 000 habitants, 7,4 en Seine-et-Marne contre 4,5 en Seine-Saint-Denis, 4,4 dans les Hauts-de-Seine et 4 dans le Val-de-Marne. A noter aussi le développement de polices intercommunales, essentiellement en grande couronne.
Voir en fin d’article le nombre de policiers municipaux et d’ASVP par ville du Grand Paris.
L’armement fait encore un peu débat
Selon l’Institut Paris Région, 49% des policiers municipaux d’ Ile-de-France sont dotés d’une arme à feu individuelle en 2024. En excluant Paris, ce taux s’élève à 67 %, au-dessus de la moyenne nationale (62%).
Dans le détail, le taux est de 62% en Essonne, 64% en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d’Oise, 65% dans les Yvelines, 70% dans le Val-de-Marne, 72 % en Seine-et-Marne et 73% dans les Hauts-de-Seine. À noter qu’en dix ans le taux d’équipement des policiers a cru de 20 points (38% en 2014). Si les attentats terroristes de janvier 2015 ont marqué un tournant, “ il devient difficile, voire impossible, dans certains secteurs, de recruter et de fidéliser des agents en l’absence d’armement“ , souligne l’Institut.
Durant les municipales 2026, la question de l’armement a un peu fait débat mais pas de manière massive. Si plusieurs candidats LFI ont promis de désarmer la police municipale, à l’instar du nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, notamment concernant les lanceurs de balles de défense (LBD), d’autres candidats soutenus par LFI promettaient en revanche de ne pas remettre l’armement de la PM en question, comme Adel Amara à Villiers-sur-Marne, rappelant la sensibilité du sujet après le décès de la policière municipale Aurélie Fouquet.
Dans les programmes, candidats LFI et écologistes ont davantage centré leurs critiques sur les caméras de vidéosurveillance, promettant des audits pour évaluer leur efficacité.
Augmenter les horaires, développer la proximité et la médiation
Du côté des promesses, beaucoup de candidats, notamment des maires sortants, ont indiqué vouloir augmenter les horaires, promettant parfois une disponibilité 24h sur 24. D’autres, ont promis de recentrer les missions sur la médiation et la proximité. Parmi les promesses retrouvées sur de nombreux programmes également : la vidéoverbalisation.
La question de la police municipale n’a en tout cas, pas cette année, constitué un marqueur politique clivant entre droite et gauche, même si les uns s’attachaient davantage à promettre d’armer leur police tandis que d’autres développaient la notion de médiation. C’est plus dans l’arbitrage financier et dans la priorisation que ce marqueur perdure.
“ L’affiliation politique n’est pas la seule variable déterminante, relève du reste l’Institut Paris Région dans sa note. Il faut tenir compte de toute une série de paramètres (état des finances locales, potentiel touristique, pression délinquante, héritage municipal, jeux politiques, posture des services étatiques, etc.) pour saisir le caractère contingent des politiques et dispositifs mis en œuvre. ”
A noter qu’un projet de loi en cours de discussion au parlement (déjà voté au Sénat, en attente de discussion à l’Assemblée nationale) prévoit d’augmenter les prérogatives des PM, notamment pour verbaliser des délits de vente à la sauvette ou usage de stupéfiants, de procéder à des palpations, ou encore d’utiliser des drones ou d’accéder à certains fichiers de la police nationale…
Rédaction : Charles Henry et Cécile Dubois
Annexes
Voir l’étude complète de l’Institut Paris Région
Nombre de policiers municipaux et d’ASVP par ville du Grand Paris en 2024
Classement par proportion de PM + ASVP pour 10 000 habitants, source : ministère de l’Intérieur
Attention : il s’agit des chiffres 2024, ce tableau ne prétend donc pas être à jour des chiffres 2026.
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