Dès la projection de la première photo, ce mardi matin, la salle d’audience est saisie d’effroi.
Le corps sans vie de Lisa Toupenet apparaît brièvement, prisonnier d’un coffre de voiture.
Quelques clichés plus tard, la revoici, étendue sur le sol du parking où elle a rendu son dernier soupir, le 1er janvier 2022 à Nice.
Ses yeux bleus sont clos, sa bouche entrouverte. Khalid El Haddad, père de deux de ses quatre enfants, l’a étranglée.
Leur fille Inès n’a pas tenu jusque-là. D’emblée, la jeune femme a fui la salle en pleurs. Ses trois frères regardent fixement devant eux.
Dans le box en face, Khalid El Haddad a blotti sa tête entre ses mains. Il comparaît depuis vendredi devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes pour assassinat par conjoint.
Si la cour retient la préméditation, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
« Un voile noir »
Guidés par le président Ludovic Leclerc, les jurés plongent dans les sous-sols du 193 boulevard de la Madeleine.
Photo après photo, ils longent ces boxes ouverts, jusqu’au dernier, là où est garée une CItroën C3. C’est dans son coffre que Khalid El Haddad a dissimulé le corps de son ex-compagne, après l’avoir tuée à bord de sa Peugeot 208.
La C3 appartenait à Anthony, l’un des jumeaux de Lisa Toupenet, issu d’une précédente union.
Cela lui a valu d’être placé en garde à vue, avant d’être rapidement mis hors de cause.
L’accusé avait-il planifié ce scénario macabre ? S’est-il engagé à dessein dans ce parking, alors que rien ne l’y obligeait ?
Est-ce dans ce but qu’il a pris le double des clés de la C3, sachant qu’elle ne quittait jamais son box ?
Ces questions rythment les débats du jour.
« Il a très vite reconnu les faits », rapporte le major de la brigade criminelle qui a auditionné l’accusé. Khalid El Haddad s’est rendu à la caserne Auvare le soir du crime, à 20 h 46 précisément.
Deux heures plus tôt, il avait raccompagné Lisa Toupenet après un dîner entre ex-conjoints.
Selon lui, des disputes auraient éclaté. Lisa lui aurait annoncé avoir rencontré quelqu’un. Il aurait vu rouge, ou plutôt « un voile noir », selon ses termes.
Ce sac jaune intrigant
« On est parti sur « meurtre par conjoint ». Mais c’est un assassinat, martèle le major de la crim’. Il y a eu des actes préparatoires ».
L’enquêteur évoque le sac jaune dont Khalid El Haddad s’est débarrassé, sur une colline à l’est de Nice, près de chez lui. Le sac contenait des cordes et du ruban adhésif.
Les enquêteurs se sont même interrogés : « Voulait-il faire du mal [à Inès], celle qui a causé sa déchéance, qui a fugué puis déposé plainte contre lui ? »
Après son crime, Khalid El Haddad a conduit sa fille chez lui. Il l’a confiée à un comparse, Ayoub Belboukhari.
Mais la jeune femme a bravé l’interdiction de sortir. Elle venait d’apprendre la mort de sa mère. Elle a aussitôt alerté la police. Belboukhari est accusé de complicité d’assassinat.
L’homicide était-il bien prémédité ? « On était dans l’hypothèse, et on a le sentiment que vous êtes toujours dans l’hypothèse », tacle Me Julien Darras, qui défend El Haddad aux côtés de Me Benjamin Taieb.
Une certitude, pour les enquêteurs : « Elle savait que ça allait mal finir. »