À 81 ans, Pierre Arditi est toujours gourmand de découvertes et boulimique de travail. Un mal de genou l’a obligé à annuler deux dates, la semaine dernière, de sa tournée du Prix de Cyril Gely, mis en scène par Tristan Petitgirard, mais il nous assure qu’il sera sur scène à Marseille du 8 au 10 avril à Scène Méditerranée (ex-Toursky) à l’invitation du théâtre du Gymnase hors les murs.

« On n’aura pas ma peau comme cela, cela va être plus difficile pour la Faucheuse ! », plaisante-t-il au téléphone. Dans cette pièce, il incarne le chimiste Otto Hahn aux côtés de l’actrice Ludmila Mikaël dans le rôle de la physicienne Lise Meitner, deux personnages ayant réellement existé.

Vous dites avoir envie de jouer avec Ludmila Mikaël depuis trente ans. D’où vient votre admiration ?

J’aime sa qualité d’actrice, elle est pluridisciplinaire, on aurait aussi pu jouer une comédie. On s’est dit que c’était enfin le moment de jouer ensemble, cela se fait sur le tard.

La pièce met en lumière une oubliée de l’Histoire : la physicienne Lise Meitner, éclipsée par Otto Hahn, son collègue, que vous incarnez. Est-ce une pièce féministe, qui met en avant la place des femmes dans la communauté scientifique ?

C’est surtout une pièce sur la réparation d’une injustice. Otto Hahn est chimiste, Lise Meitner est physicienne, ils travaillent ensemble depuis trente ans. Elle est juive, et en 1933, il devient compliqué d’être juif en Allemagne. Otto Hahn l’aide à partir pour Stockholm.

Il continue ses travaux, et il a totalement occulté son apport pourtant majeur, et c’est lui qui reçoit le prix Nobel. Alors qu’il se rend à Stockholm pour recevoir son prix, elle le retrouve pour régler ses comptes.

Votre personnage n’inspire pas forcément la sympathie. Est-ce que ce sont les meilleurs rôles ?

Les meilleurs rôles, ce sont les personnages à failles. Le chevalier blanc n’a aucun intérêt. Lorsqu’un acteur choisit un personnage, il devient son avocat. Je dois le défendre. Il n’est pas condamnable sur tout.

Aimez-vous découvrir des écritures d’auteurs contemporains comme Cyril Gely, plutôt que des classiques ?

J’ai fait les deux, en particulier à Marseille. J’ai joué Don Juan de Molière et Puntila et son valet Matti de Bertolt Brecht au théâtre de La Criée à l’époque de Marcel Maréchal, mon père de théâtre. C’était une époque merveilleuse. J’ai adoré Marseille, mon père y est né (mais Pierre Arditi n’y a jamais vécu, NDLR).

Vous avez donc des liens particuliers avec Marseille…

Oui, l’une de mes tantes habitait du côté du Prado. J’y ai toujours des amis telle que Monique Venturini (ex-conseillère de Jean-Claude Gaudin, NDLR), quand elle tenait le restaurant Le New York ! J’ai aussi bien connu la critique de spectacles Edmée Santy (journaliste au Provençal, NDLR), une amie chère.

J’adore l’ambiance de la ville, malgré les problèmes de drogue, ce n’est pas réservé à Marseille. Elle me fascine. C’est un melting-pot de cultures, c’est une vertu à mes yeux, et les quartiers populaires sont toujours populaires, cela me plaît aussi. Marseille, c’est la famille !

On connaît votre engagement à gauche. Comment avez-vous vécu les municipales et comment envisagez-vous les présidentielles ?

La gauche est décevante. Je ne comprends pas pourquoi les leaders de gauche n’arrivent pas à s’entendre sur les sujets fondamentaux pour le pays au-delà des ego, ce n’est pas digne de la situation actuelle.

"Le Prix" a été mis en scène par Tristan Petitgirard.« Le Prix » a été mis en scène par Tristan Petitgirard. / Photo Bernard Richebé

Je ne suis pas partisan des extrêmes, vous vous en doutez, je suis pour une gauche sociale démocrate. À Marseille, Benoît Payan a été très courageux. Il aurait préféré perdre l’élection plutôt que de perdre son âme. C’est tout à son honneur et cela lui a porté chance.

« Le Prix » du 8 au 10 avril à 20h à Scène Méditerranée (ex-Toursky) /théâtre du Gymnase hors les murs. 10/47 €. lestheatres.net