Par

Guillaume Laurens

Publié le

9 avr. 2026 à 7h12

C’est la dernière étape avant d’obtenir l’autorisation d’exploiter et le permis de construire. Porté par Decoset, le syndicat mixte de la gestion des déchets dans l’agglomération de Toulouse, le projet de création de l’équipement qui va remplacer l’actuel incinérateur du Mirail – souvent dépeint comme le plus polluant de France -, va franchir un tournant majeur ce mardi 14 avril 2026, avec le lancement de la consultation du public, en vue de la création d’une nouvelle « Unité de valorisation énergétique » (UVE) dans la Ville rose. Ce qu’il faut savoir sur ce dossier.

C’est quoi, cette dernière étape ?

S’agissant d’une installation classée pour la protection de l’environnement, cette UVE fait l’objet d’une réglementation très encadrée… et d’un parcours administratif bien balisé. À la suite de la concertation préalable et de la concertation continue, le projet de création de la nouvelle UVE va entrer dans une nouvelle et dernière phase. Cette ultime étape avant le lancement du chantier est donc la phase de consultation du public sur la demande d’autorisation d’exploiter (DDAE) au titre de la réglementation sur les installations classées et sur la demande de permis de construire.

Comment fonctionne cette consultation ?

Ce type de procédures est piloté par la préfecture, le ou les commissaires-enquêteurs étant nommés par le président du tribunal administratif. Dans le cas présent, du fait de la taille du projet, une commission d’enquête composée de trois commissaires-enquêteurs a été mise en place.

Concrètement, c’est cette étape qui permettra d’autoriser la construction sur site de cet incinérateur dernier cri.

Comment consulter le dossier de l’UVE ?

Dès ouverture de la procédure, le dossier d’enquête sera mis en ligne sur le site dédié au projet (onglet « Déroulement »). Un exemplaire au format papier sera également déposé durant toute la durée de la consultation à la Maison Toulouse Services de la Reynerie, située au 1 place Conchita Grangé-Ramos.

Pendant les trois mois de consultation, la procédure prévoit aussi deux réunions publiques (les jeudi 16 avril et 2 juillet à 18 heures à la salle des fêtes Lafourguette), et trois créneaux de permanences (le mardi 5 mai de 9h à 12h, le mardi 23 juin et le mercredi 15 juillet de 13h30 à 16h30, à la Maison Toulouse Services de La Reynerie).

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Quel est le calendrier de cette consultation ?

Cette consultation du public se déroulera du mardi 14 avril à 8h30 au mercredi 15 juillet à 17h00, soit pendant trois mois. À l’issue de cette échéance, le délégataire pourra obtenir son permis de construire, dans l’optique de lancer le début des travaux « en septembre », indique-t-on chez Decoset.

Comme l’avait détaillé le syndicat, cette UVE doit être mise en service, au plus tôt, en 2031. L’ambition est de passer de « l’incinérateur le plus polluant de France » à l’Unité de valorisation énergétique (UVE) « la plus écologique de France », scandait il y a un an Vincent Terrail-Novès, le président de Decoset.

L’incinérateur actuel en service jusqu’à l’arrivée de l’UVE

Construite juste à côté de l’incinérateur existant, sur le même site, l’UVE doit être érigée sur l’emplacement dévolu au traitement des mâchefers (résidus issus de l’incinération des déchets dans les usines d’incinération, NDLR) et à l’actuelle déchetterie de Monlong qui va fermer en septembre, afin d’exploiter l’usine actuelle jusqu’à la livraison de la nouvelle. La déconstruction dudit camembert étant la première étape du projet.

« Cela nous permettra d’assurer la continuité du service entre 2026 et 2031, notamment la production de chaleur pour le réseau de chaleur de Toulouse », selon Vincent Terrail-Novès. « Quand la nouvelle UVE sera terminée, nous pourrons stopper l’activité de l’actuel incinérateur », qui devrait être démantelé à horizon 2031-2032.

L’UVE doit être érigée sur l’emplacement dévolu au traitement des mâchefers (résidus issus de l’incinération des déchets dans les usines d’incinération, NDLR) et à l’actuelle déchetterie de Monlong qui va fermer en septembre
L’UVE doit être érigée sur l’emplacement dévolu au traitement des mâchefers (résidus issus de l’incinération des déchets dans les usines d’incinération, NDLR) et à l’actuelle déchetterie de Monlong qui va fermer en septembre. (©D.S.-S. / Actu Toulouse)450 millions d’euros investis

La construction de cette UVE est l’un des plus gros projets industriels de l’agglo de Toulouse. Il est porté par Evoneo, une filiale du groupe Suez. Car c’est cette multinationale des déchets qui a décroché le marché d’exploitation des UVE de Toulouse mais aussi de Bessières, les deux étant dans le périmètre de Decoset.

L’investissement global est de 450 millions d’euros, dont 150 venant de Decoset. Il sera partagé en fonds propres par Suez, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et un prêt remboursable sur 30 ans de Decoset.

Un contrat de 1,4 milliard d’euros

Quant au contrat de DSP, d’un montant de 1,4 milliard d’euros, il prévoit non seulement la reconstruction d’une nouvelle usine à Toulouse, mais aussi la modernisation de l’UVE de Bessières et l’exploitation de ces deux sites pendant 20 ans.

« Les deux UVE délivreront plus de 220 GWh/an d’électricité et plus de 360 GWh/an de chaleur. La future UVE de Toulouse couvrira près de 80 % des besoins des réseaux de chaleur urbains de la ville », fait valoir Suez.

Ce que ça va changer pour les riverains

Le devenir de l’incinérateur du Mirail avait suscité un vif débat en raison des nuisances générées par l’actuel incinérateur, qui ne se trouvait pas, à sa construction en 1969, au cœur des habitations, mais a fini entouré par l’urbanisation galopante de l’agglomération toulousaine. Reconstruire cette usine sur place, quartier du Mirail, ou ailleurs… Alors que certaines voix s’étaient élevées pour que l’infrastructure déménage plus loin de la Ville rose, différents scénarios avaient été étudiés, et le débat avait été tranché par Decoset voici trois ans.

Selon le syndicat mixte, cette nouvelle UVE promet aux riverains plusieurs améliorations par rapport à l’installation actuelle : « Le confinement des odeurs avec des filtrations supplémentaires lors des arrêts », « le confinement des poussières issues des mâchefers dans un bâtiment fermé » et enfin « l’absence d’impact du bruit, de jour comme de nuit ».

Un bâtiment qui ne ressemble pas à une usine

Rappelons enfin que Decoset a fait un choix architectural audacieux, avec un bâtiment qui ne ressemble pas à une usine. Le cabinet Richez Associés, chargé de réaliser le nouvel édifice, a dessiné un édifice semi-enfoui, moins haut que l’actuel, mieux à même de s’insérer dans un environnement devenu urbain et dans un paysage qui offre un panorama sur la chaîne des Pyrénées.

L'architecte a dessiné un bâtiment semi-enfoui, moins haut que l’actuel, mieux à même de s’insérer dans un environnement devenu urbain
L’architecte a dessiné un bâtiment semi-enfoui, moins haut que l’actuel, mieux à même de s’insérer dans un environnement devenu urbain. (©Richez Associés)

« Ce projet retranscrit la volonté de réconcilier la nature industrielle de l’UVE à son écosystème architectural urbain, paysager et social », avait défendu le cabinet, qui soulignait que son bâtiment, vu de l’extérieur, pourrait aussi bien être une salle omnisports, un stade de football ou une salle de concert… à l’exception de la cheminée, qui révélera l’existence d’une usine.

Pour inviter le public à « comprendre ce qui se passe à l’intérieur » et sensibiliser au cycle de valorisation énergétique, un parcours découverte doit être créé dans le bâtiment, avec aussi, à côté de l’usine, une Maison des Énergies qui affiche l’ambition de « doter la nouvelle UVE d’un tiers-lieu ouvert, pédagogique et interactif, en dialogue constant avec la ville et ses habitants ».

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