Publié le
9 avr. 2026 à 18h46
La fusion des listes socialistes et insoumises à l’entre-deux tours des Municipales 2026 n’en finit pas de faire des vagues dans la Ville rose, près de trois semaines après la fin du scrutin, qui s’est soldé par une large victoire de Jean-Luc Moudenc (DVD) avec 53,87 % des voix. Ce jeudi 9 avril, en marge de la réélection du maire de Toulouse aux commandes de la Métropole et de celle de ses 20 vice-présidents, le nouveau visage politique de l’intercommunalité s’est dévoilé… entérinant la dispersion de la gauche locale, mais aussi et surtout la division des élus socialistes, désormais scindés en deux groupes : les partisans (essentiellement toulousains) de l’union avec les insoumis d’un côté, ceux de l’entente avec le maire-président de la Métropole de l’autre. Voici l’envers du décor.
Jean-Luc Moudenc dispose de la majorité absolue
Si les groupes politiques ne sont pas encore officiellement constitués, Toulouse Métropole dévoile déjà son nouveau visage politique. Premier enseignement : la droite et le centre sortent renforcés des Municipales 2026. Alors que le conseil métropolitain perd trois élus (dont deux pour la commune de Toulouse), le groupe de la droite et du centre baptisé « Métropole d’avenir » aura désormais à lui seul la majorité absolue (67 élus sur 130), ce qui n’était pas le cas dans la précédente mandature (65 élus sur 133), grâce notamment aux basculements de Cugnaux et Launaguet.
Réélu président avec une large majorité (101 voix sur 130), Jean-Luc Moudenc s’est tout de suite fait chantre ce jeudi de la nouvelle édition de son « pacte de gouvernance », un document d’engagement sur la gestion de la Métropole, déjà proposé en 2020, et qui a cette fois été préparé et signé par les trois principaux groupes de la collectivité.

Jean-Luc Moudenc a proposé un nouveau pacte de gouvernance aux élus des trois principaux groupes de la Métropole (©G.L. / Actu Toulouse)La division des socialistes en deux groupes
Mais le principal enseignement de ce conseil est ailleurs, avec l’éclatement du camp socialiste en deux groupes après les Municipales. D’un côté, les socialistes qui se sont alliés à la France insoumise, et de l’autre, ceux qui ne voulaient pas (et ne veulent toujours pas) en entendre parler.
Ce dernier, emmené par Karine Traval-Michelet, réélue dès le premier tour à Colomiers et reconduite par Jean-Luc Moudenc à la 2e vice-présidence de la Métropole ce jeudi, comptera 18 élus (socialistes et alliés), contre 26 par le passé. On y retrouve beaucoup de maires du territoire, et des élus de leurs majorités. Il restera le 2e de la collectivité.
Mais un autre groupe de socialistes et alliés sera formé autour de François Briançon avec six élus, dont trois Toulousains. Parmi eux figureront trois vice-présidents du Département : Vincent Gibert (PS, Toulouse), Isabelle Hardy (Génération.s, Toulouse), mais aussi Victor Denouvion (maire PS de Saint-Jory). C’est d’ailleurs ce dernier qui présidera le groupe, dans lequel on retrouvera aussi le maire de Gratentour Alain Cambou, et l’élue de Blagnac Anne Gomez.
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Karine Traval-Michelet, patronne de « la gauche du réel »
Officiellement, Karine Traval-Michelet a souhaité que les élus socialistes de la Métropole s’émancipent de ceux de la ville de Toulouse. Mais officieusement, faut-il y voir une nouvelle illustration locale des luttes fratricides au PS ?
Au micro ce jeudi, la maire de Colomiers s’est réjouie « d’avoir évité » que ses concitoyens aient été « projetés dans les bras des extrêmes » lors du dernier scrutin dans la Métropole. Farouchement opposée à l’union avec les insoumis, l’édile s’est posée en défenderesse de « la gauche du réel (une formule chère à Carole Delga, NDLR), de la clarté, profondément ancrée dans la lutte contre l’antisémitisme et le racisme ». Elle s’est aussi réjouie de la « gouvernance partagée » proposée par Jean-Luc Moudenc, « qui vient au bénéfice de notre territoire ». Et elle a expliqué la division avec les socialistes version Briançon : « Nous avons constitué, sur ces bases, un groupe distinct de la ville centre », a-t-elle défendu. « C’est un équilibre à préserver entre Toulouse et les communes alentour ».
« Nous n’étions pas favorables à un accord avec LFI à Toulouse »
Interrogée en aparté par Actu Toulouse, Karine Traval-Michelet assume son choix de faire bande à part de ses camarades de la Ville rose, en raison de « situations politiques différentes. La voix des socialistes toulousains est différente de la nôtre et doit pouvoir s’exprimer à la Métropole », souffle-t-elle.
Est-ce un nouvel effet domino de la fusion du PS avec LFI ? « Ce sont deux choses différentes », rétorque Karine Traval-Michelet, qui l’assume : « Nous n’étions pas favorables à un accord avec LFI à Toulouse, même si à vrai dire, on ne nous a pas demandé notre avis ». Au fond, reconnaît l’élue, cette scission reflète des « deux lignes politiques à l’intérieur du PS : celle d’Olivier Faure et celle de Nicolas Mayer-Rossignol ». Ou plus localement, celle de Sébastien Vincini, président du Département… et celle de Carole Delga, patronne de la Région.
« Une différence d’appréciation », dit François Briançon
« Ils n’ont pas souhaité un groupe dans lequel il y avait des Toulousains, on en a pris acte », regrette François Briançon, qui siégeait pourtant aux côtés de Karine Traval-Michelet lors du dernier mandat. « Nous avons une différence d’appréciation de ce que ce doit être la Métropole : pour moi, ça doit être un lieu de combat avec la droite, et non un lieu de coopération ». Le premier secrétaire fédéral du PS estime-t-il avoir été mis au ban après son alliance avec LFI ? Cela n’a « pas été présenté ainsi », selon l’élu, qui soupire : « De toute façon, je n’aurais pas pu être dans un groupe qui a signé un pacte de gouvernance avec Jean-Luc Moudenc ».
On ne peut pas cautionner un tel accord politique après la campagne dégueulasse que nous avons vécue à Toulouse et qui laisse des traces.
François Briançon
Candidat (PS) aux élections municipales 2026 à Toulouse

« Ils n’ont pas souhaité un groupe dans lequel il y avait des Toulousains », regrette François Briançon (©G.L. / Actu Toulouse)Trois groupes insoumis, écolos et communistes
Résultat : la gauche sera plus éparpillée que jamais au sein de la Métropole. Outre les deux camps socialistes, sa voix sera portée par trois autres groupes. Celui autour du député (LFI) François Piquemal, candidat malheureux du second tour des Municipales à Toulouse sera baptisé « Demain Toulouse », car il sera exactement le même à la métropole qu’à la mairie, avec huit élus insoumis et alliés. Maire de L’Union et proche de LFI, Marc Péré a pris ses distances et siégera désormais parmi les non-inscrits, tout comme Maxime Le Texier (Archipel citoyen).
Les écologistes de Régis Godec, élu à Toulouse, formeront un groupe de cinq élus, avec Hélène Cabanes (Toulouse), Aurore Dufaud (Tournefeuille), mais aussi Sophie Boubidi et Martine Barry-Sevennes (Colomiers).
Enfin, il y aura un groupe de communistes puisqu’ils atteignent le seuil minimal de quatre élus. Celui-ci sera présidé par Franck Ribeyron (Colomiers). On y retrouvera Inès Goffre-Pedrosa (Toulouse), Jean-Luc Faure (Tournefeuille) et Michel Beuillé, le maire d’Aussonne.
Les Indépendants toujours aussi nombreux
Comme lors du dernier mandat, Jean-Luc Moudenc pourra aussi compter sur l’appui du groupe des Indépendants qui sera désormais présidé par le maire de Blagnac Joseph Carles, et non plus par celui de Mondouzil, Robert Médina, qui en a claqué la porte. Ce groupe « ni de gauche, ni de droite » et qui entend se placer « au-delà des intérêts partisans », dixit Joseph Carles, restera le 3e de la Métropole, avec 16 élus.
Jean-Luc Moudenc veut éviter « un recroquevillement dommageable »
Considérant que « la Métropole amène une plus-value considérable » pour faire avancer les grands projets du territoire, Jean-Luc Moudenc avait proposé aux élus des trois principaux groupes de coécrire « un nouveau pacte d’orientation et de gouvernance », considérant que sa première version avait « bien fonctionné lors du mandat précédent. Dans la conjoncture actuelle où il y a tant de clivages, c’est un contre-exemple que nous envoyons », a-t-il défendu, se réjouissant de ce nouveau « pacte de respect, où chacun garde son identité ».
Le groupe Métropole d’Avenir détient la majorité absolue des sièges, mais nous sommes dans une intercommunalité et je ne veux pas qu’il gouverne seul, même si dans d’autres métropoles, certains ont fait le choix inverse. J’estime que ce serait un recroquevillement dommageable.
Jean-Luc Moudenc
Président (DVD) de Toulouse Métropole
« Il y a un éléphant dans la pièce », s’exclame Maxime Le Texier
Une alliance transpartisane qui n’est pas du goût de tous. « Il y a un éléphant dans la pièce », a notamment dénoncé Maxime Le Texier (Archipel citoyen). « Je souhaite que ce pacte de gouvernance soit communiqué à l’ensemble des 130 conseillers métropolitains », a-t-il tancé. « Je forme le vœu que les élus qui ne le signeraient pas ne soient pas écartés ». De quoi faire bondir Jean-Luc Moudenc, car si ce pacte qui sera « prochainement rendu public » a été « préparé et signé par les trois groupes historiques », selon le maire de Toulouse, « celles et ceux qui ne sont pas dans ce circuit mais le veulent pourront le signer ».
« Un pacte du fatalisme, de l’austérité, de l’impuissance »
« Ce pacte de gouvernance ressemble à un pacte du fatalisme, de l’austérité, de l’impuissance », a aussi dénoncé François Piquemal (LFI), chef de file de l’opposition à Toulouse, avant que Jean-Luc Moudenc ne lui rétorque : « Je vous trouve très prétentieux et présomptueux alors que vous ne l’avez pas lu ! » Puis il assène : « Je vous invite à plus de modestie, même si ce n’est pas votre qualité première ».
Ce pacte de gouvernance devrait être paraphé par une immense majorité des maires. Bien qu’ils siègent dans des groupes d’opposition, certains envisagent aussi de le faire, à l’instar de Michel Beuillé (Aussonne). « Ce n’est pas tranché pour moi », dit de son côté Victor Denouvion (Saint-Jory), alors qu’Alain Cambou (Gratentour), nouvellement élu, ne l’a « pas prévu ». Lors de la dernière mandature, des 37 maires, seul Marc Péré (L’Union) ne l’avait pas signé.
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