Des scientifiques se sont penchés sur les effets d’une
substance chimique très utilisée dans l’industrie pour
entre autres assouplir et augmenter la durée de vie des
plastiques. Et les résultats de leur enquête sont particulièrement
préoccupants. Le phtalate aurait une incidence directe sur
l’apparition des cancers du sein. L’Union
européenne a d’ailleurs déjà pris des mesures pour protéger notre
santé
En France, le cancer du sein occupe la
première place parmi les cancers féminins, tant en nombre de cas
qu’en termes de mortalité. Chaque année, il concerne plus de
61 000 femmes et provoque environ 12 000
décès. À lui seul, il représente près d’un tiers des
cancers chez la femme. Et grâce à cette récente étude, on en
connaît désormais une des causes.
Les liens entre phtalate et cancers du sein
Une étude épidémiologique originale réalisée à Taïwan, et
publiée dans les comptes rendus de l’Académie des sciences
américaine, met en évidence une association entre
l’exposition au DEHP (di-2-éthylhexyl phtalate) et le
développement du cancer du sein. Pour cela, les
scientifiques ont suivi 364 femmes en mesurant chaque année, sur
une période de vingt ans, la présence de DEHP et de ses métabolites
dans leurs urines.
Cette étude confirme des travaux menés depuis 2017. Ces
nombreuses recherches épidémiologiques avaient mis en évidence un
lien entre des concentrations élevées de phtalates dans les urines
et une augmentation du risque de cancer
du sein. « Ses résultats confirment bien le risque
de cancer accru chez les femmes les plus exposées au DEHP,
des données très importantes quand on sait que les phtalates
peuvent agir à de très faibles doses si l’organisme est exposé de
façon chronique », souligne un des chercheurs.

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Des
scientifiques confirment les liens entre phtalate et cancer du
sein.
Que sont ces phtalates qui provoquent le cancer du sein ?
L’exposition au DEHP (pour di 2-éthyl hexyl
phtalate) s’avère donc bel et bien associée au cancer du sein.
Cette molécule appartient à la grande famille des phtalates, des
composés largement utilisés pour rendre les plastiques plus souples
et plus résistants dans le temps. Et on en trouve partout, dans
les produits d’entretien
ménagers, les câbles électriques, les cosmétiques ou encore les
jouets.
Comme ils ne se fixent pas de manière permanente dans ces
matériaux, ils peuvent ainsi se libérer facilement, notamment au
contact de substances grasses, et se retrouvent ainsi
fréquemment dans l’environnement comme dans l’organisme
humain.
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Environnement et humains contaminés.
Les mesures prises pour limiter
l’ampleur du phénomène
Afin de limiter les risques en amont, l’Agence nationale de
sécurité sanitaire (ANSES) appelle à encadrer beaucoup plus
sévèrement l’usage d’une quarantaine de phtalates, voire à
en bannir certains, en raison de leur toxicité potentielle. Ces
substances sont d’ailleurs sous la surveillance des pouvoirs
publics depuis longtemps. L’Union européenne a même déjà pris des
mesures en imposant des restrictions strictes sur treize d’entre
elles.

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L’Union
européenne a déjà pris des mesures.
De plus, les autorités reconnaissent déjà quatre de ces
phtalates comme des perturbateurs endocriniens
pour l’être humain, tandis que deux autres présentent des effets
préoccupants pour l’environnement. Leur utilisation a
progressivement fait l’objet d’un encadrement dans plusieurs
domaines : interdits dans les objets pour enfants
pouvant être portés à la bouche dès 1999, ils sont ensuite limités
dans les emballages d’aliments gras à partir de 2007, dans les
cosmétiques depuis 2009, puis dans les équipements électriques et
électroniques en 2011.