Jovial et énigmatique. Il y a dans le travail de Paul Rousteau une volonté de brouiller les grilles de lecture pour sublimer le visible et dévoiler l’insaisissable. Né à Beauvais en 1985, le photographe établi à Paris, passé par l’Ecole supérieure des arts (ESA) Saint-Luc Tournai en Belgique, puis le Centre d’enseignement professionnel de Vevey (CEPV), a fait de l’hybridité entre photographie et peinture l’une de ses marques de fabrique. «En 2016, à la sortie de mes études d’art, j’étais en quête d’un chemin à suivre. Parmi les artistes qui m’accompagnaient, le peintre Claude Monet occupait une place essentielle. J’avais été bouleversé en découvrant ses Meules au Musée d’Orsay, et cette émotion m’a conduit à plonger dans sa biographie, puis à partir à la rencontre de son environnement, à Giverny», retrace-t-il.

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Au fil de son existence normande, le peintre impressionniste s’est construit à Giverny un refuge ainsi qu’une véritable palette à ciel ouvert. La maison qu’il habitait et ses jardins sont aujourd’hui ouverts au public. C’est ce cœur de parterres de fleurs que Paul Rousteau a arpenté entre 2016 et 2026 pour nourrir son œuvre et son inspiration. Les images présentées ici naviguent alors entre art, illusions d’optique, et matière picturale. On devine la douceur poétique de ces jardins fleuris chers à Monet, tout en se questionnant sur la frontière entre peinture et photographie.

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Bouleverser les conventions

Filtres faits maison, verres colorés, miroirs déformants, impressions retravaillées puis rephotographiées: Paul Rousteau veut libérer l’image de sa quête obsessive de la perfection. «J’ai commencé à déplacer mon regard vers ceux qui photographient Giverny: la foule des visiteurs, leurs smartphones. […] J’ai voulu voir Giverny à travers les yeux des visiteurs. J’ai parcouru le jardin sur internet, sur les réseaux sociaux à la recherche de ces rebuts d’images. J’ai traqué les erreurs, les accidents photographiques: ces images que l’on croit ratées mais qui révèlent des trouvailles inattendues, des échecs heureux, illustre-t-il. Ces fragments trouvés en ligne sont devenus mon matériau brut: je les imprime, les repeins, les altère. Par la transformation, je les fais miennes. Dans ce geste d’appropriation, je cherche à troubler le regard du spectateur qu’il ne sache plus s’il contemple une peinture de maître, une photographie amateur, ou un artefact numérique.»

Paul Rousteau entend ainsi bouleverser les conventions, et revendique un art sans hiérarchie. «Toutes ces images, habituellement dévalorisées, trouvent leur place dans mon laboratoire visuel inclusif», assure-t-il.

Et de conclure: «En travaillant à Giverny, je pratique une forme de parasitage artistique: j’habite le territoire de Monet pour en décaler les codes. Cent ans après sa mort, je joue avec son héritage et participe, avec amusement, à la mutation d’un mouvement.»

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