Après une campagne décidément hors-norme, Viktor Orbán est en position de faiblesse, mais pas encore vaincuUn ras-le-bol de la corruption ?
« Son offre politique s’oriente vers les valeurs traditionnelles comme la famille, la nation, etc. Mais avec un positionnement quand même beaucoup plus ouvert vis-à-vis de l’intégration européenne ». Péter Magyar a d’ailleurs axé sa campagne électorale sur l’opposition au parti-État qu’incarne le Fidesz, dont la domination est entachée de corruption, explique Laure Neumayer. « Le leader de Tisza veut rétablir l’État de droit en Hongrie, et que son pays respecte les traités européens. En parallèle, il souhaite aussi que Budapest intègre le Parquet européen, afin que les enquêtes de corruption – systématiquement bloquées en Hongrie – puissent avancer ».
D’après les dernières enquêtes, deux tiers des citoyens hongrois ont une opinion positive vis-à-vis de l’Union européenne et souhaitent que leur pays conserve sa place au sein des Vingt-sept. Seuls quinze pour cent d’entre eux souhaitent quitter l’Union.
Hongrie : l’illusion du changementUn soutien mesuré à l’Ukraine
Depuis l’invasion russe en Ukraine de février 2022, la Hongrie n’a cessé de bloquer l’aide financière des Vingt-sept à Kiev, ainsi que l’adoption de trains de sanctions à l’égard de la Russie, imposant son veto aux autres États membres pour faire barrage. « Péter Magyar se prononce en faveur des sanctions européennes contre Moscou. Concernant l’Ukraine, il est cependant très prudent. Parce que Viktor Orban a laissé entendre que son opposant cherche à entraîner la Hongrie dans ce conflit, et que la population est sensible à ce discours anti-ukrainien. En conséquence, Péter Magyar dit qu’il ne s’opposera pas à l’aide européenne pour Kiev, mais il n’ira pas au-delà, à l’inverse des pays baltes et de la Pologne, qui se montrent très actifs dans ce dossier », détaille encore Laure Neumayer.
L’influence sur « le camp illibéral »
Les attaques répétées de la Hongrie envers l’État de droit – qui empêchent Budapest de recevoir la bagatelle de 18 milliards d’euros de fonds européens – constituent un second front pour l’Union européenne. « Viktor Orban se présente comme la figure européenne du camp illibéral. Une défaite aux prochaines élections pourrait marquer un coup d’arrêt à l’essor de ce mouvement politique au sein de l’Union », décrit Laure Neumayer. Plusieurs pays se rangent dans le camp du dirigeant hongrois, comme la Slovaquie (dirigée par la national-populiste Robert Fico) et la République tchèque (dirigée par Andrej Babiš).
Élections législatives en Hongrie : JD Vance en Hongrie en soutien à « son bon ami », Viktor Orban
« En cas de victoire électorale de Péter Magyar, il est clair que les Conseils européens se dérouleraient dans une autre ambiance. On sait que Viktor Orban et Péter Szijjarto (ministre hongrois des Affaires étrangères, NdlR) transmettent vers l’extérieur des informations censées rester en interne, et qui peuvent être vécues comme une forme de trahison européenne, ajoute de son côté Paul Gradvohl, historien spécialiste de la Hongrie et enseignant à l’Université Paris‑1 Panthéon‑Sorbonne. Une défaite de Viktor Orban couperait également les ailes du groupe des Patriotes au Parlement européen, et de ce que j’appelle l’internationale sombre, à savoir les groupuscules qui travaillent avec Steve Bannon (idéologue d’extrême droite et ancien conseiller de Donald Trump, NdlR) pour répandre leur propagande. »
En France, Marine Le Pen n’a d’ailleurs pas manqué d’apporter son soutien au Premier ministre hongrois aux côtés du Néerlandais Geert Wilders et de l’Italien Matteo Salvini, alors que le Rassemblement National a bon espoir de décrocher l’Élysée en 2027.
À court de souffle, Viktor Orban n’utilise plus qu’un seul argument de campagne et s’est même emporté de façon très inhabituelleOrban encore plus dur ?
Et en cas de nouvelle victoire du Fidesz aux élections, que se passerait-il ? Selon Paul Gradvohl, Viktor Orban pourrait aller encore un cran plus loin dans sa politique de rupture à l’égard de l’Union européenne. « Pour lui, ce serait une course en avant jusqu’aux élections de mi-mandat aux États-Unis. Pour l’Union européenne, cela ne peut que s’aggraver. »
De quoi s’attendre à voir la Hongrie sortir de l’Union européenne ? Ou à des actions encore plus agressives ? Impossible d’en prévoir la forme, mais les déclarations du Premier ministre hongrois, en février dernier, donnent en tout cas une idée claire du cap souhaité : « Nous devons accepter l’idée que ceux qui aiment la liberté doivent craindre Bruxelles et non l’Est. »