Par

Thomas Martin

Publié le

12 avr. 2026 à 7h02

Ce dimanche 12 avril 2026, elles seront plus de 20 000 femmes au départ du marathon de Paris, soit environ un tiers du peloton. Un record. Mais derrière ces chiffres, une réalité plus dure : pour beaucoup, le running l’année dans les rues reste une source d’inquiétude.

La peur d’être insultées voire agressées

Andréa n’y va « jamais le soir », Léa, « jamais seule » quelle que soit l’heure de la journée, Natacha a suivi des cours de self-défense : si les femmes courent de plus en plus, le harcèlement de rue et l’insécurité qu’elles sont nombreuses à régulièrement ressentir restent un frein à la pratique.

Et la parité dont se rapproche le Marathon de New-York par exemple (45% de femmes), est encore loin.

« Quand on pose la question aux organisateurs, on nous répond que c’est parce que le marathon de Paris a la réputation d’être dur. Mais quand on demande aux femmes, elles nous disent toutes que c’est parce que la préparation se fait l’hiver, la nuit, quand elles ne se sentent pas en sécurité », grince auprès de l’AFP Tiphaine Poulain, cofondatrice de l’association Sine Qua Non qui sensibilise aux violences sexistes et sexuelles dont sont régulièrement victimes les runneuses.

Peur d’être insultées, suivies voire agressées… Dans une étude menée dans plusieurs pays pour la marque Adidas en 2023, 92% des femmes interrogées affirmaient être inquiètes pour leur sécurité lors de leurs footings.

Quelques mois plus tard, une enquête similaire reprise par la marque Hoka soulignait que 45% de femmes interrogées indiquaient avoir déjà été victimes de harcèlement verbal ou physique pendant leur sortie, et que 80% d’entre elles avaient par conséquent changé leurs habitudes en modifiant leur itinéraire, leur tenue, voire en arrêtant complètement de courir.

« Je suis toujours dans un état d’hyper-vigilance »

« Mon record, c’est trois fois en une semaine, en novembre dernier ! Des sifflets, des remarques déplacées, des klaxons », soupire Marine à propos des micro-agressions qu’elle subit régulièrement. « Je ne me suis jamais empêchée d’aller courir mais je suis toujours dans un état d’hyper-vigilance. »

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« C’est sûr qu’on se pose plus de questions que les mecs », renchérit Elisa, 37 ans. « Dans Paris, je n’ose pas me mettre en brassière et quand je cours la nuit, je regarde à deux fois avant de m’aventurer sous un tunnel (des bords de Seine). »

Parmi les amatrices de course à pied interrogées par l’AFP, toutes affirment avoir adopté des stratégies pour se sentir plus rassurées dans leur pratique et éviter les potentielles situations de danger.

Marquée par le meurtre de la joggeuse Agathe Hilairet en 2025, Maud a acheté une « montre connectée » pour que son compagnon « ait accès à (sa) localisation en direct ». Suzanne cache ses hanches avec « une veste autour de la taille ». Andréa a renoncé aux écouteurs, même si elle « préfère avec la musique ».

« Je cours depuis 30 ans et il y a eu parfois des agressions de joggeuses très médiatisées », souligne Natacha, 55 ans, évoquant l’affaire Natacha Mougel, violée et tuée en 2010 alors qu’elle faisait son footing.

« A l’époque, j’avais suivi des ateliers de self-défense. Par chance, je n’ai jamais eu à m’en servir mais j’y pense tout le temps », ajoute cette sportive qui conseille à ses amies de « varier les itinéraires pour ne pas se faire repérer par les prédateurs ».

« Courir en groupe ne peut pas être la seule solution »

« Toutes ces questions qu’on se pose, et qu’on nous impose, sont des entraves à la liberté de courir », estime Tiphaine Poulain.

« L’espace public est gratuit, ça devrait être un terrain de jeu évident pour promouvoir le sport féminin, mais les femmes ne s’y sentent pas en sécurité », regrette-t-elle, soulignant que d’autres freins, comme la charge mentale familiale et la tendance à la sous-évaluation de ses capacités, pèsent aussi sur la pratique féminine.

Son association a lancé une grande consultation pour recueillir témoignages et idées de solution. Des groupes de running « Sine Qua Non » ont également été créés.

« Mais courir en groupe ne peut pas être la seule solution. On n’en peut plus de ce message qui dit que si tu es une femme, tu dois forcément courir en groupe. C’est hyper contraignant », souligne la militante, qui appelle les organisateurs de course à se saisir du sujet et à « responsabiliser les hommes ».

En 2025, 37% des finishers de courses running – environ 1,53 million de résultats – étaient des finisheuses, selon les chiffres de la Fédération française d’athlétisme.  

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