La librairie, Le Grain des Mots, installée sur le boulevard du Jeu-de-Paume va quitter son artère historique pour investir, un local plus grand et bien à elle, dans une partie de l’ancien cinéma Rex, située à la confluence de la place Saint-Denis et du cours Gambetta.

On peut être libraire et ne pas seulement aimer lire des bons mots. On peut également en faire. Preuve avec Tristan Demante, l’une des cogérants (avec son frère Romain) le duo à la tête du Grain des Mots, la commerçante et résiliente librairie du boulevard du Jeu-de-Paume : « Au-dessus, il n’y a pas d’eau, juste une salle de sport ». Cela pour rappeler le quotidien de cette arche de Noé façon livres.

Carton (plein) virtuel pour Le Grain des Mots

En organisant ce 12 avril au mitan de l’après-midi, leur déménagement virtuel, avec la belle complicité d’une grosse centaine de clientes et clients, entre le boulevard du Jeu-de-Paume et le bas du cours Gambetta, les frères Demante (Tristan et Romain) ont officiellement lancé le chrono.

Ce dimanche, ils ont acté leur départ de l’artère pour leur future librairie qui doit prendre place, fin août, dans l’ancienne salle du cinéma Rex. Pour symboliser ce nouveau départ après des années de galères (le commerce a subi plusieurs dégâts des eaux depuis 2020 dans les deux locaux successivement occupés aux numéros 13 et 15 du boulevard), ils ont organisé cette chaîne humaine entre les deux adresses en faisant voyager un carton (vide, la précision est utile à l’aune du poids du papier). Et filmé la séquence pour la postérité.

Un clin d’œil que les frères Demante voulaient faire avec celles et ceux ayant permis à leur enseigne de traverser les tempêtes successives subies de ces dernières années. Suivra une visite du futur magasin. « Nous voulons le célébrer avec eux ! ».

Quant aux quelque neuf tonnes de papier constituant l’ensemble du stock du Grain des Mots et une fois la future adresse prête, elles seront mises en cartons par l’équipe (les deux gérants, deux libraires salariés et une apprentie) avant d’être transportées par des déménageurs professionnels jusqu’au bas du cours Gambetta pour leur remise en rayonnage.

Un quartier bien différent. »Ici c’est passant, là-bas c’est vivant ! Nous sommes super enthousiastes ! La Cagette y arrive, c’est dans notre ADN et Le Dôme, ce sont des copains… »

Il était une fois, huit dégâts des eaux…

Laquelle a subi une grosse voie d’eau lorsqu’elle occupait son adresse historique au numéro 13 de l’artère. Bilan, de l’expertise : « Il fallait reprendre l’ensemble du réseau d’eau de l’immeuble et de ses quatorze salles de bains », poursuit Tristan Demante. Un local vide appartenant à la Serm, à quelques feuillets de là, sur le même trottoir, avait permis aux naufragés de retrouver, provisoirement le pensaient-ils, quiétude et temps sec. Las. Depuis 2022, « nous avons eu sept autres dégâts des eaux… ».

« Cela devait durer six mois », se remémore Tristan Demante. Bref, après trois années passées à écoper, éponger, attendre le lancement de travaux sur le bâti de l’ancienne adresse et engager une procédure judiciaire (rendue cette semaine en leur faveur) à la suite d’un litige avec leur assureur, les frères Demante ont fini par se lasser de ce mauvais polar aux suites de moins en moins convaincantes.

« On nous a laissé entendre que les travaux aller durer des années et ce, alors que rien n’a encore été entrepris. Petit à petit, nous avons compris que retourner dans notre local historique ne serait pas possible », poursuit-il.

Une librairie inscrite dans le paysage local

Le Grain des mots a été créé en 2003 (et inauguré le 6 décembre exactement avec l’écrivaine et enseignante Camille Lauren s) par Aline Huille, la maman de Tristan et Romain Demante et Daniel Le Moigne, son ex-conjoint. Celui-ci ayant ensuite ouvert, rue de La Cavalerie dans le quartier des Beaux-Arts, une autre librairie baptisée L’Ivraie. Puis, Aline Huille a décidé de passer le relais et ce local de deux cents mètres carrés à ses deux fils, en 2020, « en pleine période Covid », se rappelle Tristan Demante.

Émulsions pornos et serveurs informatiques

Les frangins se sont donc mis en quête d’un nouveau local avec ce désir de changer d’échelle pour en devenir les légitimes propriétaires. De visites en prospections, ils ont écumé le centre du Clapas. Las. « Soit cela ne convenait pas, soit cela était trop cher pour nos moyens ». Jusqu’à ce que le bouche-à-oreille ne fasse son œuvre. « Des amis nous ont parlé de ce local à vendre. Je n’y croyais pas trop », raconte Tristan Demante. Et pour cause : le local en question n’est autre que l’ancien cinéma Rex, qui a fait (après l’ABC proche de La Comédie), les belles heures du cinéma pornographique. Il sera à la suite repris par Diagonal Films et finira par éteindre définitivement son projecteur en 2007. Un bâtiment propriété de Free Immobilier, dont une partie abrite des serveurs informatiques.

Une ouverture espérée pour la rentrée littéraire

Mais pour les frères Demante, voilà l’aubaine : car l’ancienne salle de cinéma de 260 m2 sise au numéro 2 du cours Gambetta doit leur permettre de proposer un magasin permettant « de gagner en confort et praticité. Alors qu’ici, nous avons fait les travaux nous-mêmes en quinze jours et quatorze nuits. Là, nous avons un plateau libre, il n’y a plus qu’à nous faire plaisir ! ». Pour cela, ils ont fait appel à Joseph Grappin, un architecte thiernois spécialisé dans ce type de commerce (une dizaine déjà à son actif dont La Nouvelle Librairie Sétoise).

Avec cet espoir de pouvoir emménager dans le courant de l’été pour ouvrir leur nouvel écrin pour la prochaine rentrée littéraire. À l’intérieur rien d’ostentatoire, pas plus que superfétatoire. Mais du mobilier en bois massif, « sobre, fonctionnel » et le bureau perché dans l’ancienne cabine de projection. Et en guise de marque-page, « nous allons aussi en profiter pour refaire la charte graphique. La couleur prune à dix ans, fait par mes soins, un peu plus encore », précise Tristan Demante.