En Allemagne, le bastion historique de
l’ingénierie Opel à Rüsselsheim subit un nouveau choc social.
Derrière les 650 postes menacés, Stellantis redéfinit en silence sa
carte mondiale de la R&D.
Rüsselsheim était l’un des grands bastions de l’ingénierie
automobile allemande. Pendant des décennies, le siège de
Opel a vu défiler des milliers d’ingénieurs,
concevant et mettant au point des modèles pour toute l’Europe.
Cette fois, une nouvelle vague de coupes va encore réduire la
voilure du site, dans le cadre d’une réorganisation de la R&D
européenne décidée par Stellantis.
Stellantis coupe 650 postes d’ingénieurs au siège d’Opel
Concrètement, le groupe Stellantis
va supprimer 650 postes d’ingénieurs sur le site d’Opel à
Rüsselsheim, soit près de 40 % des
effectifs d’ingénierie locaux. L’équipe développement va
alors passer d’environ 1 650 personnes à un millier. De quoi
transformer en profondeur ce qui était encore présenté comme
l’un des plus grands centres de développement
automobile d’Allemagne.
Le contraste avec le passé est frappant. Au moment du rachat
d’Opel par PSA en 2017, environ 7 700 ingénieurs
travaillaient à Rüsselsheim et dans les autres sites de la marque.
Depuis, les effectifs ont fondu au fil des plans successifs.
Opérations « rationalisées », compétences déplacées vers d’autres
entités du groupe, externalisations, et réduction des équipes par
départs volontaires et transferts vers des prestataires de services
en sont à l’origine. Le développement de prototypes a déjà été
arrêté, alors que le laboratoire central du site doit aussi fermer.
Sans compter que certains essais et validations ont été réaffectés
à d’autres centres Stellantis.
Pour cette nouvelle étape, le constructeur n’a pas donné de
calendrier détaillé. Il indique que les changements interviendront
après concertation avec les représentants du
personnel. Les accords déjà conclus, qui encadraient la
transformation du site jusqu’en 2029, sont jugés
insuffisants par la direction. Celle-ci estime que des mesures
supplémentaires sont nécessaires. Une phase importante de
remodelage doit s’achever d’ici 2027, tandis que la garantie
d’emploi actuelle court jusqu’en 2029. Ce décalage nourrit les
inquiétudes autour de l’avenir du millier d’ingénieurs qui
resteront sur place après cette vague de coupes.
De Tech Center Opel à réseau mondial : ce qui reste à
Rüsselsheim
Dans sa nouvelle configuration, Rüsselsheim ne sera plus le
« cerveau » global d’Opel pour le développement complet des
véhicules. Le site devient un Tech Center
spécialisé, avec un rôle recentré sur les marques
Opel et Vauxhall, et sur quelques
technologies transversales pour l’ensemble du groupe. Stellantis
décrit un centre plus compact, tourné vers des domaines à forte
valeur technologique tels que :
- les systèmes d’aide à la conduite ADAS
(Advanced Driver-Assistance Systems) ; - le développement virtuel et les applications
d’intelligence artificielle ; - certaines technologies d’éclairage numérique ;
- le développement de batteries pour véhicules
électrifiés ; - des composants logiciels liés à l’architecture électronique
STLA Brain.
Où va cette ingénierie perdue ?
En parallèle, le groupe (re)met en avant un projet de « Green
Campus » à Rüsselsheim. Opel communiquait déjà dessus en juin 2024.
Ce futur campus doit regrouper le siège, l’administration, le
design et une partie du développement dans un ensemble modernisé,
présenté comme plus sobre en énergie et vitrine de la stratégie
environnementale de Stellantis. Un moyen de concentrer les
fonctions clés encore présentes sur un site plus compact, adapté
aux nouvelles missions du centre allemand.
Et pendant que l’ingénierie se contracte en Allemagne,
Stellantis renforce ses équipes ailleurs. Le groupe annonce
l’embauche d’environ 2 000 à 2 500 nouveaux ingénieurs aux
États-Unis, et environ 1 400 recrutements en
France, dont 700 ingénieurs et 350 dédiés à la R&D.
L’usine de Sochaux illustre ce mouvement. Elle
bénéficie d’un investissement de 120 millions
d’euros dans un atelier de peinture automatisé et moins
émetteur de pollution (alimenté à l’électricité plutôt qu’au
gaz) et capable de réduire d’environ 50 % la
consommation d’eau, alors même que la peinture représente
une large part des émissions de CO₂ d’un site de production.
Stellantis avance aussi dans ses discussions avec son partenaire
chinois Leapmotor pour
co-développer un SUV électrique Opel, qui utiliserait la technologie
Leapmotor et serait assemblé dans l’usine de
Zaragoza, en Espagne, avec une contribution des
équipes Opel sur le design extérieur. Rüsselsheim reste donc dans
la boucle, mais comme un maillon spécialisé d’une chaîne mondiale
de développement qui s’étend désormais bien au-delà de
l’Allemagne.