Les élections municipales des 15 et 22 mars derniers étaient les premières à être placées sous le signe de la parité. La loi du 21 mai 2025 obligeait ainsi toutes les listes municipales – même dans les communes de moins de 1 000 habitants qui n’étaient auparavant pas soumises à cette règle – à présenter autant d’hommes que de femmes. Les nouveaux conseils municipaux issus de ces élections sont donc plus féminisés que jamais.

Pour autant, cette égalité reste de façade. D’abord parce qu’il« n’y a pas de féminisation massive du pouvoir local », pointe Sandra Lhote‐Fernandez, responsable du plaidoyer égalité femmes‐hommes pour l’association Oxfam. Preuve de cette « stagnation. », une seule ville‐préfecture sur les 13 de la région Occitanie compte une femme à sa tête : Albi.

Ensuite, parce que les responsabilités des élus restent très dépendantes de leur genre. Le 8 mars dernier, l’organisation publiait un rapport sur la place des femmes dans les conseils municipaux. Le constat y était sans appel : 94 % des plus grandes villes françaises comptaient des femmes en charge de la petite enfance, et des affaires sociales dans 72 % des cas ; à l’inverse, 72 % des élus en charge des finances étaient des hommes.

Force est de constater que les dernières élections n’ont pas changé grand‐chose. Au sein de la métropole de Toulouse, sur la trentaine de nouvelles équipes municipales que nous avons étudiées, une écrasante majorité reproduit le même schéma. 

Les délégations considérées comme féminines « par nature » sont encore très largement confiées à des femmes : la petite enfance à 85 %, l’éducation (ou affaires scolaires) à 92 %, et les affaires sociales à environ 85 %. Quant aux postes perçus comme les plus prestigieux (les finances, l’urbanisme), ils restent dans le giron des hommes, à plus de 80 %. 

Par ailleurs, si toutes les communes n’ont pas forcément d’adjoints affectés sur ces thèmes, les travaux et la voirie sont des compétences « masculines » à plus de 90 %. Enfin, dans les mairies dotées d’une délégation sécurité (ou « tranquillité publique »), celle‐ci est également largement confiée à des hommes.

À Toulouse en régression

Malgré sa première adjointe, la ville‐centre coche – de manière caricaturale – toutes les cases de la répartition genrée des délégations : les finances, la sécurité, l’urbanisme et la voirie sont entre les mains d’hommes. Quand la petite enfance, l’éducation et les solidarités sont confiées à des femmes.

« On est encore face à une reproduction de ces schémas traditionnels qui sont bien ancrés »

Sandra Lhote‐Fernandez

L’équipe de Jean‐Luc Moudenc fait même moins bien que lors du précédent mandat : en 2020, l’urbanisme était confié à une femme, Annette Laigneau et la solidarité au premier adjoint, Daniel Rougé. « On est encore face à une reproduction de ces schémas traditionnels qui sont bien ancrés », observe Sandra Lhote‐Fernandez.

Même situation à Blagnac, gérée par le centriste Joseph Carles, où les principales délégations sont parfaitement réparties entre les « masculines », d’une part, et les « féminines », de l’autre. Cette répartition genrée est également visible dans des communes de gauche. C’est le cas, par exemple de Fenouillet ou d’Aussonne : dans les deux cas, les finances, l’urbanisme, la sécurité et les travaux sont des thématiques confiées à des hommes ; en parallèle, ce sont des femmes qui s’occupent de la petite enfance, des affaires sociales, et, pour Aussonne, de l’éducation.

À Colomiers, où la socialiste Karine Traval‐Michelet a été réélue au premier tour, seule la délégation de l’action sociale et des solidarités, octroyée au premier adjoint, fait exception dans un cadre municipal très stéréotypé.

Des contre‐exemples

Toutefois, certains choix dénotent.  Dans la métropole, nous n’avons repéré que cinq communes ayant confié la petite enfance à un homme : Cugnaux, Saint‐Jory, Brax et Drémil‐Lafage et L’Union. 

« On voulait casser les codes, arrêter d’essentialiser des fonctions féminines ou masculines »

Marc Péré

Dans cette dernière, le maire divers gauche Marc Péré se dit « extrêmement attentif à la parité ». « On a décidé d’avoir une première adjointe, on s’était fixé cette obligation après notre erreur de ne pas l’avoir fait dans le précédent mandat. Et nous avons également une femme conseillère déléguée à la sécurité, qui gère la police municipale, explique‐t‐il. On voulait casser les codes, arrêter d’essentialiser des fonctions féminines ou masculines. »

Ce n’est qu’en partie le cas, cependant, car pour les autres délégations « marquées », L’Union s’inscrit dans un schéma bien classique. En effet, les finances et l’urbanisme sont gérés par des hommes, et l’action sociale est confiée à une femme.

Assignation de genre

Plusieurs maires nous ont indiqué que ces attributions résultaient directement du choix de leurs collègues. C’est le cas à Mondouzil, plus petite commune de la métropole (220 habitants), comme l’explique le maire, Robert Médina : « Ce n’est pas moi qui ai décidé. J’ai mis les délégations sur la table, et mes deux adjoints – une femme et un homme – se les sont réparties. » La première adjointe a donc choisi les finances, mais aussi les affaires scolaires.

« Cela perpétue une division sexuée du travail au sens large, et des fonctions domestiques, qui font que les femmes sont encore assignées à l’univers du soin et du social »

Sandra Lhote‐Fernandez

« Elle a pris cette mission, car elle a des petits‐enfants qui sont scolarisés, ce qui n’est pas le cas du deuxième adjoint. Elle connaît les équipes de l’école, donc c’est plus simple pour elle », justifie Robert Médina. De la même manière, dans de nombreux autres cas, les délégations de la petite enfance ou du social sont guidés par les expériences professionnelles des élues.

Pour Sandra Lhote‐Fernandez, d’Oxfam, « cela perpétue une division sexuée du travail au sens large, et des fonctions domestiques, qui font que les femmes sont encore assignées à l’univers du soin et du social ».

À la Métropole de Toulouse, la parité pas obligatoire… et pas respectée.

 

Sur les vingt vice‐présidences attribuées jeudi 9 avril lors du premier conseil métropolitain de la mandature, seulement six sont occupées par des femmes. Deux d’entre elles sont maires de leur commune (Dominique Faure et Karine Traval‐Michelet), les quatre autres sont des adjointes de Jean‐Luc Moudenc à la mairie de Toulouse (Laurence Katzenmayer, Maroua Bouzaida, Marine Lefèvre et Isabelle Ferrer).

La Métropole n’était pas tenue de respecter la parité : contrairement aux municipalités, les intercommunalités ne sont pas concernées par la loi du 21 mai 2025. Mais pour Oxfam, l’exemple de la métropole toulousaine est « une grosse déception. Les élus auraient pu corriger le tir aussi à ces échelons. La représentation des femmes dans ces lieux de pouvoir n’est pas un supplément d’âme », regrette Sandra Lhote‐Fernandez.

Nous avons pu recenser les délégations pour 34 des 37 communes de la métropole toulousaine. Par ailleurs, certaines municipalités n’ont pas désigné d’adjoints ou d’adjointes sur toutes les délégations. Seule les communes de Flourens, Saint‐Orens‐de‐Gameville, Pibrac, Colomiers, Lespinasse et Mondonville ont élu une femme à leur tête.