Par Jason
Mathurin

Publié le 14 Avr 2026 à
08:30

Victoire pour Line Renaud sur la
fin de vie ! Mais un critère de discernement écarte Alzheimer et la
psychiatrie : qui est concerné ?

Longtemps,
Line Renaud a eu l’impression de parler dans le vide
.
Vice‑présidente de l’Association pour le Droit de Mourir dans la
Dignité, elle a transformé la fin de vie douloureuse de sa mère en
combat public pour que chacun puisse choisir d’abréger des
souffrances jugées insupportables. Avec le projet français
d’aide à mourir, cette bataille semble enfin
déboucher sur une loi.

Le texte, bâti sur l’avis 139 du Comité consultatif national
d’éthique (CCNE), crée un droit encadré pour certains malades en
phase avancée. Emmanuel Macron comme Line Renaud y voient une
avancée historique. Mais derrière cette victoire symbolique, un
critère très précis, presque technique, va changer le visage réel
de la réforme.

Une loi sur la fin de vie très restrictive : qui pourra en
bénéficier ?

Pour accéder à l’aide à mourir,
le patient devra remplir quatre conditions cumulatives
: être
majeur et vivre légalement en France, conserver un discernement
jugé intact, être atteint d’une affection grave et incurable
engageant le pronostic vital à court ou moyen terme, et subir des
souffrances physiques ou psychiques réfractaires aux traitements.
Dans les documents préparatoires autour de l’avis 139, ce pronostic
vital engagé correspond le plus souvent à une espérance de vie
inférieure à 6 mois ou 1 an.

La procédure restera étroitement encadrée : demande écrite,
délais de réflexion, avis collégial de médecins, puis prescription
d’une substance létale que le patient pourra s’administrer lui‑même
ou faire administrer par un soignant ou un proche. Officiellement,
l’objectif est de concilier la liberté de choix des malades et la
protection des plus vulnérables.

Le critère de discernement qui laisse les malades
psychiatriques de côté

C’est ce mot, discernement, qui fait basculer le texte. La
future loi sur la fin de vie exige que la personne
garde une capacité de décision « pleine et entière » au moment de
l’acte. Catherine Vautrin a déjà précisé que les patients atteints
de maladies psychiatriques seront exclus de l’aide à mourir. Les
pathologies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, qui
altèrent les capacités cognitives avant d’engager le pronostic
vital, se retrouvent elles aussi pratiquement hors champ.

Le CCNE comme le Conseil d’État redoutent d’ouvrir la porte à la
« fatigue de vivre » ou aux seules souffrances psychiques, jugées
trop difficiles à distinguer d’un risque suicidaire potentiellement
réversible. Résultat très concret : environ 1,4 million de
personnes vivant en France avec Alzheimer ou une maladie
apparentée, et plusieurs centaines de milliers de personnes
souffrant de schizophrénie ou de troubles bipolaires sévères,
restent structurellement en dehors du dispositif.

Le détail glaçant : directives
anticipées inopérantes pour des milliers de malades

Le piège, pour beaucoup de familles, se trouve là. De nombreux
Français rédigent des directives anticipées en
pensant qu’elles suffiront à déclencher une aide à mourir si une
maladie comme Alzheimer survient. Or la réforme maintient une
exigence simple : la demande devra être formulée au moment T par
une personne encore apte à exprimer une volonté libre et éclairée.
Dès que la maladie aura détruit le discernement, la demande
deviendra caduque, même si elle avait été clairement écrite des
années plus tôt.

Dans un pays où près d’un Français sur cinq connaît chaque année
un trouble psychique, ce critère ferme la porte à d’innombrables
situations de souffrance durable sans pronostic vital à court
terme. Pour tous ces patients psychiatriques ou atteints de
démences avancées, malgré le combat de Line Renaud et la nouvelle
loi, la fin de vie restera encadrée par les soins palliatifs
classiques, la sédation profonde éventuelle et l’accompagnement
médical ordinaire, sans accès à l’aide active à mourir.