Quatre jours après les annonces du Premier ministre sur « l’électrification de l’économie française », les professionnels de la rénovation à Nancy saluent des mesures qui vont dans le bon sens, mais restent dubitatifs sur le calendrier et la méthodologie annoncés, notamment sur les pompes à chaleur.
Leasing social, voitures électriques, aide à la rénovation, pompes à chaleur et fin des chaudières à gaz. Sébastien Lecornu a multiplié les annonces vendredi pour « accélérer » l’électrification de la France et rendre le pays moins dépendant des hydrocarbures dont les prix flambent avec la guerre au Moyen-Orient. Les prix des carburants ont baissé en moyenne d’un centime depuis la conclusion du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, loin des 5 à 10 centimes de baisse attendus, selon les chiffres du gouvernement. Ces annonces d' »électrification » ont dans l’ensemble été plutôt bien accueillies par certains professionnels du bâtiment et de la rénovation, mais le « diable se cache dans les détails » rappellent-ils.
Électrification : « on n’est pas encore prêt en France ».
À Nancy, l’entreprise EGNS, spécialisé dans le chauffage et la rénovation enregistre une hausse de son activité d’installation de pompe à chaleur, dû à la hausse des prix des carburants, explique Grégory Moscatelli. « C’est vrai qu’on a pas mal d’appels, pas mal de demandes pour l’électrification et au passage de la pompe à chaleur. Il y a un mois, j’avais trois ou quatre demandes à la semaine pour du changement de système de chauffage. On est passé à dix par semaine » explique-t-il. pour autant, le plan d’un million de pompes à chaleur d’ici à 2030, annoncé par Sébastien Lecornu, le laisse dubitatif. « Ce sont des belles annonces en soi. Maintenant, on n’est pas encore prêt en France » explique-t-il. « On ne peut malheureusement pas encore se séparer des énergies fossiles dans notre métier. En termes de ratio, on est à 60 % en rénovation de chaudière à gaz. » Pour que ce tournant au tout électrique et à la pompe à chaleur fonctionne, il préconise d’abord de repenser le parc immobilier. « Il faut que les bâtiments soient bien isolés, bien ventilé avant de changer son système de chauffage. Il va falloir travailler sur le sujet en amont. Sinon, le budget des Français, il va juste exploser sur la partie électrique » prévient-il.
« Comment faire cette mutation ? »
Même son de cloche du côté de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment de Meurthe-et-Moselle (Capeb). Pour son Président Lénaïc Rauch, les annonces du Premier ministre posent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. « Sortir du pétrole, et sortir de la dépendance au gaz, c’est à mon sens vertueux. Maintenant, c’est la méthodologie qui pose question » explique-t-il. Sur la fin des chaudières à gaz à l’horizon 2030, il regrette « un timing serré qui nous semble difficile à tenir, pour ne pas dire intenable, parce qu’on va avoir des mutations profondes à faire dans les métiers du bâtiment. Comment va-t-on faire cette mutation ? ». Par ailleurs, ajoute-t-il, « Promouvoir la pompe à chaleur comme seul et unique vecteur de chauffage nous parait dangereux, car l’on est dépendants. Les pompes à chaleur ne sont pour l’essentiel pas faites en France. Donc il y a tout un tas de paramètres qui nous interrogent ».
Pour lui, ces mesures ne doivent pas rester au stade « d’effets d’annonces » et doivent s’inscrire sur une vision à long terme. Autre inquiétude exprimée par les professionnels du secteur, le risque de voir se multiplier les arnaques concernant l’installation des pompes à chaleur. Un phénomène déjà observé il y a trois ans lorsque Emmanuel Macron avait fait des annonces similaires sur la production d’un million de pompes à chaleur.