À Bordeaux, des opposants au projet de raffinerie EMME ont manifesté mardi matin devant la mairie, à l’approche d’une date clé sur l’implantation de cette usine controversée.
Surprise mardi matin devant le Palais Rohan. Dès 9h, une dizaine d’opposants au projet de raffinerie de nickel et de cobalts EMME se sont installés devant l’entrée de l’hôtel de ville de Bordeaux, avec plusieurs pancartes. «Maire Cazenave, préfet Guyot, répondez, recevez-nous», pouvait-on lire sur l’une d’entre elles.
L’objectif de cette action est de faire pression sur le nouveau maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, en lui demandant de se positionner face à ce projet très contesté. L’entreprise EMME prévoit d’installer une méga-usine au cœur d’un parc de 6000 hectares, en bordure de Garonne, entre Parempuyre et Blanquefort, près de Bordeaux, avec pour objectif de convertir du nickel et du cobalt destinés à la fabrication de batteries de voitures électriques. Un chantier estimé à plus de 500 millions d’euros, qui avait été mis en avant par Emmanuel Macron lors du sommet Choose France, en mai 2024. Promis à la création de 500 emplois dont 200 directs, le projet entend devenir «un site unique en France» pour la mobilité électrique. Cependant, le site sera classé Seveso seuil haut, le niveau maximal de dangerosité, en raison de la toxicité des produits manipulés au contact de l’eau. À Parempuyre comme dans les communes voisines, habitants et associations locales alertent depuis des mois sur les risques environnementaux, en particulier celui lié aux inondations.
«Ce n’est pas possible de s’asseoir sur le vote des municipales»
«Monsieur Cazenave vise la présidence de la Métropole. Il est difficile de viser ce poste sans s’intéresser au projet EMME. Les maires de Parempuyre et Blanquefort sont contre l’implantation de cette usine. Ce n’est pas possible de s’asseoir sur le vote des municipales», a déclaré mardi matin Florence Bougault, administratrice de la Sepanso Gironde, aux côtés de représentants du Groupe National de Surveillance des Arbres, du collectif du Bois Vert, d’Attac, mais aussi de quelques habitants présents. La commission d’enquête avait émis un avis favorable au projet le 17 février dernier. Une décision qui, selon Florence Bougault, «a écœuré les habitants». «Si, ensuite, on leur explique que cela ne sert à rien d’aller voter… c’est compliqué», a-t-elle ajouté.
Les manifestants visent également le préfet de la Gironde, Étienne Guyot, qui n’a toujours pas donné suite à la lettre envoyée le 27 février par Christine Bost, présidente de Bordeaux Métropole, qui demandait un report de la date limite pour statuer sur la modification du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi). Cette modification est nécessaire pour permettre l’implantation de la raffinerie en bord de Garonne. Le délai pour statuer a été fixé au vendredi 17 avril. Passé cette échéance, et en l’absence de délibération du conseil métropolitain, l’avis de la Métropole sera réputé favorable.
Pancarte installée devant la mairie de Bordeaux, mardi matin.
Clément Arion – Le Figaro
Une réponse d’ici demain ?
Le rassemblement de mardi matin n’avait pas été déclaré en préfecture. Une dizaine de policiers municipaux sont rapidement intervenus sur place et ont procédé à des contrôles d’identité. L’initiative a cependant fonctionné, puisque Florence Bougault a finalement été reçue par le cabinet du maire, Thomas Cazenave étant absent de Bordeaux aujourd’hui.
«Si nous n’étions pas venus, tout serait passé comme une lettre à la poste. Nous avons demandé que Madame Bost obtienne une réponse du préfet, et donc d’obtenir un délai supplémentaire, pour permettre un vote officiel à la métropole sur la modification du PLUi. La mairie de Bordeaux, elle, s’est engagée à revenir vers nous d’ici demain», a-t-elle indiqué. «Un délai d’un mois suffirait», estime-t-elle, le prochain conseil métropolitain étant prévu le 24 avril. Les opposants au projet EMME n’excluent pas de revenir d’ici vendredi en l’absence de réponse.