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Une cérémonie officielle s’est tenue mardi 14 avril au soir, devant le Mémorial de la Shoah, en présence d’autorités civiles, militaires et religieuses, pour marquer Yom Hashoah, journée consacrée à l’hommage aux Juifs déportés et assassinés durant la Seconde Guerre mondiale. Cérémonie organisée par le Crif, délégation Toulouse-Occitanie, et Radio Kol Aviv, elle a rassemblé une centaine de personnes. 

L’élue municipale Nicole Yardeni, le rabbin Yossef Matusof et Jean-Pierre Mesure ainsi que ses gradés du Souvenir Français de la Haute-Garonne face aux 6 bougies allumées en hommage aux millions de Juifs victimes de la Shoah

L’élue municipale Nicole Yardeni, le rabbin Yossef Matusof et Jean-Pierre Mesure ainsi que ses gradés du Souvenir Français de la Haute-Garonne face aux 6 bougies allumées en hommage aux millions de Juifs victimes de la Shoah
DR – William Alimi

À 18 h, devant le mémorial de la Shoah, les discours se sont succédé : tout d’abord celui de Jean-Luc Halimi, vice-président du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) Toulouse-Occitanie, suivi de celui de Maurice Lugassy, historien et coordinateur régional du Mémorial de la Shoah pour tout le Sud de la France. Après avoir allumé six bougies en commémoration des victimes juives mortes de la Shoah, le rabbin Yossef Matusof a chanté la prière hébraïque en mémoire des déportés.

La cérémonie a duré environ une heure. « Dans le contexte d’aujourd’hui, c’est indispensable et essentiel que ce message passe », résume Nadine Zimmermann, coprésidente de la Communauté juive libérale de Toulouse, aussi présente à l’événement notamment pour la lecture des noms des déportés et assassinés sur la nécessaire lutte contre l’antisémitisme.

Toute la journée du mardi 14 avril, une lecture des noms des Juifs déportés et assassinés sous Vichy a eu lieu au mémorial de la Shoah, à Toulouse. Lecture ici incarnée par Franck Lévy, co-président de la Communauté Juive Libérale de Toulouse, et Ari Tavlaridis, un membre

Toute la journée du mardi 14 avril, une lecture des noms des Juifs déportés et assassinés sous Vichy a eu lieu au mémorial de la Shoah, à Toulouse. Lecture ici incarnée par Franck Lévy, co-président de la Communauté Juive Libérale de Toulouse, et Ari Tavlaridis, un membre
Nadine Zimmermann – DR

Franck Lévy, qui copréside la même communauté, insiste sur l’urgence. Selon lui, « face à la vague de l’antisémitisme actuel, il faut se souvenir et donner une sépulture orale aux victimes ».

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Cette cérémonie est consacrée chaque année le jour de Yom Hashoah, « jour de l’anéantissement » en hébreu, pour « commémorer le génocide de six millions de Juifs et rendre hommage à tous les héros et martyrs de la résistance juive », explique Jean-Luc Halimi, vice-président du Crif Toulouse.

Une journée de lecture des noms dans une ville symbolique

La cérémonie clôturait une journée de lecture publique ininterrompue des noms des plus de 70 000 Juifs arrêtés sur le sol français et assassinés, organisée dès 10 h au square Boulingrin, lieu du mémorial de la Shoah. « Ce sont des gens qui sont morts mais qui n’ont jamais eu de tombe », appuie un témoin très ému, contacté par téléphone, qui a souhaité rester anonyme.

Venue à la cérémonie, une participante confie, consternée, que son frère âgé de 78 ans vivant à Paris, « avec la flambée de l’antisémitisme, a reçu un poing dans la figure » très récemment. Il n’a pas pu reconnaître son agresseur qui lui a craché dessus après l’avoir retrouvé cinq minutes plus tard. « C’est du quotidien », considère-t-elle avec désolation.

Agnès Savineau, présidente de la diaspora rwandaise de Toulouse, est venue pour « rendre hommage aux disparus, continuer le combat pour ne pas qu’on les oublie ». Elle poursuit : « On avait dit ‘plus jamais ça’, une phrase toujours à nos portes, il faut continuer le combat ensemble ».

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Toulouse revêt une résonance particulière dans cette histoire : c’est de la Ville rose qu’est parti durant l’été 1942 l’appel de Monseigneur Saliège, son archevêque, lu dans des centaines d’églises, qui contribua à freiner les rafles orchestrées par le gouvernement de Vichy. Soixante-dix ans plus tard, en 2012, suite à l’assassinat de trois enfants et d’un professeur dans la cour d’une école juive de Toulouse, cette dernière et la France tout entière étaient endeuillées.

Sur l’affiche de la journée, une formule de l’écrivain et philosophe contemporain américain Elie Wiesel résumait l’esprit de la cérémonie : « Se souvenir est un devoir ».