l’essentiel
Le jour, Anthony suit une formation qui doit le conduire vers l’industrie aéronautique. Le soir, ce Toulousain de 27 ans enfourche son vélo pour livrer des repas et arrondir ses fins de mois. Il enchaîne les journées doubles en espérant bientôt quitter la livraison.
Le jour, Anthony s’assoit sur les bancs d’un centre de formation. Les cours parlent de mécanique, de matériaux, de structures aéronautiques. Ce Toulousain les suit tant bien que mal, malgré la fatigue. Le soir, c’est sur un vélo qu’on le croise. Dans les rues de Toulouse, un sac carré sur le dos, il enchaîne les livraisons pour Uber Eats.
Il a 26 ans. Depuis septembre, il suit une formation destinée à le conduire vers un métier d’ingénieur dans l’aéronautique. Une trajectoire qu’il imagine comme une sortie durable de la précarité. La formation est rémunérée, mais insuffisamment pour vivre. Alors, presque tous les soirs, six jours sur sept la plupart du temps, il reprend son vélo.
« Je roule en général jusqu’à minuit. Je me fixe un objectif simple : 50 euros par soir », explique-t-il. La réalité est moins linéaire. Trois heures de pédalage, parfois davantage, et souvent autant d’attente.
« Je ne pourrais pas faire ça toute ma vie… »
Anthony vit avec son petit frère, encore lycéen. Les fins de mois serrées l’ont poussé à multiplier les tentatives professionnelles. Avant sa formation, il avait essayé de se lancer comme autoentrepreneur dans le nettoyage de véhicules. « Ça ne marchait pas vraiment. Alors j’ai repris Uber Eats pour arrondir », résume le jeune homme.
La plateforme ne lui est pas étrangère. Il l’avait déjà pratiquée brièvement en 2016, lorsque la livraison de repas commençait à se diffuser dans les grandes villes. Le souvenir d’une période plus favorable est resté. « Les prix étaient meilleurs. Aujourd’hui, avec l’inflation, certains soirs ce n’est même pas rentable », analyse-t-il.
Pour Anthony, cette activité reste provisoire. Une transition, pas une vocation : « Je ne pourrais pas faire ça toute ma vie. Ce n’est pas un métier qui peut vraiment rapporter. »
Il espère que la formation qu’il suit ouvrira bientôt d’autres portes. Elle doit se terminer en décembre. D’ici là, les soirées continueront à se ressembler : quelques heures de cours, puis quelques heures de vélo.