Quelques jours après avoir appris que la DINUM envisageait sérieusement l’abandon de Windows au profit de Linux en France, c’est au tour de l’Allemagne de frapper un grand coup. Le 13 avril 2026, l’administration fédérale allemande a validé le lancement opérationnel du Deutschland-Stack, un socle technologique commun qui impose les standards ouverts à toutes les administrations du pays.
Ce projet ambitieux vise à créer une infrastructure numérique réellement autonome d’ici 2028. En plaçant l’interopérabilité comme pilier central, Berlin ne se contente plus de tester des alternatives : elle rend l’usage des formats ouverts obligatoire pour tout nouveau projet public.
Adieu OOXML, bonjour ODF : le choix de la liberté documentaire
L’aspect le plus spectaculaire de cette annonce est l’éviction pure et simple du format OOXML de Microsoft au profit du format ODF (Open Document Format) et du PDF/UA2. Pour les experts, c’est un séisme. Le format OOXML, bien que ratifié, reste étroitement lié à l’écosystème fermé de Microsoft Office et constitue un frein historique à l’adoption de solutions libres comme LibreOffice.
« L’ODF est le format de la souveraineté numérique et d’une infrastructure publique ouverte, transparente et interopérable. Il a été conçu pour un avenir où aucun fournisseur unique ne pourra contrôler le niveau documentaire de la civilisation. » — Italo Vignoli, cofondateur de The Document Foundation.
En imposant l’ODF, l’Allemagne s’assure que ses données resteront accessibles sur le long terme, quel que soit le logiciel utilisé, tout en libérant les usagers de l’obligation de posséder une licence payante pour communiquer avec l’État.
L’interopérabilité : une mission d’intérêt général
Dans son communiqué officiel, l’association April salue cette démarche qu’elle juge « inspirante ». L’interopérabilité ne doit plus être vue comme une simple contrainte technique, mais comme une garantie démocratique. Elle limite drastiquement le risque de dépendance (le fameux vendor lock-in) et protège la capacité des administrations à échanger et archiver leurs propres données sans restriction ni contrepartie financière.
Le Deutschland-Stack couvre un spectre très large :
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Formats bureautiques et archivage.
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Solutions de stockage et messagerie.
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Mécanismes d’authentification.
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Catalogue d’outils de développement et d’exploitation.
Et la France ?
Si l’Allemagne accélère avec son « Stack », la France dispose déjà d’un outil similaire : le Référentiel Général d’Interopérabilité (RGI). Publié en 2009 et mis à jour en 2016, il préconise déjà le format ODF et place le format de Microsoft « en observation » pour sa complexité excessive.
Pourtant, sur le terrain, la dépendance à Microsoft Office n’a que peu régressé en dix ans. L’April appelle donc le gouvernement français à s’inspirer de la rigueur allemande en supprimant définitivement l’OOXML de ses référentiels et en donnant à la DINUM les moyens d’une application stricte de ces règles. L’enjeu est de taille : transformer les recommandations techniques en une véritable politique opérationnelle de priorité au logiciel libre.