Publié le14/04/2026 à 17h59
Temps de lecture : 5 min
En 2025, plus de 14 000 gérants ou chefs d’entreprise ont dû mettre la clef sous la porte en Île-de-France. Des chiffres alarmants selon une étude. Difficultés financières, solitude et sentiment d’échec. L’un d’eux nous raconte ce qu’il a vécu.
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« Quand on crée une entreprise, on est seul, mais motivé. Quand on ferme, on est toujours seul, mais la motivation n’est plus là. L’angoisse et la peur du lendemain nous gagnent. » Bernard Vainchtein a connu une période difficile. Son entreprise a fermé en 2025.
« Je n’ai pas eu d’idées noires car j’ai été accompagné par la CPME et l’association 60 000 rebonds, ce qui m’a permis d’aborder la suite avec un peu plus de sérénité. » Il met aussi en avant l’importance de l’accompagnement de ses proches durant cette période. « Mon épouse a été d’un grand soutien, on communiquait sans cesse sur mes ressentis. Cela m’a permis de gérer mon stress notamment lorsque j’avais des courriers administratifs à ouvrir. »
Depuis 2012, il était à la tête d’ADI, une entreprise de 3 salariés qui a mis la clef sous la porte en 2025 à cause d’un chiffre d’affaires en décroissance perpétuelle. Sa structure vendait et installait du matériel audiovisuel pour les entreprises. « Les difficultés sont arrivées lors de la période des Gilets Jaunes, un gros chantier a pris du retard. Le personnel a commencé à prendre peur. Cela a continué avec la période COVID. Nous avons perdu 30 à 40 % de notre chiffre d’affaires entre 2019 et 2022 et après les affaires n’ont jamais vraiment repris. Il y avait une démotivation des salariés, je ne me payais plus et j’ai eu un important problème de dos. » Un problème qu’il attribue au « stress et à la nature physique de mon activité ».
Placée en liquidation judiciaire en 2024, l’entreprise a fermé entre mai et juin 2025. « Un salarié qui perd son emploi, c’est dramatique, mais un gérant qui ferme sa structure, ce sont plusieurs salariés qui restent sur le carreau et le chef d’entreprise perd tout », note-t-il. Un déchirement donc mais aussi l’occasion de se relancer. « Ironiquement, j’étais soulagé de retirer le nom de l’entreprise de la boîte aux lettres car cela signifiait un nouveau départ. »
Un salarié qui perd son emploi, c’est dramatique, mais un gérant qui ferme sa structure, ce sont plusieurs salariés qui restent sur le carreau et le chef d’entreprise perd tout.
Bernard Vanchtein, ancien chef d’entreprise
Ce nouveau départ, il l’a pris depuis quelques mois. À quelques années de la retraite, l’homme de 60 ans souhaite se relancer dans l’ouverture d’une entreprise, toujours dans l’audiovisuel. En parallèle, il accompagne d’autres entrepreneurs qui ont aussi fermé leur structure. « C’est important qu’il y ait une entraide, de leur montrer qu’ils ne sont pas seuls pour éviter qu’ils tombent en dépression car cela peut arriver rapidement. Votre boîte, c’est votre vie alors quand tout s’arrête, le choc peut être brutal », souligne-t-il. « On part avec des dettes, zéro ressources car vous n’avez pas d’assurance chômage et donc c’est important que les chefs d’entreprise puissent être accompagnés, anticiper le risque de la défaillance et limiter la charge mentale », note de son côté Hervé Kermarrec, président de l’association GSC.
La situation de Bernard Vainchtein n’est pas un cas isolé. Comme lui, 14 319 chefs d’entreprise ont perdu leur emploi en 2025 en Île-de-France. Ce sont les chiffres qui ressortent de l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs réalisé par l’association GSC et la société Altares.
Pour la deuxième année consécutive, plus de 14 000 chefs d’entreprise se sont retrouvés au chômage dans la région en 2025. Un chiffre alarmant selon l’association GSC. Cette situation intervient malgré une hausse des pertes d’emplois moins marquée que sur les années précédentes. Seulement + 0,6 % en 2025 alors que les chiffres de 2022 à 2024 affichaient plus de 20 % d’augmentation sur un an.
« Cette apparente stabilisation ne doit en aucun cas nous rassurer : nous restons à un niveau inédit de pertes d’emploi chez les chefs d’entreprise », note Hervé Kermarrec, président de l’association GSC. Des pertes d’emploi qu’il attribue à plusieurs facteurs comme « le contexte économique fortement dégradé, des tensions géopolitiques persistantes et une instabilité politique durable ».
En termes de secteurs d’activité, l’observatoire note que celui de la construction est le plus touché par les pertes d’emplois des entrepreneurs et représente 23,9 % d’entre elles en 2025 « car on construit de moins en moins de logements », note Hervé Kermarrec.
Viennent ensuite le commerce (19,3 %) et les services aux entreprises avec 17 %. Les métiers de la finance et des assurances ont connu la plus importante hausse de pertes d’emplois par rapport à 2024 (+ 23 %). Parmi les secteurs les plus touchés sur un an, on retrouve aussi le transport et la logistique (+ 14,2 %), ou les professions liées à l’hébergement, la restauration ou les débits de boissons avec 9 % d’augmentation.
En Île-de-France, Paris est le département le plus touché par ce phénomène avec 4 315 pertes d’emploi en 2025. C’est 11,4 % de plus qu’en 2024. « La densité économique de la capitale, associée à la pression sur les loyers commerciaux et à la concurrence exacerbée dans les secteurs de services, explique en grande partie cette progression, » lit-on dans l’étude.
Les départements de la Seine-Saint-Denis et de la Seine-et-Marne suivent ensuite avec plus de 2 000 pertes d’emplois de patrons sur l’année écoulée. Néanmoins, ils font partie des cinq départements qui comptent moins de pertes d’emplois pour les entrepreneurs en 2025 qu’en 2024. Pour Hervé Kermarrec, la tendance des pertes d’emplois pour les dirigeants de TPE PME pourrait s’aggraver au vu du contexte actuel. Au niveau national, 6 400 défaillances d’entreprises ont été enregistrées en janvier dernier, un record mensuel selon lui.