« J’ai travaillé déjà sur le morcellement du corps et le nu dans l’envie de sortir des pauses classiques ou académiques », explique Wonderbabette. « La relation à la couture, elle me vient de ma grand-mère, d’un travail sur la création de vêtements à partir de bâches, d’affiches de cinéma aussi. »
Deux ans d’expérimentation
« Puis j’ai appris/repris la broderie pour avoir un nouveau médium dans mes ateliers avec le public. La couture implique également une notion de réparation, et puis ça s’emporte partout avec soi, pour te mettre hors du temps, de la famille, de toute perturbation à ton équilibre. »
Pour la série des Bodies croqués (croquis brodés), ce n’est pas d’abord ces réflexions qui ont amené au résultat, mais deux ans d’expérimentation. « J’ai participé à un atelier sur modèles vivants en décidant de traiter ce dessin de nu directement à l’aiguille. »
« Par sessions d’un quart d’heure, j’avais forcément du retard sur mes camarades travaillant au crayonné, et j’obtenais seulement des morceaux de corps. Est venue l’idée de juxtaposer mes sessions et les différents modèles sur une même toile, d’où ce mixage de membres, jusqu’à ce que ça prenne sens. »
Ni monstres, ni figures orgiaques, ces broderies au fil rose racontent la multiplicité et l’unité à la fois de nos enveloppes charnelles « de manière douce et drôle ». La série en petits formats prend sa liberté propre dans ces mélanges organiques rescapés de l’académisme redouté plus haut.
Montées sur châssis nus, les pièces sur coton ou lin ont toutes leur finition au galon et habillent deux murs de La Station. Dans la salle attenante, un travail photographique intitulé “Je ne suis pas un ange” côtoie la sorte de pièce maîtresse de la série brodée : Mes aimants.
Samedi, un atelier “modèle vivant”
Sur draps anciens déjà brodés, un autoportrait en pied de l’artiste se voit coiffé d’un décor/couvre-chef à la Mucha. Le corps nu est habillé de prénoms cousus à la machine en piqué libre et au fil rouge.
L’exposition est visible aux horaires d’ouverture de La Station jusqu’à fin mai. L’artiste anime par ailleurs ce samedi 18 avril un atelier “modèle vivant” pour tous niveaux, soit à l’aiguille, soit à la craie grasse ou à la peinture. L’atelier est gratuit en s’inscrivant sur le site Helloasso (La Station Strasbourg) : si les participants le souhaitent, ils pourront faire un don pour permettre de payer le modèle pour cette session.
Le samedi 23 mai, dans le cadre des ateliers ouverts, Wonderbabette proposera une projection d’autres de ses travaux, une amie de l’artiste fera lecture d’extraits de ses mémoires, la plasticienne Aline Mathy viendra avec ses cartes postales transformées et ses dessins à l’encre. Accès gratuit.