Accéder au diaporama (8)
Défectueux dès sa conception, l’orgue de la cathédrale de Bordeaux a été entièrement démonté pour être reconstruit. Un chantier historique, qui doit reclasser l’instrument à son rang – parmi les plus prestigieux d’Europe.
En France, il est le seul orgue à faire l’objet d’un chantier d’une telle ampleur. En la cathédrale Saint-André de Bordeaux, l’instrument liturgique composé de 6200 tuyaux a été entièrement démonté, en mars. Défectueux dès sa conception en 1970, il doit être refait à neuf par le prestigieux facteur d’orgue autrichien Rieger Orgelblau et l’atelier breton Orglez. «À l’échelle française, c’est une production exceptionnelle. Ces travaux vont replacer à un très haut niveau l’orgue de Bordeaux, d’un point de vue technologique comme musicale», explique Gwennin L’Haridon, facteur d’orgue chez Orglez.
Avec 400 tuyaux supplémentaires, plus de jeux graves et médiums que d’aigus, un système de vent flexible pour un tirage plus subtil permettant d’offrir plus finesse dans l’attaque des notes et une console mobile équipée de la fibre optique pour pouvoir en jouer depuis le chœur, ce nouvel instrument doit s’inscrire dans l’avenir. En sus de la liturgie, l’instrument – qui sera désormais adapté pour jouer de la musique contemporaine – devrait faire l’objet de plus nombreux concerts.«C’est comme si nous passions du clavecin au piano, schématise Jean-Baptiste Dupont, l’organiste de la cathédrale. Cela ouvre des belles perspectives d’interprétation, car nous allons entendre certains timbres pour la première fois sur un orgue de cathédrale en France.» En parallèle, seuls la maison ronde de Radio France, la Philharmonie de Paris et l’auditorium Maurice-Ravel de Lyon disposent d’un orgue dans leur salle de concert.
Opportunité pédagogique
D’ici sa réinstallation dans le buffet classé de la cathédrale dans quatre ans, il représente une formidable opportunité pédagogique. «C’est une chance et une joie de participer à un tel projet, car il y a peu de chance qu’un tel chantier se représente dans notre carrière. Cela va aussi nous permettre d’innover et de transmettre notre savoir-faire», explique Gwennin L’Haridon.
Le nouvel instrument, qui doit demander 43.000 heures de travail en atelier, présente en effet un défi acoustique : les vitraux de la cathédrale rendent plus complexe une répartition identique du son au sein de l’immense édifice. Or, bien qu’il pèse 35 tonnes, l’instrument est particulièrement délicat. «Un orgue est comparable à une grande horloge. Il suffit d’un mauvais rouage au mauvais endroit pour que rien ne fonctionne. Réaliser un instrument fiable exige une grande minutie», précise le facteur d’orgue.
Le million manquant
Un travail d’orfèvrerie qui a un prix : en l’occurrence, plus de 3 millions d’euros. Orchestrées par l’association Cathedra – qui a pour mission de valoriser la musique liturgique à Bordeaux -, une levée de fonds et la recherche de mécénats publics et privés ont déjà permis de récolter plus des deux tiers de la somme. Mais le projet nécessite encore près d’un million d’euros de dons. Pour les récolter, Cathedra propose aux Bordelais et aux passionnés d’histoire de financer un des tuyaux de la cathédrale. Un site internet, permet de choisir jusqu’à la note subventionnée, tandis que les plus gros donateurs reçoivent la promesse de voir leur tuyau gravé à leur nom à partir de 500 euros.