Ce four, c’est un monument à lui seul. Le trésor familial. Une pièce aux rondeurs accortes, au sommet duquel triomphe une demoiselle ailée aux formes tout aussi affriolantes, et dont les flancs cuivrés semblent protégés par des monstres ciselés.
Ils sont neuf, au total, neuf gaufriers répartis autour de ce four spectaculaire réalisé par Jules Cayette en 1909, et transmis depuis de génération en génération dans la famille Meire. Alexandra et Cécile, filles de Claude, représentent la dernière en date, la cinquième. Officiellement maîtresses des lieux (et du four !) depuis 2008. « On ne pouvait quand même pas l’abandonner à un étranger ! »
D’autant qu’elles sont les détentrices exclusives de la fameuse recette de la gaufre étoile, qui a fait la renommée de la maison Meire depuis sa mise au point par l’arrière-arrière-grand-père François en 1880.
On connaît l’histoire devenue quasi légendaire : un établissement créé à Paris ouvert, puis une expropriation, transformée en reconversion à une époque où n’en existait pas encore le nom.
Voilà le père Meire lancé sur les routes pour une vie de forain qui le mènera à Nancy. Il y eut ensuite, au fil des décennies, des achats et reventes de stands et manèges, mais les gaufres, elles, sont invariablement restées dans les mains de la famille.
Et du four sortent chaque jour des centaines, voire des milliers de ces biscuits fins, croustillants, au relief quadrillé qu’imprime en son cœur… une étoile.
Comme tous les ans en avril, Alexandra est remontée du Sud et sa sœur Cécile de Paris pour officier à Nancy le temps de la Foire attractive. Et pendant un mois affluent les amateurs, qu’il vente, pleuve, ou grêle. Comme répondant à l’appel irrésistible de la gaufre étoile. « Quelle que soit la météo, a constaté Alexandra, notre chiffre d’affaires côté gaufres reste à peu près toujours le même. »
Une dame, justement, en réclame une boîte. « Quand ma mère a su que je passais par la foire, elle m’a réclamé ses gaufres. » Elle aurait presque pu dire « sa dose ».
Les bons jours, jusqu’à 300 litres de pâte se solidifient finement dans les chaudes entrailles du four. « Nancy, pour nous, ça vaut le déplacement. » Et le four reste fidèle. « Tout est mécanique, rien de plus simple ! » D’autant que des artisans savent encore leur fabriquer des pièces de rechange sur mesure. « Ça tombe moins souvent en panne que nos modernes machines à glace en tout cas. » Pour l’ange triomphant, en revanche, qui pourrait menacer de déchoir, il faudra sans doute un jour trouver un fondeur de talent.