Par
Clément Mazella
Publié le
15 avr. 2026 à 12h02
Quatre ans. Quatre longues années loin du maillot bleu, à encaisser, à avancer sans certitude. Samedi, face à l’Italie, Léa Murie a retrouvé le XV de France exactement là où tout s’était arrêté pour elle. Même stade, même adversaire, mais une joueuse transformée. Entre émotion, stress et revanche sur le destin, l’ailière du Stade Toulousain, bientôt 28 ans, a marqué un essai, symbole d’un retour que plus personne, pas même elle, n’attendait vraiment. Elle s’est confiée à Actu Rugby.
Actu : Léa, qu’avez-vous ressenti au moment d’entrer sur la pelouse contre l’Italie samedi, 4 ans après votre dernière sélection avec le XV de France ?
Léa Murie : J’avais l’impression de recommencer là où j’avais arrêté. J’étais émue, et de débuter un nouveau chapitre à l’endroit où je m’étais arrêtée il y a 4 ans, c’était fort. Je ne cache pas non plus un certain stress…
Et cet essai marqué, l’avez-vous vu comme une revanche sur le destin ?
L.M : Oui, j’ai pris une revanche. Mais le job premier d’une ailière, outre d’être performante en attaque et en défense, c’est quand même de marquer. J’ai l’impression que cela m’a donné quelques points pour continuer à enchaîner les matchs durant ce Tournoi des 6 Nations et continuer à porter ce maillot bleu.
Léa Murie pas appelée en Bleue pendant 4 ans
Quatre ans sans sélection, n’avez-vous pas trouvé le temps long ?
L.M : Eh bien non ! Nous sommes passées semi-professionnelles à Toulouse. Nous travaillons moins en dehors, et nous nous entraînons en journée comme les garçons. La première année, j’avoue tout de même que c’était une déception personnelle de ne pas faire partie des plans du XV de France.
On vous suit…
L.M : Le staff de l’époque m’avait fait rentrer à la fin du premier bloc du Tournoi, m’alignant titulaire contre l’Italie. Je n’avais pas été conviée au second bloc, et cela m’avait déçu. Surtout, il ne m’avait même pas téléphoné pour me dire que je n’en serai pas. Je l’avais appris en voyant l’annonce de la liste sur les réseaux sociaux. Cela m’a frustré, car je connaissais le sélectionneur depuis le pôle jeune et France U20. Mais j’ai décidé de passer à autre chose, que les Bleues c’était terminé, et que je n’avais plus qu’à me régaler en club. Toulouse, c’est Top 3 de l’Elite 1, et le fait que le club se professionnalise, ça m’a fait basculer sur le côté compétitivité.
Quand on n’a pas d’explications, sur quoi se base-t-on pour progresser et essayer de retrouver la sélection nationale ?
L.M : On s’entoure des bonnes personnes. La sélection, c’est une chance. Quand tu n’en fais plus partie, tu dois travailler encore et encore, et faire de gros matchs avec ton club. Un temps, je n’attendais plus forcément un appel, car je prenais de l’âge. C’est tellement satisfaisant de retrouver l’équipe de France à 28 ans.
Elle avait fait une croix sur le XV de France
Vous nous dîtes donc que vous aviez fait une croix sur l’équipe de France…
L.M : Oui, c’est ça. Je sais que les matchs sont de plus en plus regardés, et pendant 4 ans je n’ai pas été rappelée. Je me suis en plus rompu les ligaments croisés d’un genou, donc j’ai été sur la touche un moment. Je ne voyais rien venir, je me disais que ça n’allait plus le faire et qu’il y avait une prime à la jeunesse. Mon objectif, c’était juste d’être compétitive pour Toulouse et de me donner à fond pour mon club. Et que si une nouvelle sélection arrivait, ce ne serait que du bonheur. Mais, je ne pensais pas qu’à un certain âge, on pouvait de nouveau être sélectionnée.
En 2019, vous aviez été capée 3 fois durant le Tournoi. Et puis plus rien. Quelles avaient été les explications ?
L.M : Probablement ma jeunesse. Je divaguais peut-être un peu trop pour le staff. Est-ce que j’étais prête au haut niveau à ce moment-là ? Peut-être pas. Je n’étais pas assez mature pour comprendre la chance que j’avais d’être là.
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Comment avez-vous accueilli cet appel d’abord dans une liste de 38, puis dans les 32 pour disputer le Tournoi des 6 Nations 2026 ?
L.M : François Ratier est venu dans les clubs pour faire des entretiens. Je travaille au restaurant du Stade Toulousain, on s’est croisé, et il m’a demandé si on pouvait s’entretenir. Il m’a dit que mon profil l’intéressait. Dans la foulée, j’ai reçu un appel pour le stage des 38 à Blagnac. Après, il y a eu un mois et demi d’attente, et un nouvel appel pour le stage des 38 pour préparer le Tournoi. Et puis me voilà dans les 32. Je ne me suis pas du tout emballée, car j’ai vécu quelques déceptions. Et tout s’est enchaîné avec ma présence parmi les 23 pour France-Italie. Assez improbable.
Quand vous avez vu votre nom affiché sur la compo de départ, que vous êtes-vous dit ?
L.M : Qu’il ne fallait pas que je fasse n’importe quoi et que je déçoive (rires). Je pense que cela a été. Je n’ai pas fait un match dingue, mais j’ai sauvé les meubles on dira…
Une grave blessure qui l’a changé
Qu’est-ce qui a changé chez vous afin que vous fassiez votre retour chez les Bleues 4 ans après ?
L.M : Je pense que d’être semi-pro en club, ça m’a fait évoluer. Et forcément, je suis plus mature aujourd’hui. Il y a aussi une Léa différente depuis ma grave blessure à un genou (saison 2023-2024, NDLR). Elle m’a montré la chance que j’avais de pouvoir pratiquer ce sport à haut niveau. Je suis passée par une longue réathlétisation, du travail dans la souffrance. J’ai profité ensuite à fond. Je pense que cela a été un mal pour un bien.
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