À travers les questions qu’il a posées, mais aussi par certaines remarques trahissant son agacement devant les postures et les nombreux mensonges de l’accusé, l’avocat général Frédéric Bernardo a progressivement dévoilé son jeu au fil des trois premières semaines d’audience.

C’est donc sans grande surprise que le représentant du ministère public a considéré, mercredi 15 avril au terme de deux heures de réquisitions, qu’Audrey Mondjehi s’est rendu coupable d’association de malfaiteurs terroriste, en mettant toute son énergie à procurer une arme à feu à Cherif Chekatt dès le mois de septembre 2018. Grâce à ses contacts au sein de la communauté des gens du voyage, le rappeur de Hautepierre avait réussi à acquérir, le 11 décembre 2018 au matin, un revolver 8 mm et une boîte de 50 munitions, avec lesquels l’assaillant allait tuer cinq personnes et en blesser onze autres, le soir même, au centre-ville de Strasbourg.

« Terro-compatible »

Pire, selon l’avocat général, l’accusé de 44 ans a fourni l’arme en ayant pleine connaissance de la radicalisation de Cherif Chekatt, qui était pour lui plus qu’un simple « pote », un véritable ami. Si Audrey Mondjehi n’a, contrairement au tueur du marché de Noël, jamais adhéré à l’idéologie djihadiste, « il est terro-compatible », analyse Frédéric Bernardo, qui s’appuie notamment sur la « dédicace à Tonton Ben Laden » dans l’un de ses clips où l’on voit l’ancien chef d’Al-Qaida sodomiser George W. Bush.

Comme le parquet national antiterroriste (Pnat) lors du procès de 2024, l’avocat général soutient que le quadragénaire s’est également rendu coupable de complicité des assassinats et tentatives d’assassinat commis par le terroriste strasbourgeois. Un crime qui l’expose à la réclusion à perpétuité, mais qui mérite à ses yeux une peine de 30 ans assortie d’une période de sûreté de 20 ans, ainsi qu’une interdiction définitive du territoire français.

Les trois avocats de la défense se succéderont à la barre jeudi 16 avril pour contrer cette lecture du dossier. En première instance, leur client avait été acquitté pour la complicité, mais il s’était tout de même vu infliger la peine de 30 ans voulue par le Pnat.