Depuis le 1er avril, le théâtre de Pérols a baissé le rideau après une inspection sécurité défavorable. Son directeur conteste une fermeture qu’il juge précipitée et abusive : les travaux ont été faits, les pompiers proposaient une alternative, mais la mairie n’a pas cédé. L’avenir de la structure, qui emploie une vingtaine de personnes, est désormais en jeu.
Des questions, Eddy Barbier en a beaucoup depuis la fermeture de son théâtre, l’Odéon Montpellier, par arrêté municipal du maire de Pérols, Jean-Pierre Rico. À l’issue d’une commission de sécurité menée par le SDIS le 1er avril 2026, les règles applicables aux établissements recevant du public (ERP) n’étaient pas pleinement respectées. Depuis, le théâtre, qui accueille 50 000 spectateurs par an, a baissé le rideau. Une catastrophe économique.

Les spectateurs sont informés par une petite pancarte collée sur le rideau métallique.
Une fermeture « abusive » dénoncée
Cette situation, le directeur a du mal à la comprendre : « Le théâtre a été fermé de manière abusive et a été tué. Il faut dire les mots comme ils sont. » Sans contester l’ensemble des éléments de l’inspection, il affirme que la plupart des problèmes ont été réglés rapidement. Plusieurs milliers d’euros de devis et de factures ont été engagés en urgence, et des actions ont été menées par l’équipe : suppression des multiprises, enlèvement des rideaux non ignifugés, changement des batteries de l’alarme, retrait des lits à l’étage. « On est aux normes. L’alarme a été testée, elle fonctionne », insiste-t-il.
Une décision jugée précipitée
Pour le directeur, rien ne justifiait une telle précipitation. « Soit il y a un danger immédiat, soit on laisse un délai raisonnable. 24 heures, ça ne correspond à rien », souligne-t-il, évoquant au passage une irrégularité. La fermeture a été demandée oralement le mercredi 1er avril par deux élus, entraînant l’annulation de deux spectacles le jour même. La mise en demeure n’est intervenue que le 2 avril.
Le refus d’un compromis validé par les pompiers
Pour le maire de Pérols, « cette décision vise exclusivement à prévenir tout risque pour le public, les spectateurs et le personnel » évoquant le drame de Crans-Montana en janvier dernier. S’il est frappant, l’amalgame avec la tragédie suisse a de quoi surprendre. On ne gère pas un flux de spectateurs assis comme une foule de bar. Les derniers incendies meurtriers dans des théâtres français remontent à plus d’un siècle. Eddy Barbier s’étonne toutefois du rejet d’une solution intermédiaire proposée par les pompiers : maintenir l’ouverture en échange de la présence de deux agents SSIAP (Service de sécurité incendie et d’assistance à personne) supplémentaires, que le théâtre s’engageait à financer. Un refus qui peut paraître paradoxal, alors même que cette option avait été validée sur place.
Une procédure contestée
Le théâtre aurait pu déposer un référé devant le tribunal administratif s’il avait disposé du « courrier de la commission de sécurité du 9 avril », non transmis à ce stade. Les avocats évoquent un « vice de procédure » et une « fermeture abusive ».
La saison d’un théâtre comme l’Odéon, qui emploie une vingtaine de salariés, s’étale entre octobre et avril. « En nous enlevant le dernier mois, qui était rentable, on nous tire une balle. On sait dès maintenant qu’on n’aura pas les armes pour faire l’année, alors qu’on était une structure solide », se lamente Eddy Barbier. La mairie a transformé une simple mise en conformité technique en un arrêt de mort économique.
L’Odéon faisait déjà face à un autre défi : trouver un nouveau lieu d’ici juin 2027. Une commune, dite « scandalisée » par la situation, serait prête à l’accueillir, sans que son nom ne soit dévoilé. Reste qu’entretenir de bonnes relations avec les élus locaux apparaît plus que jamais comme une condition essentielle.