l’essentiel
D’ici fin avril, le Tribunal judiciaire de Toulouse aura changé de visage. Pour faire de la place, certains services s’exilent sur un autre site. Ce qui fait grincer quelques dents. Les gagnants ? Les perdants ? État des lieux de ce grand déménagement.

Une transhumance à marche forcée. À l’heure où certains troupeaux pyrénéens piaffent déjà d’impatience de retrouver l’estive et ses pâturages d’altitude, il est un déménagement printanier, humain celui-ci, qui fait grincer quelques dents. L’herbe est-elle plus verte ailleurs ? Tout dépend du point de vue.

Un palais trop exigu

D’ici la fin du mois d’avril, de nombreux services du tribunal judiciaire de Toulouse vont quitter le site historique des allées Jules-Guesde, inauguré il y a tout juste vingt ans. Direction Deville, dans la rue éponyme, et des locaux entièrement rénovés. Début de la (courte) migration, ce jeudi 16 avril.

La justice à Toulouse.

La justice à Toulouse.
DDM – ANTOINE LLOP

La justice locale paie le dynamisme de sa métropole. Entre 1999 et 2022, Toulouse a vu sa population progresser de 30 % (511 000 habitants), selon l’Insee. Le contentieux (civil et pénal) a suivi le mouvement. Trop exigu, le palais ? Selon ses utilisateurs au quotidien, c’est un euphémisme.

Ce qui reste à Jules-Guesde…

« Même si le télétravail atténue parfois le phénomène, la plupart des bureaux sont dédoublés, y compris pour les magistrats, ce qui n’est pas vraiment l’idéal pour rédiger des jugements dans le calme », estime l’un d’eux. Les greffiers et les attachés de justice, ces contractuels que la justice recrute à tour de bras pour faire tourner la machine, ne sont pas mieux lotis.

C’est pourquoi, à défaut de pouvoir pousser les murs, une réorganisation globale s’est enclenchée. À Jules-Guesde, le parquet, le pôle correctionnel (juge des libertés, application des peines, instruction) et le pôle enfance-famille (affaires familiales, juges des enfants) resteront sur place.

… ce qui part rue Deville

À Deville, le service civil, qui gère les référés, « toutes ces demandes urgentes, comme réclamer une expertise lorsque sa maison a subi un dommage et que l’assureur propose une indemnisation jugée pas à la hauteur », illustre un magistrat. Mais aussi le service général – « tout ce qui a un lien avec un contrat » – et le juge de l’exécution, que l’on peut saisir en cas d’impayé après une décision de justice, par exemple.

La « transhumance » libère une cinquantaine de postes de travail sur le site actuel. « On profite de la période de vacances scolaires et de réduction de l’activité, barreau compris, pour organiser cette transition. La première audience devrait se tenir le 4 mai, au retour des congés », dévoile Sandra Desjardin, magistrate déléguée à l’équipement à la cour d’appel de Toulouse.

« Une bouffée d’air », apprécie un auxiliaire de justice. Mais elle ne fait pas que des heureux parmi les dizaines de fonctionnaires qui subissent le déménagement à marche forcée.

 

Problèmes de parking

« Tout changement est anxiogène, mais il faut reconnaître que les conditions de travail à Deville semblent convenables. Le gros point noir, c’est en fait l’absence de parking », relève Christophe Pinto, secrétaire régional UNSA Services judiciaires, le syndicat majoritaire chez les fonctionnaires.

« Les principaux lésés sont les collègues qui viennent de l’extérieur de Toulouse. Ils devront continuer à se garer à Jules-Guesde, puis rejoindre leur travail à pied (25 minutes aller) ou en métro (20 min) ». Le vélo représenterait une option moins chronophage au quotidien (7 min), mais la problématique demeure : « pas de parking », même pour les cycles. « Une réflexion est en cours pour faciliter cette transition », assure Sandra Desjardin.

La grogne s’étend aux avocats

Les avocats s’imaginent déjà courir d’un site à l’autre quand la concentration des services* s’apparentait pour eux à un gain de temps. « Ce sont essentiellement les civilistes qui rouspètent, mais ils pleurent pour pleurer », assène un pénaliste toulousain, pas tendre avec les confrères. « Toute leur procédure est dématérialisée et s’il faut qu’ils aillent déposer leur dossier au greffe, ce n’est pas non plus le bout du monde ».

Une autre robe noire s’étonne de cette migration à Deville. « Moi, j’aurais attendu que la gendarmerie Saint-Michel ait libéré les lieux (elle doit prochainement déménager dans ses nouveaux locaux en construction à Balma, NDLR) pour créer à la place une annexe du tribunal. Et tous les services auraient été regroupés. »

Quant au justiciable, il devra faire confiance à tout ce beau monde pour s’orienter dans le maquis judiciaire. Réorganisé ? Ou labyrinthique ?

(*) Une autre annexe du tribunal judiciaire était déjà localisée avenue Camille-Pujol.

 

« Des locaux neufs dans un quartier central »

« La chaîne pénale doit rester cohérente, donc travailler sur un même site. Des arbitrages ont été menés et c’est pour cela qu’au final, c’est le service civil qui déménage ». En poste « depuis le mois de septembre », Emeric Korn, secrétaire général du président du TJ de Toulouse, hérite d’un dossier « sans grandes marges de manœuvre ». La peur de l’inconnu, il la conçoit aisément. « Le dialogue demeure constant avec les personnes concernées. Je suis très sensible à la question de la qualité de vie au travail », assure le magistrat. Il n’attribue cependant que des atouts au site de Deville. « Pour le justiciable, cela reste en centre-ville de Toulouse. Pour les personnels, les locaux sont neufs, dans un quartier étudiant agréable à vivre, à deux pas du Capitole ».

Face à ce nouveau défi, la justice anticipe : « au début, certaines personnes qui n’auront pas bien lu leur convocation vont se tromper d’adresse », évoque-t-il. Des plaquettes d’informations avec QR code seront distribuées au palais de justice. « Cela les renverra sur Google maps et elles obtiendront l’itinéraire sur leur téléphone. Nous avons également passé la consigne. Si les justiciables arrivent [à Deville] avec un peu de retard sur l’horaire prévu, on ne leur reprochera rien ». Un blanc-seing qui ne restera pas éternel.