Par
Cédric Nithard
Publié le
16 avr. 2026 à 6h04
Après le débat d’orientation budgétaire la semaine dernière, le conseil municipal de Montpellier a adopté ce mardi 14 avril le budget primitif 2026 s’élevant à 718M€ dont 498M€ consacrés aux politiques publiques. La majorité a ainsi défendu les investissements quand l’opposition a vainement critiqué ces choix.
Les chiffres
Depuis plusieurs années maintenant, l’établissement d’un budget est un exercice périlleux pour les collectivités et Montpellier n’échappe pas à la règle. Contexte national et international, crises de l’énergie, volatilité des taux d’intérêt… rendent toute prévision incertaine. Le délégué aux finances Serge Guiseppin a toutefois défendu « un socle financier solide » et « un budget économe, ambitieux et juste pour tous les Montpelliérains ». Un budget 2026 qui s’élève à 718M€ dont 498M€ consacrés aux politiques publiques (222M€ dépenses de personnel, 157M€ dépenses d’équipements, 115M€ dépenses courantes et subventions et 4M€ reversement post-stationnement).
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Et d’assumer « un choix fort » avec le maintien des taux de fiscalité (22,49% pour la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, 52,63% pour la taxe sur le foncier bâti et 112,71% pour la taxe sur le foncier non bâti) quand « 60% des villes de plus de 200 000 habitants ont réalisé des hausses », précise Serge Guiseppin avec la volonté de « réaliser des efforts de gestion et de maintenir l’investissement ». Pour cela, il mise sur l’autofinancement et le recours à l’emprunt (118M€) en mettant en avant : « 1€ d’épargne brut permettra 10€ d’investissements. L’effort que nous ferons sur l’épargne brute nous permettra d’investir dix fois plus ». Et si les dotations et compensations versées par l’État sont en baisse de 21% depuis 2006 atteignant les 118M€, « un vrai sujet ou un caillou dans la chaussure », Serge Guisepping fait valoir 441,8M€ de recettes réelles de fonctionnement, en hausse de 8M€ par rapport au BP2025, dont 282M€ provenant de la fiscalité.
Les projets
Des chiffres, et principalement celui de 498M€ consacrés aux politiques publiques, qui se traduiront par des actions et la réalisation de projets. La priorité allant, avec 181M€, aux écoles, à la politique alimentaire et aux crèches. Vient ensuite la sécurité et la salubrité avec 53M€, l’aménagement avec 64M€, la solidarité et la proximité avec 44M€, les sports et la culture avec 38M€, la transition écologique et le cadre de vie avec 32M€ et les fonctions supports avec 85M€. Les deux grands projets du mandat sont la Cité de l’Alimentation (21M€ en 2026 sur les 60M€ prévus à la rentrée 2028) et l’Hôtel des sécurités (17,8M€ pour une livraison en 2029).
Dans le détail, et pour ne prendre que quelques exemples, 9,6M€ seront consacrés aux groupes scolaires Mosson, 6M€ pour le groupe scolaire du quartier Hauts Croix d’Argents (livraison en 2028), 4,4M€ pour la rénovation des bâtiments scolaires, 4M€ pour la rénovation écologique du patrimoine scolaire, 1,5M€ pour le confort thermique et 0,5M€ pour la rénovation des équipements climatiques des écoles ou encore 3,2M€ pour la crèche Pompignane (48 berceaux en septembre 2026). 0,5M€ permettront le renforcement de la vidéoprotection et 1M€ pour la lutte contre l’habitat indigne. En matière d’aménagement, 3M€ seront dédiés à la ZAC Montpellier Sud et 1M€ pour un plan façades visant à embellir la ville et soutenir les artisans. Le CCAS bénéficiera d’une subvention de 16,2M€ quand 4M€ permettront la construction d’une crèche et d’un ehpad en partenariat avec, justement, le CCAS dans le cadre du projet legs Guiraud. Un plan de rénovation et d’entretien des Maisons Pour Tous s’élève à 0,9M€.
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Les subventions de fonctionnement et d’équipement aux associations sportives seront de 1,7M€ et pour les associations et acteurs culturels de 1,9M€. L’ancien stade Scialo bénéficiera d’une rénovation à hauteur de 2,5M€, de même pour plusieurs plateaux sportifs (0,5M€). 2,5M€ seront dédiés à des travaux sur d’autres équipements sportifs dont 0,7M€ pour l’installation d’éclairages en LED dans les gymnases. Le MOCO sera financé pour 3M€ quand 0,2M€ permettront les études préalables avant l’extension du cinéma Nestor Burma. Le patrimoine sera valorisé à hauteur de 1M€ pour la maintenance et la rénovation de bâtiments culturels comme le Pavillon Populaire ou l’espace Bagouet, 0,3M€ pour la mise en valeur du mikvé et 0,3M€ pour la restauration des geôles de Lauwe. Parmi les projets de nature en ville, 8,3M€ seront dédiés à l’aménagement du grand parc Lunaret-Lavalette-Montmaur, 2,4M€ pour la restructuration des parcs Cévennes et Mosson, 1,7M€ pour les travaux et les acquisitions d’espaces verts… ou encore 0,3M€ pour le centre de soin de la faune sauvage. 1M€ permettent de poursuivre la décarbonation de la flotte de véhicules de la collectivité (37% de véhicules décarbonés aujourd’hui contre 18% en 2021) et 0,9M€ seront dédiés à la production d’énergie photovoltaïque.
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« Un budget en décalage avec la crise sociale, écologique et démocratique »
Un budget que Serge Guiseppin a donc présenté comme « un budget économe, ambitieux et juste pour tous les montpelliérains » en appelant l’assemblée à voter « non pas comme un document budgétaire mais comme un acte de foi dans l’avenir de notre ville ». Les 53 élus de la majorité l’ont suivi dans ce sens quand les huit élus du groupe de Nathalie Oziol ont voté contre et les huit du groupe de Mohed Altrad, toujours absent du conseil, se sont abstenus.
Antoine Bertrand a regretté que les propositions formulées par le groupe LFI-Verts Populaires, dont cinq des huit élus se sont exprimés sur le sujet, n’aient pas été prises en compte notamment quant à la gratuité des cantines et juge que « ce budget manque cruellement d’ambition face à l’urgence sociale » et s’étonne de « ne pas renforcer les moyens pour l’action sociale ». Voyant « un budget en décalage avec la crise sociale, écologique et démocratique que nous vivons », Livia Jampy estime que c’est « open bar sur le tout sécuritaire et le tout répression, aucun budget ambitieux pour la médiation et la prévention » et imagine « Sébastien Cote (ndlr : délégué à la tranquillité publique) avoir des ambitions de ministre de l’intérieur d’un gouvernement macroniste ». Elle regrette par ailleurs que les jeunes soient au même niveau que le sport et la culture. « Les 80 000 étudiants de Montpellier sont les grands oubliés » charge-t-elle de ce qu’elle qualifie de « budget gestionnaire de la précarité ».
Julia Mignacca des Verts Populaires a pointé « le coût de l’inaction » et juge que « ce budget est une double dette financière et climatique qui réduira nos marges de manœuvre à l’avenir » en regrettant que l’enveloppe consacrée à la transition écologique soit inférieure à celle de la sécurité. « Il y a un décalage entre les urgences et les moyens » fulmine-t-elle. Montrant un fossé entre « la culture vécue et la culture visible à combler », Rhany Slimane a souhaité réinterroger la politique culturelle de la ville pour développer les pratiques de proximité et de quartier en s’appuyant notamment sur les Maisons Pour Tous. Enfin, Nathalie Oziol, reproduisant sensiblement la même intervention que la semaine dernière, a fustigé « un budget sans ambition » qui ne serait que « la mise en œuvre de la feuille de route austéritaire du gouvernement macroniste validée par le PS » et en proposant une remise à plat des délégations de service public.
« un budget de gauche qui prépare l’avenir »
De son côté, Salim Jawhari voit un « budget fragile » et s’interroge en cas de nouvelle hausse de l’énergie ou de remontée des taux d’intérêt en appelant à trouver d’autres leviers que le recours à l’emprunt. « Vous affichez une gestion saine, mais les chiffres racontent autre chose » juge-t-il. Le représentant de Mohed Altrad questionne également les frais de fonctionnement et la masse salariale en demandant « où sont les économies structurelles ? ». Estimant que ce budget porte la signature de l’ancien mandat contraint par le calendrier, Salim Jawhari appelle à des ajustements avec un budget rectificatif dans les mois à venir. Et quand son groupe a annoncé son intention de s’abstenir, de l’autre bout de la salle, Nathalie Oziol a lancé : « Nous sommes la seule opposition ». Au moins, l’objectif de la campagne municipale est atteint…
La majorité a bien entendu répondu aux attaques et comme souvent Julie Frêche, présidente du groupe Socialistes, progressistes, écologistes et républicains, s’est montrée la plus percutante en défendant « un budget de gauche qui prépare l’avenir », avec « un choix politique clair de ne pas faire peser les contraintes sur les Montpelliérains » et de faire « le pari responsable de ne pas renoncer à l’investissement ». D’un point de vue politique, l’écologiste Manu Reynaud s’est adressé aux Insoumis en les appelant avant la présidentielle à « ne pas se tromper de combat et d’adversaire ». Autant prêcher dans le désert… Enfin, soulignant que la Ville de Montpellier consacrait 1 100€/habitant aux politiques publiques, Michaël Delafosse a salué « un budget de responsabilité, de sérieux et de volontarisme » et mis en avant « des investissements pour une ville plus écologique et solidaire ».
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