L’assemblée générale extraordinaire du barreau de Rennes et son conseil de l’ordre s’est tenue hier, mardi 14 avril. S’inscrivant dans le sillage des positions prises par la Conférence des bâtonniers et le Conseil national des barreaux, les avocats rennais ont voté une grève générale à compter de ce mercredi matin jusqu’au 27 avril, date de leur prochaine assemblée générale. Et ce pour exprimer leur opposition au projet relatif à la justice criminelle actuellement examiné par le Sénat. Ce dernier qui a voté lundi son article premier, relatif au « plaider coupable criminel ».
« Réduire la justice à son efficacité est une erreur »
« Le souhait d’une justice efficace est évidemment louable et partagé. Mais réduire la justice à son efficacité est une erreur », souligne le barreau de Rennes. Qui propose des solutions alternatives, « politiquement moins spectaculaires », telles que la réorientation pénale en amont ou l’utilisation des avoirs criminels pour financer le recrutement de personnels… Pour les avocats rennais, « il est indispensable de donner à la justice les moyens nécessaires à son œuvre ». Et de poursuivre : « Une réforme qui a pour seule base l’économie est le franchissement d’une ligne qui altère ce qui fait l’essence même du procès (…). Sous la façade d’une place centrale donnée à la parole de la victime, celle-ci se trouverait en définitive privée de la possibilité d’être entendue », précisent-ils dans un communiqué.
Le bâtonnier plaide le report
Paradoxalement, c’est précisément cette grève qui a empêché Joséphine (*) d’être entendue par la cour d’appel de Rennes, ce mercredi matin. Me Rabah Laraba (barreau de Brest) et Me Catherine Glon (barreau de Rennes) ont en effet demandé le report du procès d’assises de leur client Matéo Le Doucen, accusé du viol, par personne en état d’ivresse, de la jeune femme, mineure au moment des faits, près de Morlaix (29), le 1er janvier 2018. En première instance, celui qui comparaissait libre, avait écopé de six ans de prison ferme.
Les deux avocats qui avaient décidé de ne pas plaider en raison de la grève votée la veille à Rennes (c’était déjà le cas à Brest), étaient accompagnés du bâtonnier Paul Delacourt. Lui-même entouré de plusieurs avocats de son barreau, il a dit tout le mal qu’il pensait du projet de loi porté par Gérald Darmanin. « La Justice ne doit pas être bradée », a-t-il notamment déclaré en début d’audience, plaidant lui aussi pour le report de ce procès prévu sur trois jours, tandis que les jurés attendaient de savoir s’ils seraient tirés au sort.
« Très nuisible à l’ensemble des parties »
De son côté, Me Vincent Le Luyer, avocat des parties civiles, s’est fermement opposé à ce report. S’il comprend la grève et est solidaire de ses confrères et consœurs, il a pointé les huit ans qui séparent la commission des faits du procès en appel. Et rappelé qu’il y avait déjà eu un report, en juillet 2025 (l’accusé avait été brièvement en psychiatrie).
« Ça suffit. Il faut juger ce dossier », a-t-il plaidé, évoquant l’atteinte aux droits de sa cliente, qui attend ce procès. « Nous faisons peu grève. Nous le faisons quand c’est nécessaire », lui a répondu Me Glon, estimant que ce report allait aussi à l’encontre des intérêts de Matéo Le Doucen. Après quelques minutes de suspension, le président Nicolas Léger s’est résolu à reporter le procès au 8 juillet 2026. Tout en précisant : « La cour ne souhaite pas être instrumentalisée à des fins politiques ». Et de regretter, à nouveau, une situation « très nuisible à l’ensemble des parties ». À sa sortie, Joséphine était en pleurs.
* Le prénom a été modifié