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En sortant de la représentation de l’opéra « Otello » de Giuseppe Verdi, jusqu’au 26 avril, sur la scène du Théâtre du Capitole, le public est sonné. Il vient d’assister à un féminicide, porté par des voix d’une émotion bouleversante.
De la rencontre entre Verdi et Shakespeare, on pouvait s’attendre à la tension dramatique extrême qui s’empare depuis mardi soir de la scène du Théâtre du Capitole. « Otello » est certainement l’opéra de Giuseppe Verdi le plus perturbant. Inspiré de la pièce « Othello ou le Maure de Venise » de William Shakespeare, il contient tous les arguments de la vanité des hommes et toutes les injustices dont les femmes sont victimes. Si le propos trouve son origine au début du XVIIe siècle, il est fâcheusement toujours d’actualité.
Lorsqu’Otello reproche à Desdemone des sentiments qu’elle n’a pas pour Cassio, ce n’est pas de la jalousie, c’est de l’emprise. Celle-là même qui conduit à ce que l’on appelle aujourd’hui un féminicide. Otello sait qu’il va tuer Desdemone. La force de cette mise en scène de feu Nicolas Joël est de ne jamais laisser penser à ce qui a longtemps été qualifié à tort de crime passionnel.
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Cette force d’interprétation tient le public et ne le lâche plus tout au long des 3 h 20 d’un spectacle dont on ne voit pas passer le temps. La seule réserve pourrait être la présence d’un entracte de trop, le premier, qui arrive à 30 minutes à peine du début. Tout le reste est irréprochable, à commencer par les voix, toutes les voix, du chœur du Capitole, aux solistes dont plusieurs chantaient pour la première fois à Toulouse.
C’est le cas de la soprano guatémaltèque Adriana Gonzalez. Elle est une Desdemone dépourvue d’agressivité dont la voix oscille entre douceur des sentiments et puissance des émotions avec la même justesse. Son « Ave Maria » dans l’acte IV est un moment de grâce. Celle qui sait qu’elle va mourir déclame un récitatif bouleversant.
Le baryton géorgien Nikoloz Lagvilava foule aussi pour la première fois la scène du Capitole dans le rôle du diabolique Jago. Son interprétation est aussi magistrale que son personnage est répugnant. Celui qui parle à l’oreille d’Otello se révèle être un sinistre manipulateur. Sa voix résonne avec une puissance maléfique.

Le diabolique Jago, joué par Nikoloz Lagvilava.
DDM – Frédéric Charmeux
Le ténor étasunien Michael Fabiano avait sauvé en 2022 une série de représentations de « Carmen », touchées par le Covid, en venant interpréter au pied levé le rôle de Don José. Otello est aujourd’hui l’un des grands rôles de sa carrière et l’habit n’est pas trop grand. Il se révèle être un artiste autant dramatique que lyrique. 2026 sera d’ailleurs pour lui l’année Otello puisqu’il interprétera ensuite le rôle au Metropolitan Opera de New York puis au Teatro Colón de Buenos Aires.
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À ce trio de personnages principaux, il faut ajouter la toujours impressionnante mezzo-soprano géorgienne Irina Sherazadishvili. Déjà présente au Capitole dans Cornelia de « Jules César » et Alisa de « Lucia di Lammermoor », elle est une Emilia charismatique. Pour se rendre compte davantage encore de la beauté de sa voix, elle sera l’invitée des Midis du Capitole, mercredi 22 avril, à 12 h 30, dans un programme de mélodies et de chansons de Rachmaninov, Britten et Gershwin.

Emilia (Irina Sherazadishvili) et Desdemone (Adriana Gonzalez).
DDM – Frédéric Charmeux
Ce succès d' »Otello », chaleureusement accueilli par le public, ne serait pas total sans la musique de Verdi qui dépeint si bien les sentiments sous la baguette du chef italien Carlo Montanaro à la tête de l’Orchestre national du Capitole.
« Otello » jusqu’au 26 avril à 20 h, le dimanche à 15 h, au Théâtre du Capitole (place du Capitole) à Toulouse. Durée : 3 h 20 avec entractes. Tarifs : 10 à 128 €. opera.toulouse.fr