Publié le
16 avr. 2026 à 6h44
Trois ans après son accouchement par voie basse, Marie se souvient de la douleur qui la secouée des semaines après la naissance de sa fille. « J’avais l’impression qu’on m’arrachait le ventre à chaque fois que je me redressais, c’était horrible. Je n’ai jamais eu aussi mal de ma vie », rembobine-t-elle. Mais à part des antidouleurs et deux visites à domicile de la sage-femme, la trentenaire n’a bénéficié d’aucun suivi médical post-opératoire. « C’était dur émotionnellement, j’aurais aimé qu’on m’explique ce qui m’attendait pendant l’accouchement et surtout après », regrette la jeune maman. Et son cas est loin d’être isolé. Alors que la césarienne concerne une naissance sur cinq, elle reste l’angle mort de la maternité. Un manque d’information et de préparation qui a un coût : choc post-traumatique, dépression post-partum… « C’est un enjeu de santé publique », insiste Audrey Bouyer, fondatrice de Wounded women, qui a conçu en partenariat avec l’hôpital Pierre Rouquès – Maternité Les Bluets un parcours de soins avant, pendant et après la césarienne. Ce jeudi 16 avril 2026, l’établissement dévoile officiellement cette nouvelle prise en charge.
« Une expérience de mort imminente »
« Les femmes ne sont pas préparées à avoir une césarienne, qu’elle soit d’urgence ou programmée. Elles sont déçues, ne vivent pas ce moment comme le plus beau jour de leur vie mais plutôt comme un cauchemar, voir une expérience de mort imminente », relate la dr Jessica Dahan-Saal, cheffe de service de la maternité des Bluets et directrice médicale de l’Hôpital Pierre Rouquès.
« C’est un vécu complexe : la mère sourit mais la femme pleure », ajoute Audrey Bouyer, fondatrice de Wounded women. « Aucune étude n’a jamais été menée sur le sujet, du côté des patientes », déplore-t-elle. Un manque d’information qui pousse Audrey Bouyer à mener l’enquête. En 2024, celle qui se présente comme une « patiente experte » publie alors le livre blanc de la césarienne.
On y apprend que seules 7 % des femmes interrogées bénéficient d’un accompagnement après une césarienne. « Notre ambition est de faire collaborer les soignants de ville et hospitalier », explique la cheffe de service. Pour y parvenir, elles ont réuni médecin généraliste, infirmière, psychiatre, kiné, ostéopathe, conseillère en lactation… Quinze professionnels de santé en tout, qui jouent le rôle d’ambassadeurs. Chaque mois, ils planchent sur la co-construction d’un parcours de soins adapté.
Lever le tabou sur la césarienne
Résultat : un mémo sur laquelle sont inscrites les étapes, les dates et les professionnels à voir et un annuaire pour orienter les patientes vers des soignants sensibilisés à la prise en charge à la suite d’une césarienne. Le premier sera remis aux mamans, le second alimenté en interne par la maternité et Wounded women. « D’ailleurs, on invite les soignants qui veulent faire partie du parcours à se signaler », glisse la fondatrice.
Des outils pour faciliter l’organisation des rendez-vous « parce que les jeunes mères sont plus préoccupées par les soins à prodiguer aux nouveau-nés que par ceux dont elles auraient besoin », explique la docteur Jessica Dahan-Saal.
Et si la maternité des Bluets, promue première maternité d’Île-de-France, porte l’expérimentation, ce n’est pas un hasard. Pionnier dans l’accouchement sans douleur, l’établissement est aussi plébiscité pour l’approche physiologique (avec le moins d’intervention médicale possible, NDLR). « C’est vrai qu’ici le pourcentage des césariennes est faible, entre 14 et 15 %. Mais ce n’est pas augmenter les chances d’avoir une césarienne que d’en informer les patientes, les préparer au cas où », relève la cheffe de service.
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« Au final, ce qu’on veut, c’est dé-tabouiser la césarienne. C’est une opération qui peut très bien se passer et on peut bien le vivre. Ne le cantonnons pas à l’accouchement du pas de chance », résume Audrey Bouyer. C’est le cas de Marie qui, deux ans et demi après la naissance de sa première fille, a vécu une deuxième césarienne.
« Puisque je savais ce qui m’attendait, tout s’est débloqué. Je ne sais pas si c’est parce que mon corps était déjà passé par là ou parce que j’étais préparée psychologiquement, mais tout s’est passé dans la douceur et sans douleur », témoigne la jeune maman.
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