France Télévisions est déterminée à multiplier ses contenus d’information sur les réseaux sociaux et cela ne date pas d’hier. Où commence cette histoire sur les réseaux sociaux ? Avec quels moyens techniques et quelles évolutions ?

Le ton était donné dès les vœux de début d’année de la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte : “J’engagerai dès ce mois-ci la plus importante réorganisation du groupe depuis vingt ans [qui] fera du streaming et de notre présence sur les médias sociaux la part principale de notre activité”.

France Télévisions publie déjà de l’information sur les réseaux sociaux, avec différents comptes : franceinfo (Radio France et France Télévisions) et le 20h de France 2 pour les rédactions nationales, mais aussi les antennes régionales et ultramarines. Une pratique alliant information fiable et nouveaux codes que France Télévisions souhaite développer.

Les réseaux sociaux, c’est avant tout une histoire de proximité, et cette histoire a commencé il y a longtemps. D’abord Facebook, accessible dès 2006 et qui revendiquait 30 millions d’utilisateurs en France en 2015 : “Il y a 10 ans, Facebook était déjà une réalité en Outre-mer” rappelle Fabrice Hochard, directeur du portail numérique Outre-mer La 1ère, « en particulier dans des communautés ayant d’importantes diasporas ».

Les antennes régionales de France Télévisions avaient, elles aussi, pris de l’avance : “Les réseaux sociaux dans les antennes France 3, c’est une vieille histoire : ça fait plus de 15 ans” raconte Delphine Vialanet, directrice des programmes et du numérique de proximité. Une avance qui paie puisque le réseau France 3 rassemble désormais une communauté de 20 millions d’abonnés.

Développer une offre France Télévisions sur ses réseaux est d’abord une manière d’aller chercher un public plus jeune que celui de la télévision et de la radio traditionnelle (appelés « linéaires » dans le jargon). Selon un rapport de l’Arcom, les moins de 25 ans s’informent principalement sur les réseaux sociaux.

En plus de son compte franceinfo présent sur plusieurs plateformes sociales, France Télévisions innove en lançant C quoi l’info ? en 2023. L’équipe publie plusieurs vidéos d’actualité chaque jour sur Instagram, Snapchat, Tiktok et Youtube, qui cumulent plus de 250 millions de vues en 2025. Destiné aux 12-18 ans, le format séduit également les jeunes adultes, avec des thématiques adaptées : éducation, numérique, tendances… Le mot d’ordre ?

« Ne pas chercher à simplifier, mais à rendre accessible l’information […] tout en faisant un travail rigoureux de journaliste. »

Marianne Theoleyre

journaliste, co-présentatrice de « C quoi l’info » avec Nacer Boubekeur

Mais les jeunes ne sont plus les seuls à apprécier l’information sur les réseaux sociaux. Les plus de 50 ans s’y mettent aussi : 38% d’entre eux s’informent quotidiennement sur Facebook et 20% sur la plateforme de vidéos en ligne YouTube, selon l’Arcom.

Alors est-ce la fin des journaux télévisés ? Avec près de 4 millions de téléspectateurs quotidiens pour le 20h de France 2, difficile de dire que ce format est en train de disparaître. Néanmoins, toutes les chaînes connaissent un vieillissement de leur audience et une baisse de la durée de visionnage. Selon Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des antennes et des programmes, interrogé par Le Figaro : « Que cela plaise ou non, la télévision linéaire ne sera plus un usage dominant d’ici 2030 « . D’où l’intérêt d’investir les réseaux sociaux. Mais il ne s’agit pas de reproduire la télévision sur petit écran.

D’abord, s’adapter à de nouvelles contraintes. Dans un flot incessant de vidéos, les journalistes doivent attirer l’œil sur leurs contenus. « Il faut que, dans les premières secondes, on accroche l’attention”, explique Carole Belingard, directrice adjointe en charge des réseaux sociaux de l’information.

Ils doivent aussi respecter les exigences des algorithmes, sans en connaître toutes les règles. Ces mécanismes internes aux réseaux sociaux sélectionnent l’ordre d’apparition des vidéos pour chaque utilisateur, pouvant favoriser la fréquence d’apparition de certaines vidéos au détriment d’autres. À l’aide de chargés d’édition spécialisés sur les réseaux sociaux, les rédactions parviennent à en percer quelques secrets. Elles observent par exemple une prime à la réactivité :

« S’il se passe un « breaking news » [une information surgissante], il faut pouvoir créer un contenu dans les trente minutes, car l’algorithme va privilégier la première vidéo qui arrive sur un sujet. »

Carole Belingard

directrice adjointe en charge des réseaux sociaux de l’information

Les algorithmes réservent aussi quelques surprises ! Célia Cléry, rédactrice en chef du pôle Outre-mer, raconte : “On a fait une vidéo sur un libraire de rue martiniquais et on a fait un million de vues ! Ce n’est pas forcément là qu’on attendait une performance, sur un sujet qui peut paraître anodin et qui, finalement, intéresse le public des réseaux sociaux”.

Les Français restent très attachés à la qualité de l’information, même sur les réseaux sociaux. Les journalistes y sont d’ailleurs soumis aux mêmes exigences : “Qu’on fasse de l’information sur les réseaux sociaux, à la télé, à la radio, sur le web, on reste sur les codes journalistes : vérification de l’information, contextualisation, les faits”, insiste Carole Belingard.

Une rigueur qui semble rassurer, puisque les contenus d’actualité pure sont les plus regardés : 3,1 millions de vues pour le vol des bijoux du Louvre, plus de 10 millions pour les premières heures de l’incendie de Crans-Montana, et même plus de 45 millions pour des images des violences meurtrières au Mexique. Une tendance qui se confirme sur le conflit au Moyen-Orient : « Les images de la guerre intéressent sur les réseaux. Ce sont des vidéos qui peuvent faire des millions de vues. »

Comment expliquer le succès de ces vidéos ? Dans le cas de la guerre au Moyen-Orient, on constate une appétence pour « les images fortes et les témoignages » ainsi que « les décryptages” analyse Carole Belingard. Pour la vidéo aux 45 millions de vues des violences au Mexique, d’autres facteurs ont joué. La vidéo de franceinfo est une des premières à diffuser ces images d’agence, dans un format brut. Des codes qui correspondent aux réseaux sociaux, différents de ceux des sujets de journaux télévisés.

Néanmoins, des contenus issus de la télévision, moyennant quelques modifications, peuvent connaître un grand succès. C’est le cas de celui-ci, publié par France 3 Bretagne :

Les réseaux sociaux peuvent également devenir une ressource pour les journalistes de la rédaction. Des images issues des réseaux sociaux illustrent aussi régulièrement des sujets des journaux télévisés.

Des vidéos issues des réseaux sociaux au 20h de France 2 (France Télévisions)

Des vidéos issues des réseaux sociaux au 20h de France 2 (France Télévisions)

Les internautes sont parfois sollicités pour des appels à témoignages. Enfin, des questions d’internautes sont régulièrement posées aux experts invités sur les antennes de France Télévisions. Récemment, des contenus créés initialement pour les réseaux sociaux, par l’équipe des réseaux sociaux, ont été diffusés dans des journaux télévisés. Un signe que les nouveaux codes plaisent, et que la création numérique est au cœur des rédactions.