« Contrairement, sans doute, aux auditeurs attendus à cette conférence, je n’ai jamais vu Germain Muller sur scène. Les experts seront dans la salle… », commence Andreas Häcker avec autant d’humour que d’humilité non feinte. Ce professeur agrégé d’allemand et chercheur en études théâtrales à l’université de Strasbourg s’est interrogé sur le Barabli, cabaret strasbourgeois fondé en 1946 , et plus particulièrement sur la pièce Enfin… redde mir nim devun.

« Juste après la guerre, il fallait refranciser l’Alsace, c’était dans l’air du temps », poursuit Andreas Häcker. Cela n’étant pas un grand succès, le cabaret se tourne vers les spectacles satiriques dans lesquels la chanson a toute sa place. « Il y avait alors un véritable engouement pour la satire, il fallait faire redémarrer la vie. La satire permet à certains d’accepter l’idée d’avoir été impliqués dans ces années noires. »

Vers une prise de conscience

Écrite et mise en scène par Germain Muller en mars 1949, régulièrement reprise, la pièce de théâtre Enfin… redde mir nim devun retrace la Seconde Guerre mondiale par le biais d’une famille alsacienne fictive évacuée en Dordogne, revenue à Strasbourg sous le régime nazi, puis libérée par les Alliés. Germain Muller et sa troupe y dessinent un sociogramme précis révélant les attitudes diverses face au système fasciste, estime le chercheur. Avec ce qualificatif de “satire alsacienne”, elle sous-entend que l’on va rire.

Mais Andreas Häcker évoque le malaise par rapport à certains sketches de la pièce. Alors qu’en 1964, celle-ci est qualifiée de “tragicomédie”, un article paru dans les années 1980 dans L’Ami du peuple , évoque la difficulté de surmonter le passé : « C’était une période taboue. »

Le cabaret satirique fait-il en l’occurrence rire et guérir ? « Il donne la possibilité de se décider : comment aurais-je réagi à cette époque ? De quel côté aurais-je été, où est la bascule : rallié au nazisme, entré en résistance, faufilé dans les tempêtes de l’Histoire ? Avec cette pièce, on est sur la voie d’une prise de conscience… qui peut conduire à la guérison. »

Palais universitaire, salle Pasteur (1er  étage), 9 place de l’Université à Strasbourg, lundi 27 avril à 15 h, dans le cadre des Conf’ du lundi proposées par le Jardin des sciences. Entrée libre, dès 15 ans.