INFO MIDI LIBRE. Plusieurs suspects auraient effectué de nombreux vols vers la Réunion ou la Polynésie française en transportant de la cocaïne qu’ils avaient avalée, courant ainsi de très gros risques. L’enquête menée par la police montpelliéraine est loin d’être achevée.
San Francisco, New-York, Tahiti, la Réunion : depuis plus d’un an, la police montpelliéraine mène une enquête sur un étonnant trafic international de cocaïne, révélé de façon aussi atypique que dramatique. Le 26 janvier 2025, la brigade prévôtale de Djibouti, une unité de gendarmerie chargée des missions judiciaires au sein des forces françaises déployées sur place est appelée de toute urgence à l’aéroport : l’un des passagers d’un vol parti de métropole et à destination de La Réunion, a été retrouvé mort sur son siège, et l’avion a été contraint à une escale forcée.
Le décès, subit, est suspect, et le cadavre est renvoyé en France pour y être autopsié. L’examen médico-légal du corps de Jonathan, 40 ans, un Montpelliérain, chanteur de gospel et père de trois enfants, est sans appel : une concentration massive de cocaïne est relevée dans son sang. Les légistes découvrent qu’il avait 77 pochons de cocaïne dans son appareil digestif, visiblement mal conditionnés dans des préservatifs : certains n’étaient plus étanches, et le quadragénaire est mort d’une overdose, en plein vol.
Les organisateurs du réseau ont quitté la France juste après le décès
L’enquête est confiée à la police de Montpellier où vivait la victime, et va très vite confirmer que Jonathan avait déjà effectué d’autres voyages aériens, sans doute pour transporter de la drogue, vers la Polynésie française et vers la Réunion. Il vivait alors avec une hôtesse de l’air, et son entourage va expliquer qu’il avait accumulé des dettes, à cause d’une importante consommation de cocaïne. Pour les rembourser, il avait accepté de faire la mule, pour le compte de trafiquants parisiens, tout comme certains de ses amis.
Les suspects présentés comme les organisateurs du réseau vont quitter la France sitôt connue la nouvelle du décès. Et une information judiciaire est ouverte à Montpellier, pour « trafic de drogue, homicide involontaire, administration de substance nuisible ayant entraîné la mort, blanchiment, et traite des êtres humains. »
Car au fil des investigations, les policiers identifient plusieurs autres mules. L’une d’elles est notamment démasquée grâce à une note de renseignement adressée à la police française par celle de New-York, qui signale le 13 novembre 2025 qu’un autre Montpelliérain a été expulsé de San Francisco, après avoir été pris lors d’une escale sur un vol vers Tahiti avec 169 g de cocaïne et 59 g de MDMA.
Auparavant, il avait déjà effectué des voyages similaires, vers la Polynésie française comme vers la Réunion.
30 000 € en cash au bout du voyage
Il va expliquer qu’il devait récupérer 30 000 € à l’arrivée, dont le tiers, environ, constituait sa commission pour les risques et les frais du voyage. Soupçonné d’avoir recruté ces deux passeurs, Salim, 46 ans, un autre Montpelliérain, a été mis en examen et écroué le 26 mars dernier, après une perquisition ayant abouti à la découverte de 30 grammes de cocaïne et de 90 grammes de cannabis.
« Je ne suis pas un commanditaire, je n’ai forcé personne » a-t-il déclaré mardi 14 avril devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Montpellier, où il était venu demander sa libération. L’avocat général s’y est opposé : « Au-delà du trafic, nous sommes là face à de la traite des êtres humains. »
L’enquête a montré que les proches de Jonathan, comme ceux de Julien, refoulé des États-Unis, étaient victimes de menaces de l’organisation criminelle, qui estime qu’ils doivent rembourser le montant de la drogue qui a été perdue. Sans le moindre égard pour le fait que Jonathan a aussi perdu la vie.
« Vous n’avez aucun élément sur le fait qu’il a pu exercer des contraintes sur d’autres protagonistes de ce dossier » a plaidé Me Laetitia Blazy, avocate de Salim. « Les organisateurs, eux, savent très bien ce qu’ils ont fait. C’est pour ça qu’ils ont quitté la France dès le lendemain du décès de Jonathan. Tous les autres ne sont que des mules. »
L’hôtesse de l’air, semble-t-il elle aussi menacée depuis la mort de Jonathan, a quitté quelques semaines après la région montpelliéraine. L »enquête semble loin d’être achevée, le juge d’instruction s’efforçant d’établir combien de passeurs ont pu ainsi être utilisés dans ce trafic international, qui semblait installé depuis plusieurs années.