Le nouvel épisode d’un feuilleton qui n’en finit plus. Le 2 mars dernier, le Conseil d’État a rejeté leur recours, confirmant l’utilité publique de la ligne à grande vitesse (LGV) Toulouse-Bordeaux. Désormais c’est la légalité de l’autorisation environnementale accordée pour les travaux préalables à cette liaison que les associations attaquent.

Dans un courrier du 3 avril, 16 associations du Sud-Ouest demandent aux quatre préfets concernés par ce projet d’infrastructure ferroviaire d’annuler cette autorisation environnementale signée le 5 février, pointant un vice de procédure, et réclament un recours gracieux contre ce projet.

Pour les associations, la procédure de participation publique par voie électronique (PPVE) choisie par l’Etat « révèle soit une volonté de passer outre soit une erreur fort regrettable ». Les services de l’Etat indiquaient en novembre 2025 que le projet de LGV avait déjà fait l’objet d’une enquête publique en 2014 préalablement à la déclaration d’utilité publique.

« Vous opérez un excès de pouvoir »

« En tout état de cause, l’enquête publique de 2014 doit être considérée comme obsolète et caduque au regard de l’article L123-17 du Code de l’environnement, et obligeait à une nouvelle enquête publique, écrivent les associations. Ne recourant pas à une telle enquête publique vous opérez un excès de pouvoir ».

Si les préfets ne retirent pas leur autorisation environnementale pour ne pas avoir organisé une enquête publique dans les mairies, le tribunal administratif pourra l’annuler au titre de l’article L123-1-B du Code de l’environnement.

La LGV Bordeaux-Toulouse, dont les aménagements ferroviaires ont débuté en 2024 avec des travaux au nord de la Ville rose et au sud de la capitale girondine, doit permettre de rallier en 2032 Paris en trois heures et dix minutes. Un projet qui devait bénéficier de fonds européen mais l’Europe a confirmé qu’elle n’abonderait pas au tronçon Sud-Gironde Toulouse et qu’elle financerait Bordeaux-Dax, s’il garantit bien une desserte transfrontalière.

« Un embranchement doit rallier Dax à Bordeaux mais c’est à 90 km de la frontière, souligne Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre Midi-Pyrénées, association signataire de la lettre. Sans ce financement européen, et alors que l’État remet en cause son financement, ce sont les seules collectivités territoriales et les contribuables locaux qui vont financer ce projet démesuré, au coût réévalué à au moins 25 milliards d’euros ».

Le Lot et le Gers, financeurs mais grands perdants ?

Le 9 avril, le rapport du Conseil d’Orientation des Infrastructures (COI) pour réévaluer 18 grands projets en France a été remis au ministre des Transports. Ce document émet des critiques contre le projet de LGV Bordeaux-Toulouse-Dax.

« Le COI indique que les TGV ne s’arrêteraient probablement même plus à la gare nouvelle de Montauban, ni Agen afin de relier Toulouse à Bordeaux le plus rapidement possible, et que ce sont alors les Intercités qui seraient chargés de desservir les gares nouvelles d’Agen et de Montauban, hors des centres-villes, détaille Jean Olivier. Le Lot et le Gers seraient aussi les grands perdants de la construction de la ligne qu’ils financent pourtant ».

Les seize associations, qui plaident pour une amélioration et une modernisation des infrastructures existantes, ont aussi écrit au ministre des Transports pour demander l’annulation pure et simple du projet. Sans réponse de l’Etat, elles menacent d’un recours devant la justice administrative d’ici l’été.