Le futur premier ministre, qui a promis un «changement de régime» aux Hongrois, a demandé à Tamas Sulyok de démissionner dès que le nouveau gouvernement aurait pris ses fonctions.

Un message qui ne manquait pas de piquant. Peu après sa rencontre avec le président hongrois Tamas Sulyok, le conservateur Péter Magyar, qui a remporté une victoire écrasante aux législatives hongroises dimanche a appelé le chef d’État… à démissionner. Après avoir indiqué sur son compte X s’être rendu au palais présidentiel, il a taclé son locataire : «Il est indigne de représenter l’unité de la nation hongroise. Il est inapte à être le garant de la légalité. Il n’est pas apte à servir d’autorité morale ni de modèle. Dès la formation du nouveau gouvernement, Tamas Sulyok doit démissionner immédiatement.»

C’est à cause de sa proximité avec l’ancien premier ministre Viktor Orbán que Péter Magyar a exigé la démission du président hongrois. Le futur premier ministre, qui a promis une «nouvelle ère» et un «changement de régime» aux Hongrois, a demandé à Tamas Sulyok de démissionner dès que le nouveau gouvernement aurait pris ses fonctions, «pour préserver ce qui reste encore de l’État de droit et de la démocratie». «Je lui ai répété que, à mes yeux et aux yeux du peuple hongrois, il est indigne d’incarner l’unité de la nation hongroise, incapable de veiller au respect de la loi (…)», a dit Péter Magyar à la presse, à sa sortie du palais présidentiel.


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«Toutes les marionnettes nommées par le système Orban»

Dans le cas contraire, il a promis de modifier la loi fondamentale hongroise pour le démettre, «lui comme toutes les marionnettes nommées par le système Orban à des postes clés, qu’il s’agisse du Procureur général ou du président de la Cour constitutionnelle.» C’est cette loi fondamentale qui régit les conditions d’organisation du scrutin présidentiel en Hongrie. Le président hongrois est élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois, au suffrage indirect et secret par un collège électoral composé des 199 membres de l’Assemblée nationale. Selon l’article 12(3) de la loi fondamentale, un mandat présidentiel peut prendre fin si le chef de l’État décède, s’il est incapable d’accomplir ses fonctions pour plus de 90 jours (décision prise par l’Assemblée qui doit se prononcer à la majorité des deux tiers des voix), s’il ne remplit plus les conditions pour être éligible, s’il démissionne ou s’il est destitué.

Péter Magyar a indiqué que le président a répondu de «manière énigmatique» à sa demande, affirmant souhaiter «naturellement préserver l’État de droit et la réputation internationale de la Hongrie» et vouloir examiner les «arguments en faveur de son départ».

En position de modifier la loi fondamentale

Péter Magyar a également annoncé à la presse que le président Tamas Sulyok allait convoquer l’assemblée nationale issue du scrutin début mai, après un entretien en tête-à-tête mercredi matin. Le chef d’État hongrois a indiqué que «la séance constitutive de l’Assemblée nationale pourrait avoir lieu au plus tôt le 4 mai, après le long week-end du 1er mai, mais qu’en réalité, les dates les plus probables sont les 6 ou 7 mai», a rapporté Péter Magyar aux médias. Il a ajouté que le plus tôt serait le mieux.

Lors de cette séance constitutive du parlement, le président le chargera de former le gouvernement et «me proposera comme premier ministre», a poursuivi Péter Magyar, qui a mis fin au règne de 16 ans de Viktor Orbán.

Grâce à la supermajorité des deux tiers obtenue par son parti Tisza aux législatives, avec 138 sièges sur 199 selon un décompte non encore définitif, Péter Magyar est en position de modifier la loi fondamentale du pays, dont Viktor Orbán a verrouillé toutes les institutions depuis son retour au pouvoir en 2010, afin de rétablir une société plus démocratique et par la même occasion récupérer les milliards d’euros de fonds destinés à la Hongrie mais gelés par l’Union européenne en raison des atteintes à l’État de droit.


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Soutien de Donald Trump

Parmi les changements rapides qu’il prévoit, et dont il s’est entretenu avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, Péter Magyar a évoqué les mesures anticorruption et l’adhésion de la Hongrie au Parquet européen, l’indépendance de la justice et du parquet, la liberté des médias et la liberté académique.

Tandis que Viktor Orbán, dont le gouvernement sortant est encore en charge des affaires courantes, était à son tour reçu par le président Tamas Sulyok, Péter Magyar lui a reproché de ne lui avoir fourni aucune information jusqu’ici sur les dossiers importants.

Par ailleurs, Péter Magyar s’est réjoui «que le président des États-Unis se soit exprimé» à son sujet «en des termes très amicaux». Donald Trump, qui a affiché un soutien appuyé à Viktor Orbán, son principal allié au sein de l’UE, a affirmé que Péter Magyar fera «du bon travail», dans un entretien à la chaîne américaine ABC News, ajoutant qu’il partageait ses vues sur l’immigration. Le futur premier ministre hongrois a par ailleurs annoncé devant les médias avoir invité de nombreux dirigeants «à Budapest le 23 octobre pour célébrer le 70e anniversaire de la révolution de 1956».