Mis en examen et écroué depuis janvier à la maison d’arrêt de Nice, pour viol et agression sexuelle sur mineurs, Noël Smara, 52 ans, voit l’enquête s’élargir. Avec, selon nos informations, le dépôt d’une nouvelle plainte ces dernières semaines.
Figure associative locale très connue, Noël Smara avait été mis en examen le 21 janvier pour « viol sur mineur par une personne ayant autorité » et « agression sexuelle sur mineur », pour des faits présumés commis en 2025. Il avait été placé en détention provisoire dans la foulée de l’ouverture d’une information judiciaire.
Âgé de 52 ans, Noël Smara dit « Nono » ou le « falabrac », était connu dans les Alpes-Maritimes pour son engagement associatif. Fondateur de l’association Exploits sans frontière en 2014, il organisait des défis sportifs à vocation inclusive, notamment à destination de personnes en situation de handicap.
Ancien brancardier au SAMU 06, qu’il avait quitté à l’été 2025, il bénéficiait d’une image d’homme engagé et disponible. Ses actions, comme des expéditionsnoël dans l’Himalaya ou des événements solidaires dans la vallée du Paillon, avaient fédéré de nombreux soutiens institutionnels et locaux.
Selon nos informations, des gendarmes procèdent ce jeudi à des auditions de victimes. D’autres sont convoquées dans les jours qui viennent. Sous l’autorité d’un juge d’instruction, les enquêteurs cherchent à vérifier la nature des accusations.
L’affaire avait éclaté avec le dépôt de plainte et la constitution de partie civile de deux victimes mineures pour des faits de 2025. C’est ce qui avait valu en janvier la détention provisoire de l’humanitaire, au regard de la gravité des faits, la justice estimant que des éléments graves et concordants permettaient de le mettre en examen, sans préjuger de l’issue finale du dossier.

Deux viols présumés dans l’Himalaya
Selon nos dernières informations, un des deux mineurs, âgé de quinze ans l’an dernier, aurait été abusé dans l’Himalaya. Il y avait déjà effectué un séjour avec l’humanitaire. Noël Smara, profitant de ce climat de confiance, l’aurait violé à l’été 2025, lors de son second voyage avec lui. Le mineur a déposé plainte pour viol.
L’autre mineur a déposé plainte pour agression sexuelle, toujours en 2025, mais cette fois à Belvédère, lors d’une randonnée. C’est là, dans la Gordolasque, que l’humanitaire s’était retiré récemment après avoir annoncé en juin, à la surprise générale, son départ du Samu où il était brancardier.
Ce sont les parents des mineurs qui ont déposé plainte en gendarmerie après avoir recueilli la parole de leurs enfants. Selon nos informations, le mis en cause a reconnu ces faits.
En 2017, Noël Smara avait déjà conduit une mission symbolique jusqu’au sommet de l’Himalaya, en hommage aux victimes de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice, transportant 86 galets peints en mémoire des victimes. Cette action, saluée localement, avait mobilisé plusieurs communes, dont sa commune, Peillon, mais aussi le CHU de Nice, le SAMU, ainsi que des associations reconnues.
C’est au cours de cette opération médiatico-humanitaire que Noël Smara aurait fait une autre victime. Philippe(1), 28 ans aujourd’hui, dit porter encore à ce jour la honte d’avoir été violé lors de cette mission.
Il avait réagi à la lecture de notre enquête révélant les faits, choqué de voir que ce qu’il croyait être un fait isolé à l’époque, avait conduit à de nouvelles victimes, mineures, ces derniers mois. Il avait immédiatement écrit au procureur de la République.
Pour passer à l’acte, Smara se serait prévalu de son titre de brancardier au Samu, évoquant la palpation d’une veine qui permettrait de savoir si le jeune homme, à peine adulte, avait les conditions physiques pour faire l’ascension. « C’était Noël Smara quoi. Le Noël Smara. À aucun moment je ne me suis dit qu’il pouvait se passer un truc de fou. Il m’a dit on éteint la lumière, on fait ça et on dort. Là il a commencé à me faire une fellation. Avec le recul je me suis dit que j’aurais dû réagir, mais mon corps s’est mis en stop. C’était à la veille du départ pour l’expédition. »
Cette veine, selon un ancien collègue, c’est la veine cave. Smara l’évoquait régulièrement en blaguant, au Samu, où il bénéficiait d’une confiance absolue. Se rendant indispensable en tout, il bricolait au domicile de certains médecins. La direction lui prêtait parfois un bus pour emmener des personnes âgées, dont certaines déficientes.
« J’avais trop honte »
Un autre homme, Iman Benso, 42 ans, a témoigné auprès de Nice-Matin avoir été victime de viols, entre ses 10 et 17 ans. Tous deux se connaissaient de leur jeunesse, à Drap. Un village où ces viols semblaient connus de beaucoup de monde dans le quartier de la Condamine, comme Nice-Matin a pu le constater en se rendant sur place. « Il m’a touché, m’a imposé des fellations. (…) Je n’ai jamais osé parler. J’avais trop honte. Mais c’est quand j’ai commencé à avoir 40 ans que j’ai commencé à me lâcher. »
Depuis plusieurs années, Iman Benso postait en effet des messages, sous ceux de Noël Smara, pour alerter sur les réseaux sociaux. Sans que personne ne s’en émeuve, ou presque. Certains lui en avaient tout de même touché un mot. Smara aurait balayé ces accusations d’un revers de la main, sans jamais déposer plainte. « Parfois à vélo, quand il passait à Drap, il se faisait insulter », raconte un de ses anciens collègues.
La sœur d’Iman Benso a également dénoncé les mêmes faits. Elle dit avoir été victime d’un viol. Frère et sœur évoquent un étourdissement soudain au moment des faits, après avoir ingéré un breuvage. Un autre frère de la même famille aurait également été victime de Noël Smara, mais s’est suicidé depuis.
Sur son lit de mort, le père des trois enfants s’était ouvert de ces viols à Sam, un Niçois, très intégré dans les politiques publiques, et par ailleurs cadre social. Il a recueilli, il y a quinze ans, les confidences d’Imam, mais aussi du père de la fratrie. Sans que ni les uns et les autres ne souhaitent à l’époque déposer plainte, « par honte » et peur de ne pas être crus, au vu de la considération sociale dont bénéficiait l’humanitaire.
Des démarches judiciaires ont été engagées, confirme Me David-André Darmon, avocat de la fratrie. L’avocat a déposé plainte auprès du procureur de la République pour « viols aggravés sur mineur ».
Objectif assumé : permettre à d’autres éventuelles victimes de libérer leur parole et de déposer plainte.
Selon nos informations, un autre homme vient de déposer plainte, affirmant avoir également été abusé par l’humanitaire. Smara aurait également abusé de lui dans un cadre de confiance sans que l’on sache l’âge de ce nouveau plaignant au moment des faits.
Cette dernière plainte porte à sept le nombre de victimes présumées. Ceci ne préjuge en rien de l’issue de l’affaire, l’humanitaire bénéficiant de la présomption d’innocence. L’instruction devra s’attacher à vérifier la parole des uns et des autres et à identifier les éventuelles affaires prescrites.
Contacté, l’avocat de Noël Smara, Me Franck Chouman, attend le retour des premiers résultats de l’information judiciaire. L’humanitaire n’a pas encore été entendu par le juge d’instruction.
(1) À sa demande et pour protéger son anonymat, son prénom a été modifié.