À la fin du 19e siècle, le cidre était encore la boisson vedette en Bretagne. On en consommait trois à quatre litres par jour et par personne. Il fallait donc un brin d’audace pour imaginer y faire couler la bière à flot. Jacques-Joseph Graff n’en manquait pas.

Cet Alsacien exerçait le métier de négociant en vin à Strasbourg. Après la défaite de 1870, fuyant l’annexion allemande, il choisit de s’installer en Bretagne. En 1872, l’entrepreneur s’associe à messieurs Sanson, Chapelle et Wurtz pour acquérir une parcelle nue au faubourg de la Guerche. Un an plus tard, la brasserie de l’actuelle rue Saint-Hélier met ses cuves en service.

Pendant cinquante ans, la brasserie change régulièrement de mains et de nom au gré des cessions de part, des décès et des remariages, sans quitter toutefois le giron familial ni renier ses attaches alsaciennes. C’est seulement en 1932 qu’elle prend le nom de brasserie Graff, sous la conduite de Jacques-Adolphe Graff, second fils du fondateur.

Entre 1927 et 1934, l’usine fait l’objet d’importants travaux d’extension et de modernisation pour remplacer les bâtiments vétustes. Le silo à malt, la salle de fermentation ainsi que l’atelier de conditionnement portent la signature de l’architecte Georges-Robert Lefort. La brasserie emploie alors 200 ouvriers et fait la fierté de la ville. En 1936, Jacques-Adolphe Graff est même élu à la tête de l’Union du commerce et de l’industrie rennaise. Tout un symbole.