La plaque installée dans les jardins de l’hôtel de ville depuis 2024 a été arrachée de son socle ce mercredi 15 avril 2026. La Ville de Rouen va porter plainte. L’association Ibuka France engagée dans le devoir de mémoire s’inquiète de la montée des discours et des actes négationnistes.

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Avant qu’elle ne soit vandalisée, on pouvait lire sur cette plaque installée dans les jardins de l’hôtel de ville :

« En 1994, au Rwanda, plus d’un million de personnes de tous âges ont été assassinées parce qu’elles étaient nées Tutsi, victimes d’un génocide ordonné par l’Etat et exécuté par les extrémistes Hutu.

En ce lieu, nous leur rendons hommage et exprimons notre soutien aux victimes et personnes rescapées ».

La stèle en hommage aux victimes du génocide rwandais avant sa profanation à Rouen

La stèle en hommage aux victimes du génocide rwandais avant sa profanation à Rouen

© Mairie de Rouen

Un texte qui a été descellé de son socle. Face à cet acte de vandalisme, le maire (PS) de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol a vivement réagi sur Facebook.

L’élu fait part de son « choc » et de son « émoi » après la découverte de ce monument vandalisé. « Quelle honte ! » ajoute-t-il, précisant que la Ville va porter plainte. Nicolas Mayer-Rossignol apporte également son soutien à l’ensemble de la communauté rwandaise.

Cet acte intervient quelques jours seulement après une cérémonie de commémoration organisée à Rouen.

Chaque année, à partir du 7 avril, qui marque le début du génocide au Rwanda en 1994, des hommages sont célébrés auprès des 16 lieux de mémoire que compte la France.

L’association Ibuka France, engagée dans le devoir de mémoire autour du génocide des Tutsis au Rwanda, fait part de son indignation sur les réseaux sociaux.

Dans un communiqué de presse publié sur son site internet, l’association rappelle que ce type d’attaque est « une atteinte d’une particulière gravité à la dignité des victimes et des survivants, mais également à la mémoire collective. »

Les stèles et monuments commémoratifs ne sont pas de simples symboles : ils incarnent l’histoire, la mémoire et l’exigence de vérité. Les profaner, c’est tenter d’effacer ce qui doit, au contraire, être transmis et préservé.

Pour Olivier Gatera, membre du conseil d’administration d’Ibuka France, qu’une telle profanation intervienne au moment des cérémonies de commémoration du génocide contre les Tutsis au Rwanda ne doit rien au hasard.

« Les messages négationnistes du génocide des Tutsis et les discours de haine pullulent sur les réseaux sociaux. Il y a pour nous une corrélation claire entre ces propos et les actes contres les lieux de mémoire » nous confie Olivier Gatera, joint par téléphone par la rédaction de France 3 Normandie.

« La ville de Rouen a fait l’objet de plusieurs alertes sur la présence de génocidaires présumés. Des agressions ont été portées à la connaissance de la police. Le 30 avril 2025, un Rwandais a notamment été insulté de cafard par un autre Rwandais. Une injure qui ne doit rien au hasard au regard de l’histoire de ce génocide. Une plainte a été déposée. »

En 1994, avant le déclenchement du génocide, pendants plusieurs mois, sur les ondes, la radio extrémiste des Milles collines a relayé la propagande hutu et appelé à pourchasser et abattre les Tutsis, qualifiés alors de cafards ou de cancrelats.

L’association Ibuka France appelle à une condamnation judiciaire de cette profanation commise à Rouen. Elle étudie la possibilité de s’associer à la plainte que déposera Nicolas Mayer-Rossignol.

« Si cet acte reste impuni, c’est un message envoyé aux auteurs de continuer » ajoute Olivier Gatera. « Passé le choc, il faut aussi réparer le monument. Le texte qui a été vandalisé a un sens. Il faut réaffirmer la mémoire du génocide contre ceux qui veulent l’invisibiliser. Le travail de notre association n’est pas fini. »

Le 13 avril 2024, 30 ans après le génocide au Rwanda perpétré contre les Tutsis, la mairie de Rouen avait inauguré cette plaque commémorative, installée dans les jardins de l’hôtel de ville, face à l’abbatiale Saint-Ouen.

Entre avril et juillet 1994, le génocide a coûté la vie à un million de Rwandais.