Sortir de réanimation, c’est déjà une victoire. Mais pour beaucoup de patients, les difficultés ne s’arrêtent pas là. Perte de force musculaire, troubles psychologiques, perte d’autonomie… La période qui suit l’hospitalisation est souvent un parcours du combattant, trop souvent laissé sans accompagnement structuré.
C’est précisément ce problème que cherche à résoudre le programme Nutriréa 4, piloté par le CHU de Nantes depuis 2024. L’idée : proposer une réhabilitation coordonnée après la réanimation, combinant nutrition adaptée et remise en activité physique progressive.
50 services de réanimation mobilisés à travers la France
L’étude est ambitieuse. Essai clinique multicentrique national, Nutriréa 4 rassemble pas moins de 50 services de réanimation partout en France, avec un objectif d’inclure plus de 800 patients parmi les cas les plus graves, notamment ceux ayant subi un état de choc avec assistance respiratoire et cardiovasculaire. Depuis le premier patient inclus en décembre 2024, près de 300 personnes participaient déjà à l’étude fin 2025.
Le programme s’appuie sur les résultats de l’étude Nutriréa 3, qui avait démontré qu’une alimentation volontairement allégée en phase aiguë favorisait une récupération plus rapide à court terme. Nutriréa 4 va plus loin en s’attaquant à la suite : que se passe-t-il une fois le patient rentré chez lui ?
Un enjeu de santé publique majeur
Les chiffres donnent le vertige : chaque année en France, entre 500 000 et 600 000 personnes sont admises en réanimation. Parmi les formes les plus sévères, 60 % des états de choc sont liés à une infection grave.
Pour le Pr Jean Reignier, chef du service de médecine intensive et réanimation au CHU de Nantes et responsable de l’étude, l’enjeu est clair : « Mieux récupérer après la réanimation, c’est prolonger le soin au-delà de l’hôpital, en accompagnant les patients pour qu’ils se remettent en marche, physiquement et psychologiquement. »
Si les résultats sont au rendez-vous, Nutriréa 4 pourrait poser les bases d’un nouveau standard de soins post-réanimation en France, fondé sur une collaboration renforcée entre médecins, diététiciens, kinésithérapeutes, éducateurs sportifs et psychologues. L’étude bénéficie d’une subvention du ministère de la Santé dans le cadre du Programme Hospitalier de Recherche Clinique national 2022.