Ce mercredi 15 avril 2026, le Sénat a adopté le projet de loi de simplification de la vie économique, actant la suppression des zones à faibles émissions. A moins que le Conseil constitutionnel en décide autrement.
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La vignette Crit’Air qui ornait le pare-brise de votre voiture pourrait bientôt être de l’histoire ancienne.
Après un long cheminement et des débats parlementaires chaotiques, le Parlement a mis fin aux ZFE contre le souhait du gouvernement. Ces zones à faibles émissions interdisaient la circulation des véhicules les plus polluants en ville.

La vignette Crit’Air disparaîtra-t-elle définitivement de nos pare-brise ?
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En Normandie, trois métropoles sont concernées Rouen, le Havre et Caen. Dans la ville aux cent clochers, les automobilistes interrogés ce jeudi 16 avril 2026 se montrent plutôt satisfaits de ce retour en arrière.
« Il y a de moins en moins de voitures qui polluent, qui font des nuages de fumée noire donc pour moi c’est une bonne chose que la ZFE soit supprimée » confie ce conducteur. Un autre d’ajouter : « certains utilisateurs comme les étudiants dont les véhicules ont parfois un certain âge ne pouvaient pas aller dans les villes avec cette mesure. C’était problématique. Du coup, moi je pense que c’est une très bonne chose que ça s’arrête. »
A quelques mètres de là, à un autre carrefour, une conductrice nuance : « les gens n’ont pas tous les moyens de s’acheter des véhicules assez récents. C’est pénalisant de mettre des normes comme ça. Après, bien sûr, je comprends l’intérêt pour la pollution mais pour la vie de tous les jours, c’est compliqué. »

Pot d’échappement (image d’illustration)
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Avant même son entrée en application, certains élus de l’agglomération rouennaise s’étaient opposés à la ZFE, jugée excluante pour les populations les plus modestes.
Ainsi, en 2022, David Lamiray, maire de Maromme (DVG) , estimait : « cette ZFE a du sens car elle s’inscrit dans une logique environnementale, mais cela se fait sous pression sociale. »
L’élu pensait à ses administrés dont la moitié d’entre eux selon lui avait un véhicule avec une vignette Crit’Air 3, 4 ou 5. « Même si vous donnez 8000 euros d’aide pour accompagner la mutation, ce n’est pas suffisant, il y aura un reste à charge important pour les habitants. On a des gens modestes, des salariés modestes, qui vont devoir mettre au bout » s’était-il exprimé à l’époque auprès de la rédaction de France 3 Normandie.
Un avis que partageait également Laurent Bonnaterre, maire de Caudebec-les-Elbeuf. Joint par téléphone ce jeudi 16 avril 2026, l’élu Horizons estime que « la ZFE a beaucoup clivé la société entre ceux qui habitent le centre-ville de Rouen et ceux de la deuxième et troisième couronne. Dans ma commune, une partie des habitants comme les personnes âgées qui ont des véhicules anciens, qu’elles entretiennent et qui ne sont pas dans l’idée d’en changer se sentent non désirées à Rouen. »
Des mesures que Laurent Bonaterre ne conteste pas. Mais pour lui, « ce qui change les statistiques, c’est avant tout l’amélioration du parc automobile. On a un peu accéléré la conversion avec 3 400 véhicules renouvelés. Mais pour cela, Rouen a versé 10 millions d’euros d’aides, c’est beaucoup d’argent public dépensé pour un parc qui se serait naturellement renouvelé. »
Pour l’élu de Caudebec-lès-Elbeuf, « ceux qui ont bénéficié de ces subventions auraient de toute façon changé de véhicule. Alors que cela n’a rien changé pour ceux qui n’en ont pas les moyens. »
Fervent défenseur de la ZFE, Nicolas Mayer-Rossignol avait mis en place cette mesure dès 2021 à Rouen, puis l’avait étendue à 12 autres communes en septembre 2022.

Les 13 communes concernées par la ZFE dans la métropole de Rouen
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A l’époque, le maire de Rouen n’avait pas souhaité attendre que les zones à faible émission deviennent obligatoires.
Une semaine avant son instauration, il expliquait sa démarche en ces termes devant notre caméra : « le choix est : est-ce qu’on fait l’autruche, qu’on retarde avec le risque de se voir imposer quelque chose de plus brutal ? Et je ne vous parle même pas du contexte écologique et de la qualité de l’air qui est historiquement pas bonne dans notre agglomération, il faut dire la vérité. Ou bien est-ce qu’on essaie, même si c’est très difficile, j’en ai bien conscience, de mettre en place les choses de façon progressive ? »
Ce jeudi 16 avril 2026, sollicité par la rédaction de France 3 Normandie, le maire de Rouen et président de la métropole a refusé de s’exprimer.
Pour Guillaume Grima, responsable légal de l’association « Effet de Serre toi-même! », la suppression des ZFE relève d’une certaine démagogie. S’il reconnaît que l’outil était imparfait, il aurait été plus utile selon lui de l’améliorer progressivement plutôt que de le supprimer.
« Cela revient immédiatement à flatter les catégories sociales les plus précaires, mais ce sont aussi celles qui sont les premières à souffrir des polluants environnementaux » estime-t-il. « Car les études le prouvent : c’est lorsqu’on habite en bordure des infrastructures routières importantes, à moins de 150 mètres, que les impacts sont les plus importants sur la santé. Or, qui y habite ? Nos concitoyens qui ont des difficultés financières et qui trouvent des logements pas chers car ils sont au bord des nuisances. »
Pour le militant écologiste : cette suppression est une forme d’aveuglement. « On ne veut pas voir l’impact de la pollution atmosphérique. Or, à Rouen, ce sont 111 personnes par an qui décèdent à cause de ce problème » conclut-il.
Si le Parlement a définitivement adopté la fin des ZFE, leur suppression n’est pas encore définitivement actée. La balle est désormais dans le camp du Conseil constitutionnel qui pourrait censurer ce projet de loi.