La jeunesse nationaliste niçoise glorifie Albert Spaggiari pour les 50 ans du casse de la Société générale…
« Ce vendredi, un événement qui célèbre un malfrat, ancien de l’OAS, se tient sous l’égide d’une association d’ultra-droite », alerte Juliette Chesnel-Le Roux.
L’élue municipale d’opposition (Les Ecologistes) demande au préfet Laurent Hottiaux d’intervenir : la tenue de cette soirée est, dit-elle, « particulièrement préoccupante ».

« Cet hommage banalise des références contraires aux principes républicains et favorise la diffusion d’idéologies haineuses », écrit-elle au représentant de l’État.
Son colistier aux dernières municipales, Julien Picot, patron du PCF06 exhorte de son côté le maire Éric Ciotti à intervenir « sans délai pour interdire l’initiative de ce (…) groupe factieux composé notamment d’anciens militants racistes issus du groupuscule néonazi Les Zoulous, connu pour ses violences ».
« Un dispositif de sécurité renforcé »
« Cet événement se tenant dans un lieu privé, il ne fait l’objet d’aucune obligation déclarative », précisent les services préfectoraux.
Toutefois, le préfet des Alpes-Maritimes indique avoir demandé « un dispositif de sécurité renforcé » au regard des récents incidents.
Le 24 mars, en marge d’un rassemblement antifasciste, des membres du « Front populaire étudiant » ont été victimes, place Saint-François, d’une violente agression par des « nervis néonazis », selon les termes employés dans leur communiqué.
« En cas d’incidents ou actes de violences constatés de la part de groupes constitués comme d’individus en lien avec cette soirée », Laurent Hottiaux promet d’engager « toute action nécessaire» et «saisir le procureur de la République ».
L’événement aura lieu dans le local d’Aquila popularis, à Riquier. Apparus après le déclin de Génération Identitaire et la dissolution des Zouaves, ces militants prônent la défense de l’identité niçoise, française et européenne, face à « l’islamisation » et au « grand remplacement ».
Des termes omniprésents dans leur discours.
Adepte d’actions coup de poing, le mouvement s’est notamment illustré place Garibaldi, en février, lors d’un hommage à Quentin Deranque, ce militant néonazi de 23 ans décédé après une rixe à Lyon avec des membres de la Jeune Garde.
Lieu anonymisé
A Riquier, ce lieu appelé Lou Barri – «le rempart», en provençal – reste totalement anonymisé derrière une vitrine en verre dépoli et une grille de fer.
« Même si on commence à de plus en plus se montrer, on veut encore rester dans l’ombre. Ce lieu n’a pas vocation à être public. Ceux qui veulent nous rejoindre doivent partager notre philosophie », décrypte un membre d’Aquila popularis qui souhaite rester anonyme.
« Nos adhérents ne cessent d’augmenter. De plus en plus de jeunes sont sensibles à nos combats. À Nice, la délinquance a explosé, la justice ne fait rien. Ils ont bien compris que la société est malade. Nous sommes là pour rappeler l’importance de se recentrer sur nos racines, nos valeurs chrétiennes », pose encore ce Niçois désormais installé dans la vallée du Paillon.
Ce vendredi, il promet un événement « festif » autour de Spaggiari, avec documentaire et archives de presse.
« Bert », une icône de l’extrême droite
L’attrait des groupuscules d’ultradroite pour Albert Spaggiari ne doit rien au hasard. Pour ces nationalistes, « Bert » est le symbole d’une identité niçoise fière et insoumise.
C’est le rebelle local qui a défié l’État et le système bancaire. Spaggiari incarne leur rejet des institutions.
Si Albert Spaggiari cultivait à Nice l’image d’un photographe mondain, puis d’un gentleman cambrioleur, la perquisition de sa bergerie dissimulée dans la montagne, en face du village de Bézaudun-les-Alpes, avait révélé son obsession pour l’esthétique du IIIe Reich.
Il avait baptisé la maison « Les Oies sauvages », en hommage à ce chant nazi qu’il aimait tant.
Avec les S runiques de SS pour la dernière lettre d’oies et la première de sauvages… Une maison comme un camp retranché, dans laquelle il avait amassé un véritable arsenal..
Ancien parachutiste en Indochine, il s’était radicalisé durant la guerre d’Algérie en rejoignant l’OAS.
Son engagement contre la décolonisation l’a mené jusqu’à la participation à des complots pour tenter d’éliminer le général de Gaulle, ce qui lui avait valu d’aller en prison.
Et, glorifier cet héritage sulfureux n’est pas nouveau. Déjà à la Maioun, puis au Bastioun, le local des remuants identitaires de la rue Ribotti, rebaptisé Club 15.43 et fermé définitivement en janvier 2025, la jeunesse trinquait en l’honneur de l’auteur du casse du siècle.
Un culte qui, 50 ans plus tard, continue de fracturer l’opinion niçoise.