Chaque mardi soir, ils sont de plus en plus nombreux à se retrouver sur la place du Parlement, en plein cœur de Rennes. À 19 heures pétantes, les coureurs et les coureuses s’élancent pour 45 minutes de course dans la ville. Derrière ce rendez-vous simple, baptisé Runzone et organisé depuis quelques semaines par Adam, se cache une évolution plus large de la pratique du running en France.

Parmi les coureurs, Théodore et Grégoire. Cousins, âgés de 17 et 20 ans, ils ont trouvé dans ces foulées hebdomadaires une nouvelle façon de passer un moment ensemble. « C’est Grégoire qui a trouvé le groupe sur Instagram », explique Théodore. « Je l’ai rejoint. » Depuis, ils courent ensemble dans les rues de Rennes, au sein d’un peloton toujours plus dense et divers. «On est de plus en plus nombreux, c’est devenu un vrai phénomène, confie Grégoire. Avant, je courais seul, le long du canal. Là, c’est franchement sympa. On rencontre du monde et on court ensemble», ajoute Grégoire. Lequel y voit aussi une manière de faire découvrir la ville à son cousin.

Le succès de Run Zone s’inscrit dans une dynamique nationale, régionale et surtout locale. Selon l’Observatoire du running 2025, la France compte aujourd’hui 12,5 millions de pratiquants occasionnels et 8 millions de coureurs réguliers. Près de 4 millions de dossards ont été distribués en compétition la même année, dont 2,4 millions pour les courses sur route et 1,5 million pour les trails (selon le sociologue Olivier Bessy, spécialiste du sport et du tourisme dans le journal le 1). 

Longtemps considérée comme une pratique solitaire, la course à pied évolue au fil des années. Si elle reste une parenthèse individuelle pour beaucoup, elle est devenue aussi un moment de sociabilité, notamment depuis le Covid-19. Des groupes informels, organisés via les réseaux sociaux, se multiplient dans les villes. Runzone en est une vraie illustration locale. «Courir en groupe, cela nous motive», confient les deux cousins. 

Cette évolution s’accompagne d’une diversification des pratiques. On ne court plus seulement en ville ou dans les parcs, mais aussi en forêt, en montagne ou sur le littoral, de jour comme de nuit. Face à cet engouement, la Fédération française d’athlétisme a d’ailleurs mis en place le Pass prévention santé (PPS) et supprimé le certificat médical obligatoire pour certains coureurs, afin de faciliter l’accès aux compétitions. Les collectivités, elles, investissent dans l’éclairage, les aménagements et la sécurisation des parcours.

La pratique s’est également féminisée, toujours selon le sociologue. Alors que les femmes représentaient à peine 10 % des marathoniens dans les années 1980, elles sont aujourd’hui environ 25 %. Mais des inégalités persistent, notamment dans les disciplines les plus exigeantes comme les ultra-trails, où leur part reste comprise entre 10 et 12 %. La question de la sécurité demeure aussi centrale, poussant de nombreuses coureuses à privilégier les sorties en groupe.

À Rennes, c’est précisément ce besoin de collectif qui explique le succès de Run Zone. Chaque mardi, les participants se répartissent en groupes d’allure, allant de 5’00/km (9 km) à 7’00/km (6,5 km), permettant à chacun de trouver son rythme. L’événement, gratuit et ouvert à tous, rassemble parfois jusqu’à des centaines personnes et continue de grandir, avec plus de 6000 abonnés sur Instagram. Informations et rendez-vous sont à retrouver sur Instagram : https://www.instagram.com/runzone.rennes/