Révélé en 2022 lors de l’Euro U17, au côté de Doué, Zaïre-Emery, Tel… , le jeune milieu de Montpellier, contrarié par une série de blessures, émerge en cette fin de saison et aspire à enchaîner devant Grenoble, vendredi à La Mosson
Le manque sublime l’ordinaire. Axel Guéguin, jeune talent aux promesses lourdes à porter, ne court plus après le temps perdu, mais savoure un peu mieux celui qui passe. Le plaisir de jouer, d’enchaîner depuis la trêve hivernale les matches d’abord en National 3, puis en Ligue 2 comme joker offensif.
Décisif à Nancy (0-3), devant Laval (2-0), par des entrées répétées, le milieu offensif chasse peu à peu les démons d’un corps noueux comme une âme torturée. Ce jeune d’ici (21 ans) veut désormais mener une vie normale de joueur de haut niveau pour apprivoiser ce rêve qui lui tendait les bras dès l’âge de 17 ans.
« Il n’y a pas de doute sur son talent : vision du jeu, capacité à accélérer et éliminer, adresse devant le but… », souligne l’entraîneur Zoumana Camara.
« J’ai changé de mentalité », anticipe Axel à une question attendue, si souvent entendue depuis presque quatre ans sur ses blessures répétées. Rupture des ligaments d’un genou, opération à la suite d’un décollement de la plèvre, après un double pneumothorax, reprise et rechute musculaire lui gâchent presque les trois premières années de sa carrière. « Lors de ma dernière blessure, j’étais tranquille dans ma tête. Je ne voulais plus me presser. Je n’avais plus cette fatigue mentale pour vite revenir et montrer mes qualités. J’ai vraiment pris mon temps et pensé à moi. Aujourd’hui, je suis très content d’être de retour sur le terrain », raconte l’enfant de Cazilhac, bourg blotti au pied des Cévennes.
« Esprit de revanche »
À l’été 2022, Axel Guéguin émerge en pleine lumière. Au crépuscule du printemps, la pépite du Montpellier Hérault, rejoint dès l’âge de 7 ans, gravite déjà autour d’un sommet de l’Europe. Il y cohabite au côté de Zaïre-Emery, Doué, Tel… partenaires de l’équipe de France U17 sacrée championne d’Europe. Et, intègre le groupe d’Olivier Dall’Oglio, ancien coach héraultais.
Ses anciens partenaires chez les Bleuets, éparpillés dans les grands clubs européens, vivent toujours à cette altitude pendant qu’il rode au pied de la montagne. » Si je regarde le parcours des autres, je tombe en dépression », confie-t-il, d’un regard bleu où s’arrime une ténacité rare.
Le mauvais sort s’acharne sur son corps, mais appuie sur des ressorts insoupçonnés. « C’est l’esprit compétiteur, l’esprit de revanche. Si j’arrête le foot, c’est que mon cœur s’arrête », confie-t-il pour décrire sa rage à revenir d’une tempête comme un nageur que l’on n’attend plus.
Par vent mauvais, il peut se réfugier dans l’arrière-pays, recoin de vérité auprès de son cocon familial, où père, oncle et cousins vivent à fond pour le foot, ou auprès de son ami de promo : Théo Chennahi, la ténacité en lui.
« Accord tacite »
« J’ai eu plein de débuts », glisse-t-il d’une lucidité amère. Un premier titre avec les Bleuets, donc, un premier pas en Ligue 1 à Toulouse en octobre 2022, souvenir extatique tatoué dans la mémoire, une première titularisation à Brest, en janvier 2024 où il étale la face cachée d’un joueur empreint de talent.
À Francis-Le Blé, le jeune gaucher sèvre toute son énergie à coups de tacle dans un rôle de défenseur. Une rage complémentaire à son talent, dans un art des contraires issu de l’école de La Paillade ou de l’inspiration d’Antoine Griezmann. « Quand on est jeune, on s’inspire de joueurs. Aujourd’hui, je suis dans son agence, mais ce n’est pas pour rien. Il attaque, il défend, il est un exemple », assure celui qui partage le même agent que le champion du monde de l’Atlético de Madrid.
Guéguin rôde aussi sur le front de l’attaque, tantôt à droite, où il a été formé, tantôt dans l’axe, où Zoumana Camara en fait un joker inspiré. Il veut enchaîner. Et répondre à la confiance du président Laurent Nicollin, prêt à lever l’option de deux années d’un premier contrat pro. « Rien n’est encore acté, mais il y a un accord tacite », se réjouit-il avant d’aller à l’essentiel. « Je n’ai qu’une envie : jouer. Et montrer qui je suis vraiment. »
