Pour des raisons environnementales, le « Golden State » dispose d’une formule spécifique sur son essence, et reste largement coupé des grands réseaux américains de pipelines. Le piège se referme.
La crise pétrolière provoquée par la guerre en Iran révèle une fragilité structurelle longtemps sous-estimée : la Californie apparaît aujourd’hui comme le maillon faible du système énergétique américain. Entre dépendance aux importations asiatiques, formulation spécifique du carburant, isolement logistique et capacités de raffinage en recul, l’État concentre tous les ingrédients d’un choc d’approvisionnement majeur.
Les premiers signaux sont d’ores et déjà au rouge pour le « Golden State », qui représente à lui seul la quatrième puissance mondiale devant le Japon. Les stocks d’essence californiens sont tombés à des niveaux historiquement bas, tandis que les prix flambent. Jeudi, les automobilistes californiens payaient en moyenne 5,86 dollars le gallon, un sommet national très au-dessus de la moyenne américaine de 4,09 dollars, selon l’American Automobile Association. Depuis le début du conflit avec l’Iran, les prix des carburants ont bondi de 26 %.
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Mais le pire pourrait être à venir. La fermeture du détroit d’Ormuz — par lequel transite près d’un cinquième de l’offre mondiale de pétrole et de gaz — n’a pas encore produit tous ses effets sur la côte ouest américaine. Or, la Californie est particulièrement exposée à ce choc différé. Sa dépendance aux produits raffinés importés d’Asie, eux-mêmes issus de pétrole brut du Moyen-Orient, la place en première ligne. Le tout avec une formule de raffinage spécifique à l’Etat.
Une baisse de plus de 23 % des réserves de brut
A ce stade, les autorités tentent de rassurer. « La Commission de l’énergie est en communication étroite avec tous les raffineurs de l’État afin de garantir un approvisionnement suffisant en carburants de transport pendant cette période volatile de contraction de l’offre due à la fermeture effective du détroit d’Ormuz », a indiqué sa porte-parole, Niki Woodard.
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Pourtant, les fondamentaux restent préoccupants. Sur les quatre semaines achevées le 10 avril, les stocks d’essence n’ont atteint en moyenne que 9,44 millions de barils, leur plus bas niveau depuis au moins 2005, selon les données de la California Energy Commission. À cela s’ajoute une baisse de plus de 23 % des réserves de brut sur un an.
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Un isolement structurel qui amplifie le choc
Contrairement au reste du pays, la Californie est largement déconnectée des grands réseaux de pipelines américains. Cette singularité logistique l’oblige à se tourner vers les importations maritimes, principalement en provenance d’Asie. Un modèle qui, en période de tension géopolitique au Moyen-Orient, devient un facteur de vulnérabilité majeur.
« Cela marquera le moment où le choc sur les importations deviendra pleinement visible dans l’approvisionnement des terminaux et, en fin de compte, à la pompe », anticipent les analystes, qui prévoient une chute brutale des importations d’essence dans les une à deux semaines à venir.
La situation est d’autant plus délicate que l’État a vu ses capacités de raffinage se contracter ces dernières années. La fermeture de deux raffineries, représentant environ 20 % des capacités, a accentué la dépendance aux importations. Ancien géant pétrolier, la Californie est devenue structurellement importatrice.
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Les autorités assurent toutefois disposer de marges. « Nous ne prévoyons pas de problème d’approvisionnement à court terme », a affirmé Niki Woodard, précisant que les raffineurs se tournent vers des sources alternatives pour compenser la perte des cargaisons du Moyen-Orient. Les stocks actuels devraient permettre de couvrir la demande jusqu’à la mi-mai, alors que la consommation quotidienne atteint environ 36 millions de gallons.
CARB gasoline
Au-delà de l’épisode conjoncturel, la situation met en lumière une contradiction de long terme : pionnière des politiques environnementales, la Californie a développé un carburant spécifique plus coûteux à produire, tout en réduisant ses capacités industrielles locales. Ce carburant baptisé « California Reformulated Gasoline » (« CARB gasoline »), du nom de l’organisme qui le régule (California Air Resources Board) est conçu pour réduire la pollution.
Cette essence est moins riche en composés toxiques (benzène, soufre, aromatiques), formulée pour limiter les émissions de smog et d’ozone, et adaptée aux températures locales pour limiter l’évaporation. Résultat : ce carburant est plus propre, mais aussi plus complexe à produire. Un système énergétique spécifique, dont le « Golden State » mesure désormais la fragilité.