Alors que la journée des derbys va égayer le week-end, le rugby n’en finit plus de battre des records de fréquentation dans ses enceintes. Une popularité qui n’est pas sans contrariétés.
Ce week-end, le Top 14 promet d’être une grande fête populaire, journée des derbys oblige. De La Rochelle aux portes de Paris en passant par Clermont, Bayonne et Castres où les meilleurs ennemis croiseront le fer, il y aura de l’enjeu mais aussi une saveur supplémentaire – un sel voire du piment. « Alors que la saison régulière entre dans sa dernière ligne droite, les Fan Days font leur retour lors d’une journée particulièrement attendue par les supporters, rythmée par de nombreux affrontements entre clubs de territoires voisins et des affiches à fort enjeu, annonçait, ce mardi, le communiqué de la LNR. Un contexte idéal pour mettre en lumière la passion des supporters, qui s’exprime avec une force particulière. »
Le concept de fête des voisins – étendu au Pro D2 – a beau être sympathique et aguichant, il n’aura pour ainsi dire peu ou pas d’effet sur l’engouement de cette 21e journée. L’élite du rugby français n’a en effet besoin d’aucune opération promotionnelle pour remplir ses stades. Pour la première fois de son histoire, le Top 14 pourrait dépasser la barre des 3 millions de spectateurs sur la phase régulière. Début février, la LNR se félicitait d’une hausse de 2 % de la fréquentation des enceintes par rapport à l’exercice précédent. La tendance s’est encore accentuée depuis. Après deux délocalisations réussies de l’Aviron à San Sebastian et de l’UBB au Matmut Atlantique, l’affluence moyenne est montée à 17 047 personnes par rencontre au sortir de la 20e journée. Le nouveau record établi la saison passée – avec 2 932 750 spectateurs au total, soit 16 114 en moyenne – est bien parti pour tomber.
Dix clubs à plus de 80 % de remplissage
Depuis quatre ans, la marque référence est chaque année portée à un niveau supérieur. Sur dix ans (de 2014-2025 à 2024-2025), la hausse est notable, à hauteur de 15 %. On ne peut que s’en réjouir évidemment même si cette popularité grandissante comporte un revers. Le rugby se sent de plus en plus à l’étroit dans ses bastions. La saison passée, dix clubs sur quatorze dépassaient les 80 % de taux de remplissage. A Toulouse, La Rochelle ou encore Bayonne, les places sont devenus des denrées trop rares pour les amateurs. A Deflandre, qui affiche fièrement 115 guichets fermés consécutifs, ou à Dauger, les abonnés occupent respectivement 83 % et 69 % des sièges. Cette embellie ne se limite aux ténors de la première division, à Antoine Dupont et compagnie. Sur la même période, le Pro D2 a en effet vu ses affluences passer de 4 339 à 5 959 suiveurs, soit + 28 %.
Le rugby a le vent en poupe. Mais il n’est pas le seul dans ce cas, à une époque où l’événementiel, quel qu’il soit, attire les foules : depuis cinq saisons, l’affluence moyenne dans les stades de Ligue 1 a bondi de 21 890 à 27 505 spectateurs par match, soit 20 % d’augmentation. La preuve que les deux cousins éloignés peuvent cohabiter et croître de concert.
Le tour des stades
- Bayonne : « La frustration de 2000 personnes »
Le dernier agrandissement de Jean-Dauger est tout récent. En effet, le club basque a inauguré la nouvelle tribune honneur en début de saison avec l’ajout de 1 200 places. La capacité totale du stade a ainsi été portée à 14 700 places, après être passée de 17 000 à 13 500 au fur et à mesure des trois projets de rénovation. « Chaque week-end, nous devons gérer la frustration de 2 000 personnes qui ne peuvent pas assister aux matchs à domicile, expliquait le président de l’Aviron, Philippe Tayeb au moment d’inaugurer la nouvelle tribune honneur. L’objectif est de répondre à cette forte demande tout en améliorant le confort des installations. » Le club basque va donc maintenant se pencher sur la rénovation de la tribune nord, qui peut accueillir pour l’instant 3 100 spectateurs, et qui a notamment un des enjeux des dernières élections municipales. Le maire Jean-René Etchegaray, depuis réélu, avait ainsi abordé le sujet pendant sa campagne : « Au niveau de la communauté de l’agglomération Pays-Basque, nous avons recherché un certain nombre de financements européens pour la réalisation de ce projet et donc je peux vous dire que la tribune Nord se fera. Elle se fera sous maîtrise d’ouvrage du club de l’Aviron Bayonnais. Mais, par contre, je confirme que la ville viendra aider l’Aviron Bayonnais pour la réalisation de cette tribune. »
- La Rochelle : 10 ans de guichets fermés
C’était en janvier dernier. Le Stade rochelais a ainsi fêté dix ans de guichets fermés au stade Marcel-Deflandre, soit une série en cours de 117 matchs consécutifs sans la possibilité d’acheter un billet devant l’enceinte le jour du match. Pourtant, pendant cette période, le club maritime a pris soin de moderniser et d’augmenter sa capacité d’accueil, passant ainsi de 15 000 à 18 000 places. Reste à savoir si les Maritimes vont poursuivre le développement de leur stade alors que les dirigeants ont toujours souhaité avancer de manière raisonnée sur ce sujet. « Ça a été un peu la base de notre projet : il ne fallait pas aller trop vite mais faire les choses petit à petit », confiait ainsi le directeur général Pierre Venayre dans les colonnes de Sud Ouest pour évoquer cette dernière décennie. À cette occasion, il ne fermait pas la porte à de nouveaux travaux même s’il affirmait que la capacité de Marcel-Deflandre ne devrait pas bouger avant au moins 2030. « Il y a des projets d’amélioration sur le parvis… Après, ça fait quinze ans qu’on dit qu’on s’arrêtera à la prochaine étape de développement, je ne veux donc pas hypothéquer le futur. Mais c’est de plus en plus complexe, on a quand même pas mal optimisé l’existant. »
- Toulouse : Ernest-Wallon affiche complet
C’est un serpent de mer à Toulouse depuis des années, lequel devrait connaître une concrétisation : l’agrandissement d’Ernest-Wallon, lequel affiche complet sans discontinuer et que le président Didier Lacroix voudrait porter de 18800 places aujourd’hui à 23 000 ou 25 000. Une réunion de travail a eu lieu voilà quelques mois avec l’association des « Amis du Stade », qui est propriétaire de l’enceinte, le club, la mairie, le département et la région. « On va laisser l’ensemble des équipes s’installer après l’élection (municipale, NDLR), expliquait Lacroix en début de semaine. On a eu un certain nombre de conversations sur les infrastructures de demain et d’après demain parce qu’il faut prévoir. Le Stade toulousain a envie de rénover son stade avec l’arrivée du métro. » Le club délocalise entre trois et cinq matchs par an au Stadium, plus grand stade de la ville qui peut accueillir 33 000 spectateurs, mais qui n’est plus adapté pour certaines grandes compétitions internationales. Un agrandissement est aussi à l’étude pour lui offrir 10000places supplémentaires. « Le Stadium a encore de belles pages à écrire à partir du moment où il pourra recevoir des compétitions de haut niveau, ajoutait Lacroix.Pour ça, il faut une réflexion commune avec bien sûr l’ensemble des institutions mais également les deux clubs (Stade toulousain et Toulouse Football Club, NDLR) ».
- Montpellier : Au coeur d’un conflit politique
À Montpellier le Septeo Stadium est l’objet depuis de longs mois d’un profond désaccord entre la mairie et le club. Et l’affrontement aux élections municipales du maire sortant et réélu, Michaël Delafosse, et le président-propriétaire du MHR, Mohed Altrad, a prolongé une fois de plus le conflit. Avec comme symbole, le dernier meeting de Delafosse avant le premier tour imposé à Altrad dans le stade. Construite en 2007, l’enceinte serait vétuste et souffrirait d’un manque d’entretien de la part des services techniques. À l’origine pourtant le stade appelé Yves-du-Manoir était considéré comme l’un des modèles du rugby professionnel. L’ancien président du MHR, Thierry Perez, ayant fait des places avec hospitalités la base de son financement. Près de vingt ans après, les 15 000 places sont très souvent suffisantes pour les matchs du MHR, mais il est devenu l’objet d’un conflit politique qui génère toutes sortes de fantasmes comme une possible fusion avec Béziers et un déménagement plus au sud du département.