Il y a quatre mois, Ludivine s’installe à Nice avec son compagnon. Soucieux de remplir leur devoir citoyen, ils s’inscrivent sur les listes électorales avant le scrutin des 15 et 22 mars et commandent leur carte d’électeur le 29 janvier dernier.

Son conjoint reçoit la sienne ; pas elle. Elle finit par s’inquiéter et contacte la mairie.

« Ils m’ont répondu que c’était normal, qu’il y avait beaucoup de demandes et que ça pouvait prendre du temps. Mais ils me disent que ce n’est pas grave puisque je peux voter sans, juste avec une pièce d’identité ».

« Et finalement, enchaîne la jeune femme, j’ai eu une opportunité de partir à l’étranger. Je me suis dit : tant pis, je ne pourrai pas aller voter. »

« Oubliée au bureau de vote »

De retour en France, alors qu’elle ne pense plus à cette carte jamais arrivée dans sa boîte aux lettres, ni même au scrutin, elle reçoit un courrier des objets trouvés. C’était le 13 avril.

« Ça me dit qu’ils ont en leur possession un objet m’appartenant. Mais comme je n’ai rien perdu, je les appelle, révèle Ludivine. Au téléphone, on me dit que quelqu’un a ramené ma carte d’électeur oubliée au bureau de vote. »

Lorsqu’elle se déplace aux objets trouvés, elle découvre avec stupeur que sa carte est tamponnée au 15 mars 2026, la date du premier tour des municipales.

« La dame au guichet me dit que ce n’est pas la seule carte qu’on leur a rapportée, qu’il y en a beaucoup d’autres. Mais quand j’ai essayé de savoir combien, elle s’est braquée. Dans le bureau d’à côté, une autre employée au téléphone explique à son interlocuteur : ‘‘Oui, c’est votre carte électorale qu’on a retrouvée’’ ».

Or, le 15 mars, Ludivine se trouvait à Puerto Madryn, en Argentine. Un selfie pris lors d’un café en famille en atteste.

Son itinéraire est retraçable sur son passeport : elle est entrée aux Malouines le 12 mars et a repris un avion pour rentrer en France, depuis Buenos Aires, le 18.

Elle était donc à des milliers de kilomètres de l’école maternelle Auber et du bureau n° 106, où elle est censée avoir voté.

Plainte et courrier au préfet

Ludivine décide de ne pas en rester là et dépose plainte pour « vote avec usurpation du nom ou de la qualité d’un électeur inscrit et vol simple » et usurpation d’identité.

Elle saisit aussi la préfecture pour obtenir l’accès au registre d’émargement.

Elle attend désormais de voir la signature qui a été apposée à la place de la sienne.

Que s’est-il passé ? Une fraude manifeste, une magouille ? Mais à quelle échelle ? Ou bien un bug inexpliqué ?

Un mystère de plus dans cette élection niçoise qui a prouvé qu’elle avait été tout, absolument tout, sauf ordinaire.

Dans cette bataille pour le trône niçois, chaque bulletin était une munition pour départager les deux frères ennemis, Éric Ciotti et Christian Estrosi, qui se sont livrés un combat à mort.